Ibid
sion, et par là s'expliquent son attitude et son programme*. Tandis que ses contemporains, pour la plupart, demandent qu'on établisse tout d'un coup la constitution et la législation qu'ils rêvent, et pour laquelle ils réclameront l'intangibilité, Condorcet se contente de réserver explicitement l'avenir. 11 faut rendre d'abord la liberté au pays, afin qu'il en use de mieux en mieux. Condorcet n'estime ni possible, ni désirable l'avènement d'un régime politique définitif ; c'est de la doctrine évolutionniste qu'il s'inspire.
Le pouvoir exécutif continuera d'appartenir souverainement au roi qui le déléguera à ses ministres ; mais le contrôle que doit exercer la nation a besoin de sanctions, pour être efficace. II faut que les ministres soient responsables.de leur gestion, qu'ils puissent être traduits en justice, s'ils manquent à leurs devoirs *. En développant cette thèse, pourtant évidente, Condorcet se montre étrangement embarrassé. C'est que, il le comprend à merveille, son raisonnement exigerait une conclusion bien plus radicale. Si les agents du roi sont responsables, comment et pourquoi le roi serait-il soustrait à toute responsabilité? Les écrivains anglais soutiennent que le roi ne peut trahir les intérêts, violer les droits de son peuple en connaissance de cause : s'il agit mal, c'est qu'il est égaré par ses passions, ou trompé par ses conseillers ; ses ministres ont été coupables de faiblesse ou de trahison ; dans les deux cas, ils méritent d'être punis. Condorcet ne se dissimule 'pas Tinanité de ces arguments: s'il les reproduit, s'il paraît même leur attribuer quelque créance, c'est qu'il se croit obligé, par l'état de l'opinion publique, d'éloigner du débat la personne du souverain. A vouloir donner au principe de la responsabilité ministérielle toute l'extension qu'il comporte, on risquerait de ne rien obtenir. Condorcet se résigne à faire quelques concessions aux timides, afin de rallier à la mesure qu'il juge absolument nécessaire l'unanimité des suffrages.
Dans sa méfiance à l'égard du pouvoir exécutif, il va plus loin; après l'avoir déclaré subalterne et responsable, il veut limiter ses attributions. Imbu des théories de Bolingbroke, il reven-