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II. LES POLITIQUES

tible ; les erreurs et les vices de l'organisation sociale et politique ont parfois retardé sa marche, mais cette marche ne s'est jamais interrompue, elle suit son cours nécessaire, fatal; nous devons en prendre conscience, l'aider et la seconder ; nous réaliserons ainsi l'âge d'or qui est, non derrière nous, mais devant nous.

L'influence des Physiocrates a été considérable, car on peut dire que Gondorcet, avant A. Comte, est entré dans le droit constitutionnel et dans la sociologie par la porte de l'Economie politique. On a vu quelles étaient les hautes ambitions de la « science nouvelle » : dans l'esprit de ses fondateurs, elle ne tendait à rien moins qu'à embrasser la totalité de la science sociale. Elle a eu le très grand mérite d'introduire la notion de loi ou de rapport nécessaire dans les faits économiques et d'en faire ainsi des objets de science (1). Une division du travail rationnelle, à laquelle ont coopéré non-seulement les événements mais encore la vigoureuse intelligence de Condorcet, a séparé la science économique en disciplines distinctes quoique voisines : Economie l^polilique proprement dite. Droit constitutionnel, morale et sociologie proprement dite. L'une de ces disciplines a été étudiée dans le livre II, les trois aiitres dans le livre III, et toutes ensemble, dans leur développement et leurs rapports réciproques, dans le livre I. On a vu que l'idée de loi au sens scientifiquedumot, l'observation et le calcul, la confiance optimiste dans « l'ordre naturel «des sociétés, sont passés dans les conceptions de Condorcet qui se rattache ainsi, par des liens étroits, aux physiocrates. Mais l'influence de Turgot, celle des événements, et surtout celle de ses réflexions propres ont donné à Condorcet une physionomie originale : ses conceptions économiques sur le produit net, le prix moyen, la liberté du commerce intérieur et extérieur, font plus que vulgariser les théories des Economistes; elles sont encore colorées des conceptions de Turgot et de celles de Condorcet lui-même. Sa plus grande originalité a consisté dans la critique d»; la loi de l'offre et de la demande et dans celle de l'idée de valeur ; elle consiste surtout à avoir

(1) Cf. notre livre Essai Jiistoricjue et critique, etc., p. 217, note 1 ; cf. 382-385.

déterminé avec une rigoureuse exactitude l'objet de l'Economie politique en mettant à part le Droit constitutionnel, la morale et la sociologie proprement dite.

Th. Paine et Williams ont certainement exercé une grande influence sur Condorcet. Mais, dans le domaine des idées et quand il s'agit de leur développement dans un esprit, il importe de faire une distinction capitale : un esprit vide reçoit passivement les idées ; il les absorbe et les exprime sans les modifier. Au contraire, un esprit déjà enrichi de connaissances nombreuses, réagit nécessairement contre les idées qu'il entend exprimer : celles qui cadrent spontanément ou après une lutte, une discussion, avec les siennes propres, il les accueille, il les fait entrer dans le système antérieur de ses idées personnelles. Les autres, il les rejette. Quant aux idées incorporées, associées ou systématisées, elles prennent nécessairement la teinte du système qui les accueille; et le penseur qui les exprime, les formule d'une façon originale, il les transforme malgré lui et les marque du sceau de sa personnalité.

C'est ce qui est arrivé à Condorcet en présence de Paine et de Williams : il avait déjà, quand il les a connus, amassé une ample moisson d'idées politiques et constitutionnelles : il (' raflTolait » de la Constitution de Pensylvanie (dont Paine, il est vrai, fut un des rédacteurs), il avait traduit et publié la Constitution fédérale de 17b7, il avait observé l'éveil du pays à la vie politique dans les Assemblées provinciales, il avait assisté aux dissertations politiques si en honneur dans les loges maçonniques et particulièrement dans celle des Neuf sœurs dont il faisait partie, il avait lu tous les ouvrages politiques, français et étrangers, anciens et modernes (comme en témoigne non seulement ses œuvres, mais encore la Revue intitulée : Bibliothèque raisonnée de l'homme public, etc.), bref, ilavait abordétous lesproblèmesde politiqueconstitutionnelle que les événements allaient bientôt résoudre « in concreto » ; aussi dès que les Etats Généraux sont convoqués, est-il capable de publier, coup sur coup, presqu'en même temps, une foule d'ouvrages profonds, d'une puissante originalité, où il trace le programme de la Révolution et indique, avec une clairvoyance et une précision que l'événement confirmera, la voie où elle doit s'engager.

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