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CHAPITRE V

LA CONVENl'ION. — LE PROCÈS DE LOUIS XVI. (21 SEPTEMBRE 1792 — 21 JAiNVlER 1793.)

1. La période électorale ; c'chec de Condorcet à Paris, son succès en province. Sa ligne de conduite. Nouveau caractère de son activité. — II. Abolition de la royauté. Procès de Louis XVI. L'armoire de fer. Lettre de Faine. Plaidoyers et votes de Condorcet et de Paine. Explication de leur attitude et de ce.s votes. Le sursis. Intervention finale de Condorcet et de Paine. Exécution de Louis XVI et conséquences. — III. Ouvrages constitutionnels de cette période. Lejour nal d'instruction sociale.

I. Condorcet atteint désormais le point culminant de sa renommée. Cinq départements (Aisne, Eure-et-Loir, Loiret, Sarthe, Gironde (1)) le choisissent pour député à la Convention. Il opta pour l'Aisne, où il était né et où il possédait des terres. — Dès la première séance de la Convention (21 septembre 92) il est élu comme secrétaire et le soir même comme vice-président ; enfin le 11 octobre il est élu membre du Comité de Constitution. Ce dernier le choisira comme rapporteur et en réalité comme rédacteur de la première Constitution républicaine qui ait été écrite et discutée en France.

Il avait été, comme il fallait s'y attendre, très attaqué pendant la période électorale (août-septembre). Robespierre et Marat ne le ménagèrent pas (2) ; un nommé Chass publia

(1) Nous montrerons bientôt que Condorcet ne fut pas \n\ « Girondin ».

(2) Sur les antipathies profondes et réciproques de Condorcet et de Robespierre, on consultera Robinet, loc cit., 211 et 218, cf. ci-dessuà 144. — Sur l'origine de la haine de Marat contre Condorcet, cf. ci-dessus, p. 164, note 2.

une brochure intitulée Lettre sur M. Condorcet dans laquelle il accumule les erreurs et les calomnies en poursuivant dans Condorcet (il le déclara nettement), le partisan du gouvernement re'publicain et de Tathéisme (l).

Très modeste, il ne fit aucune campagne électorale ; la Chronique de Paris dont il était le rédacteur en vue ne mentionne pas sa candidature, et lui consacre, après le succès, quelques lignes seulement, ce qui donne encore plus de prix au plébiscite spontané qui se fit sur son nom dans cinq départements.

Les élections eurent lieu au suffrage à deux degrés, mais universel à la base sauf pour les domestiques et assistés qui étaient exclus. Les électeurs de Paris accentuèrent leurs votes dans le sens avancé et choisirent la plupart de leurs élus dans les rangs des Jacobins et des Cordeliers. Ils évincèrent Condorcet, jugé dès cette époque avec raison (2) comme hostile à la Commune de Paris, et comme tiède (voir son discours du 9 août 1792 sur le roi; ci-dessus p. 155-156.)

Il avait été porté sur la liste de la Sentinelle ; au premier tour de scrutin il eut ime seule voix et Robespierre 338 sur 525 1 au deuxième tour, il n'en eût aucune et Danton : 638 (3) !

Cette éviction fut pénible pour Condorcet. Il en parle avec amertume dans le Fragment de justification: « Je fus nommé à la Convention par cinq déparlements, dit-il, et je ne l'aurais pas (4) été par celui de Paris (non qu'il y existe un seul citoyen, s'il n'est pas imbécile {sic), qui ne me croie un ami ardent de la liberté, un défenseur zélé de la cause populaire, mais parce qu'on voulait souiller la Convention nationale par la présence de quelques-uns de ces chefs d'assassins qui ne pouvaient jamais y arriver), si on n'eût commencé par prou-

(1) Robinet, loc. cit., 203-205. — Il fut aussi accusé d'avoir voulu appeler au trône de France le duc de Brunswick ! ibid., 205. Condorcet se crut obligé de se disculper! cf. Chronique de Paris, n" du 5 sept. 1792, p. 994.

(2) La commune de Paris à cette époque, dit-il, « gémissait sous la tyrannie de quelques vils agitateurs ». I, 604.

',3) Paul Mautouchrt, Le mouvetnent électoral à Paris, en aoûtseptembre 1792, dans La liévoltition Française, n° du 14 février 1903, p. 137-164, surtout 156, 159 100.

(4) Le contexte semble demander : « Je l'aurais été ».

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