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CHAP. II. DU 5 MA.I 1789 AU 4 FÉVRIER

une incontestable supe'riorité dans les questions politiques, administratives et constitutionnelles et bien avant qu'il devienne l'homme le plus en vue de la Législative et qu'il rédige les Adi-esses de cette Assemblée pour la France et l'Etranger, Condorcet est déjà un des hommes le plus en vue de la Commune de Paris.

Et comment ne mériterait-il pas cette confiance? N'est-il pas le dernier survivant des Encyclopédistes qui ont préparé cette Révolution qu'ils n'ont pu voir et que, seul d'entre eux, Condorcet a eu l'enviable satisfaction de voir réalisée, bien qu'il doive en être la malheureuse victime ? N'est-il pas, de tous les écrivains politiques de l'époque, celui quia condensé en formules claires et vulgarisé les principaux problèmes de droit constitutionnel que l'Assemblée nationale constituante élabore actuellement?

II. — En ce moment même, indépendamment de son rôle si actif à la Commune, ne suit-il pas, jour par jour, les travaux de l'Assemblée? (1)

Ainsi un comité de Constitution est élu le G juillet (2), aussitôt Condorcet, comme un galvonomètre sensible à tous les courants, traite à nouveau la question du pouvoir constituant et le problème de la ratification populaire de la Constitution par voie de référendum, dans un opuscule très important (qui sera étudié dans le livre II, chap. vu) et intitulé : Sur la nécessité de faire ratifier la Constitution par les citoyens (IX, 411), ce qui est une idée démocratique, neuve et hardie pour l'époque.

A peine a-l-on commencé la discussion de la Déclaration des droits, (ainsi que l'avait réclamé Condorcet lui-même dans ses opuscules: Idées sur le despotisme. Déclaration des Droits,) qu'il en suit les débats, en dégage l'idée essentielle, répond

(1) Condorcet suivait, avec sa femme, dans une loge spéciale, toutes les séances de la Constituante. Voir une curieuse page de Guillois {La marquise de Condorcet, p. 101-102) sur ce point important. Sur la femme de Condorcet, son intluence et celle de son salon, voir plus loin dans notre livre, p. 78 et notes. Cf. Michelet, Les femmes de la Révolution et l'ouvrage déjà cité de Guillois.

(2) Moniteur, réimpression, tome I, p. 129.

aux objections et aux railleries. Nous savons en efïet par Et. Dumonl que celle discussion fut prise très au se'rieux par les uns et injustement raillée par lui-même et par les autres. Cet auteur, ami et disciple de Bentham, partisan du droit positif et de la morale utilitaire, ne pouvait que railler les Constituants, partisans du droit naturel et d'une morale idéaliste et rationnelle. 11 nous a rendu le service de résumer dans une page intéressante ses propres impressions et celles de ses contemporains. La page est vivante et elle mérite d'être citée avant celles, autrement sérieuses et convaincues, que Gondorcet consacrera à la même question.

« L'Assemblée nationale, écrit Et. Dumonl qui a assisté aux séances du Comité et à celles de la Constituante, l'Assemblée nationale commença la fameuse Déclaration des droits de l'homme : c'était une idée américaine et il n'y avait presque personne qui ne regardât une telle déclariition comme un préliminaire indispensable. Je me rappelle (Dumonl rédige ses souvenirs en 1799) cette longue discussion, qui dura des semaines (1), comme un temps d'ennui mortel ; vaines disputes de mots, fatras métaphysique, bavardage assommant, l'Assemblée s'était convertie en école de Sorbonne, et tous les apprentis de législation faisaient leur essai sur ces puérilités. Après bien des modèles rejetés, il y eut un comité de cinq personnes chargées d'oflrirun nouveau projet: Mirabeau, l'un des cinq, eut la générosité qui lui était ordinaire de prendre sur lui ce travail et de le donner à ses amis. Nous voilà donc avec Puroverai et Clavière et lui-même rédigeant, disputant, ajoutant un mot, en efTaoant quatre, nous épuisant sur cette tâche ridicule et produisant enfln notre pièce de marqueterie, notre mosaïque de prétendus droits naturels qui n'avaient jamais existé. Durant le cours de cette triste compilation, je fis des réflexions que je n'avais point faites jusqu'alors. Je sentis le faux et le ridicule de ce travail ; ce n'était qu'une fiction puérile. »

Dumont continue en disant que tous les droits de l'homme, existant par la loi positive, ne devaient être ni

(1) La discussion ea séance dura du 20 au 2G août, donc tout au plus une semaine. Le comité de Constitution avait été élu le 6 juillet. Nous surprenons ici Dumont en flagrant délit d'exagération. N'est-ce pas le caractère de toute cette page ?

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