‹ CondorcetChapitre 141 sur 165 · VI. CO.NDORCET OBSERVATEUR · texte numérisé non relu

VI. CO.NDORCET OBSERVATEUR

plupart de ses arguments (droit de vole, unité ou dualité des cliambres, référendum, etc.). I.a politique proprement dite qui, ces derniers temps surtout, se dit la Mlle, par Gambetta, d'Auguste Comte (1), a pris pour base l'iusloire.le Droit comparé et l'Economie politique : elle revendique, tîdèle aux principes de Condorcet, la prééminence du pouvoir civil sur tous les autres pouvoirs. Nous avons adopté, il est vrai, le régime parlementaire et la dualité des Chambres qu'il croyait funestes à la liberté et à l'égalité ; or, il se trouve que, grâce aux progrès de l'esprit politique et de l'instruction générale, les principaux desiderata de Condorcet se trouvent réalisés, précisément sous le régime parlementaire qu'il redoutait : respect de la souveraineté nationale, exclusion des pouvoirs personnels, su[)rématie financière des Chambres, responsabilité des ministres, etc., etc. Il n'est pas jusqu'au référendum qui (bien que réclamé, mais sans succès) n'existe implicitement dans notre régime politique, puisque chaque élection générale, se faisant sur une ou plusieurs questions déterminées, prend ainsi l'allure d'une consultation populaire.

Le réveil de l'esprit laïque, en 1881 et en 1886, en matière

d'enseignement, s'est fait sous le nom et sous l'inspiration

directe de la pédagogie positive et démocratique de Condorcet.

Sa morale, par l'interméiiiaire de l'altruisme d'Auguste

Comte, revit dans le solidarisme contemporain.

Ses principes sociologiques, repensés et amplifiés par le même Auguste Comte, exactement déterminés et précisés, ne sont pas étrangers à la magnifique floraison des travaux sociologiques contemporains (-2).

Toute discussion politique, mor.ile, pédagogique, sociale, toute allusion à l'idée et à la doctrine du Progrès, devenue courante aujourd'hui, se réfèrent au grand nom de Condorcet. El l'on peut dire, sans exagération, que s'il est l'ancêtre lointain de la démocratie contemporaine, il est encore

(1) Cf. Supt-a, p. 808, note 4.

(2) L'école « organique » française et la brillante phalange des sociologues groupés autour de « UAn^iée sociologique » ne suivent pas le sillage de Condorcet; mais, ils sont, par l'intermédiaire d'A. Comte, redevables à Condorcet de l'idée première qui a révélé sa voie à Aug. Comte, et sans laquelle les travaux contemporains auraient été retardés dans leur naissance et leur riche développement.

8i4 LIVRE IV. — INFLUENCE DE CONDORCET

son inspirateur et son guide, comme il l'a été de nos ancêtres les liépublicaios de l'époque héroïque. Nous aurons bientôt à rechercher pourquoi il est tant admiré et si peu connu ! Constatons seulement ici qu'un homme qui, de son vivant et même après sa mort, a eu tant d'influence, ne peut, en aucune façon, être qualifié d'utopiste. L'utopie n'a pas en elle celle vitalité, cette force d'expansion et cette persistance. Ou bien si elle a ces vertus, elle n'est pas utopie mais plutôt idée d'avant-garde portant en elle un germe de vie, de vérité et d'action, tresl en ce sens que l'on a pu dire « hier, utopie ; demain, réalité. » Utopies les idées de Condorcet, si l'on veut ! mais utopies dans le sens d'idées avancées, dans le sens «l'idéal élevé, qui se réalise un peu tous les jours.

VU. — Est-ce à dire que toutes les idées de Condorcet ont été réalisées ? et que toutes étaient réalisables ? Il serait téméraire de l'affirmer. Un homme qui a remué tant d'idées et qui avait pour la vie méditative des aptitudes si exceptionnelles n'a pu s'empêcher de planer au-dessus de la réalité, de la « construire » au moins en partie et de l'imaginer plus belle qu'elle n'est ou qu'elle ne peut le devenir.

Nous ne parlerons pas de ses prétendus « rêves » de perfectibilité indéfinie. Car c'est devenu une démonstration banale aujourd'hui que de faire le bilan des progrès physiques, intellectuels, moraux et sociaux de l'espèce humaine du xviii^ au XX' siècle. Leur réalisation successive montre que Condorcet a été, non un utopiste, mais un prophète clairvoyant.

Nous voudrions plutôt pénétrer jusqu'au cœur même de la philosophie politique et sociale de Condorcet, la ramener, elle, si riche et si touffue, à une idée unique, et, en fin de compte, nous demander si la véritable « utopie « de (îondorcet ne gît pas, cachée dans celle idée.

Celte idée, on a pu le remarquer au courant de notre ou vragc, est celle de la Souveraineté lialionale qui est, chez Condorcet, la Souveraineté de la raison collective et, par suite, l'abolition de tout pouvoir autre que la raison nationale et collective.

Que voit en effet(]ondorcet dans l'œuvre gigantesque de la

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