‹ Condorcet et la révolution françaiseChapitre 99 sur 520 · LES GARANTIES A OBTENIR · texte numérisé non relu

LES GARANTIES A OBTENIR

dique pour la nation, avec le droit de voter les impôts, celui de les répartir et de les percevoir*. Si la levée des subsides était confiée aux agents des ministres, il se produirait fatalement des inégalités, des injustices, des vexations; les contribuables au contraire sont intéressés à ce que chacun soit taxé équitablement, et ne souffre aucun dommage illégal. De plus les collecteurs tendront toujours à exiger du peuple plus d'argent qu'il n'est utile ; les laisser faire, c'est accorder au gouvernement un fonds dont l'emploi n'est pas prévu, dont il sera impossible de contrôler l'usage, à l'aide duquel les ministres pourront séduire et corrompre les consciences faibles et tenir en échec la souveraineté nationale. Il faut donc charger ceux qui payent, et non ceux qui dépensent de percevoir l'impôt.

Après avoir inscrit dans la constitution, ou^ comme le dit Condorcet, dans la Charte^ un ensemble d'articles qui garantiront aux citoyens la jouissance de leurs droits politiques, les États devront s'occuper de garantir aux individus leurs droits d'hommes, dont le premier est la liberté personnelle ^. Nul ne peut être arrêté, s'il n'est prévenu d'un délit. Il importe donc au peuple tout entier que ses mandataires abolissent et proscrivent à jamais, dès le début de leurs séances, toutes les pratiques et toutes les institutions qui permettaient des détentions arbitraires et illégales. L'opinion publique s'est tue pendant longtemps; au sujet des lettres de cachet ; depuis quelques mois, elle les considère comme un (léau abominable: elle doit obtenir satisfaction. A plus forte raison est-il nécessaire de supprimer toutes les servitudes. La suppression du servage est acceptée de tous ; il n'en est pas de même, nous l'avons vu, de l'esclavage. Dans une Adresse au corps électoral qu'il rédige en sa qualité de Président de la Société des Amis des Noirs y Condorcet supplie la nation de prendre en pitié la situation des nègres, a Comment pourrait-elle réclamer contre des abus que le temps a consacrés, que des formes légales ont sanctionnés et leur opposer les droits naturels et imprescriptibles de l'homme et l'autorité de la raison, si elle approuvait, même par son silence, un abus aussi évidemment

Page 1