CHAP. 111. — DU 25 JUIN AU 30 SEPT
Avec une tranquille audace, Gondorcet reproduit l'affiche de Paine que nous avons analysée plus haut (1). « Qu'est-ce, dit-il, dans un gouvernement qu'un office qui ne demande ni expérience, ni habileté, un office qu'on peut abandonner au hasard de la naissance, qui peut être rempli par un idiot, un fou, un méchant, comme par un sage ? Un tel office est évidemment un rien, » Le journal qu'il publie a pour but d' « éclairer les esprits sur ce républicanisme qu'on calomnie parce qu'on ne le connaît pas, sur l'inutilité, les vices et les abus de la royauté que le préjugé s'obstine à défendre quoi qu'ils soient connus. » (N° 1, p. 5),
Son ami, Thomas Paine, dont les articles sont traduits en français par madame de Gondorcet, développe les mêmes théories avec la même assurance et une plus grande vivacité d'expressions ; il se réjouit du titre du journal le Républicain « car ce mot exprime parfaitement l'idée que nous devrions avoir du gouvernement en général : Res publica, les affaires publiques d'une nation. »
D'après lui, le mot monarchie renferme un reproche, une insulte à toute une nation, il signifie le pouvoir absolu d'un seul individu lequel peut-être stupide, hypocrite, tyran {ibid., p. 8).
On dit que la République ne convient qu'aux petits pays et la monarchie aux grands comme la France. L'erreur est grossière, car tout gouvernement pour être utile doit connaître toutes les parties, tous les intérêts d'une nation, donc ce n'est que dans un petit territoire qu'un seul roi pourrait gouverner utilement. Si le territoire est grand, le gouvernement d'un seul tombe dans l'ignorance et dans la tyrannie
nul des hommes libres de tous les pays. — Le Républicain, fondé par Gondorcet, Paine et Duchastellet n'eut que 4 numéros. Ils sont tous les quatre à la Bibliothèque Nationale. Le n" 2 a paru en même temps que le n° 1 et commence à la page 17. Le n° i (et le 2«) est du 10 juillet; le 3e est du 16 juillet, et le n» 4 est du 24 juillet. L'exemplaire que nous avons consulté à la Bibliothèque Nationale porte la côte Le 2/613. in-8 ; les dates s'y trouvent. — Voir l'opinion contraire dans Robinet, loc. cit., 102, et Aulabd, Hist. Polit., p. 136note 4.
(1) P. 95. — Au lieu d'appeler Louis XVI, M. Louis Gapet, il l'appelle ici M. Louis Bourbon (p. 5).
(p. 9). C'est ce qui est arrivé à l'Espagne, à la Russie, à l'Allemagne, à la Turquie. Au contraire, le vrai système républicain, par élection et représentation, est le seul moyen connu et possible de proportionner la sagesse et les connaissances du gouvernement à l'étendue d'un pays. La représentation est le centre le meilleur et le plus fort qu'on puisse trouver pour une nation (p. 10). La France est grande, mais toutes ses parties se trouvent en ce moment réunies dans l'Assemblée nationale comme dans leur centre de représentation.
Les pelits états comme Gênes, Venise, Berne, ne sont pas des Républiques mais des gouvernements sous un esclavage aristocratique.
Paine termine cette charge contre la royauté en tournant en dérision le pouvoir héréditaire, « idée la plus basse, la plus avilissante qui ait jamais dégradé l'espèce humaine » ; il déclare enfin que la France ne deviendra un « empire civique » qu'à partir du jour où la Constitution sera rigoureusement conforme à la Déclaration des droits.
Le numéro 2 et le numéro 3 renferment des observations détaillées sur le Mémoire laissé par Louis XVI au moment de sa fuite et adressé à l'Assemblée nationale (1).
Th. Paine formule de nouveau, dans le numéro 3 (16 juillet) ses critiques acerbes et insolentes contre la royauté. 11 répond à « l'abbé Syeyès y> qui avait contesté ses principes et ses définitions. La conclusion de sa Réponse est à citer, car Paine vivait, nous le redisons, dans l'intimité de Condorcet ; aussi, connaître les idées de l'un, c'est connaître les idées de l'autre. Je suis l'ennemi de la monarchie, dit-il, et non des rois, « par mon attachement pour l'humanité, par l'anxiété que je sens en moi pour la dignité et l'honneur de l'espèce humaine, par le dégoût que j'éprouve à voir des hommes dirigés par des enfants et gouvernés par des brutes, par l'horreur que m'inspirent tous les maux que la monarchie a répandus sur la terre, la misère, les exécutions, les guerres, les massacres dont elle a écrasé l'humanité, enfin c'est à
(1) Pages 17-30 ; 33-51. Ce mémoire est une critique approfondie des dispositions contradictoires de la Constitution de 1791.