‹ CondorcetChapitre 41 sur 165 · CHAP. VI. THOMAS PAINIÎ · texte numérisé non relu

CHAP. VI. THOMAS PAINIÎ

Brissot (1), mais il ne dùl guère paraître au Comité, car c'est pendant ses travaux qu'il attaqua la Montagne et envenima la discorde des deux partis, ou bien s'il parut au Comité, il ne dut pas y apporter de grandes lumières, vu son jeune âge et ses qualités plus brillantes que solides.

Que dire des autres suppléants? Hérault de Séchelles, qui sera plus tard le rapporteur habile et expéditif de la Constitution montagnarde, fut absent du 29 novembre 1792 au mois de mai de 1793. Il ne prit donc aucune part aux travaux du Comité.

Lanthenas s'était donné tout entier aux travaux du Comité de l'Instruction publique. De Bry avait aussi publié un Essai sur l'Education nationale. Fauchet avait fondé le Cercle Social et y prêchait une sorte de socialisme mystique fondé sur l'amour universel. Quant à La Yicomterie, il avait écrit un long poème sur les crimes des rois de France depuis Clovis jusqu'à Louis XVI. Et il nous est impossible de savoir si ces quatre derniers suppléants furent effectivement appelés au Comité (2).

III. — Les vrais travailleurs du Comité furent Paine et Condorcet. Or, comme Paine ne parlait pas le français, le seul travailleur fiit, comme d'habitude et en toute circonstance, l'infatigable Condorcet, toujours présent, toujours sur la brèche.

Noue allons donc rechercher quelle a dû être l'influence de Paine, puis celle de Condorcet sur les travaux du Comité Nous déterminerons ensuite le rôle de David Williams qui fut appelé au Comité où il développa de nombreuses et importantes théories. Cela fait, nous décrirons l'histoire de la Girondine et ses vicissitudes à la Convention, jusqu'à son rejet final.

Il n'est pas d'existence plus curieuse que celle de Paine. Il est indispensable d'en connaître les traits saillants, car ses

(1, Nous ignorons pourquoi. Barbaroux n'en parle pas dan» ses Mémoires.

(2) Sur les orateurs girondins on consultera : Aulard, Les orateurs de la législative et de la Convention, tome \.

idées poliliqiies et sa vie sont intimement unies. Or, cet Anglais a fondé la République américaine et rédigé la Constilution de Pensylvanie ; il a été député à la Convention nationale et a contribué à rédiger la Constitution girondine (l).

Son premier voyage à Paris date de 1781 ; il descendit à Passy chez Franklin, et il y vit, probablement, Tiirgol, familier de la maison et qui devait mourir à la fm de cette année.

Paine revint à Paris en 1787 avec une lettre de Franklin qui lui servit d'introduction auprès de M™' Helveliusà Passy. C'est là qu'il vit Gondorcet, Duchastellet et même Danton (2). Condorcet eut aussi l'occasion de le voir à l'Académie des sciences, à laquelle Paine (mathématicien à ses heures et ingénieur) présenta un projet de pont en fer.

De ce jour data entre ces deux hommes, qui présentaient tant d'affinités à certains égards (3), une amitié solide, du-

(1) Voici d'après son biographe (Conway, Thomas Paine, etc.), les principales indications qu'il laut connaître sur ses débuts : né à Thetford, comté de Norfolk en Angleterre, en 1737, il y vécut 37 ans dans une condition des plus modestes. En 1774 il se rend à Philadelphie, capitale de la colonie de Pensylvanie, et se lie avec Franklin qui le prit en amitié. Il dirige le Pensylvania Magazine, ècvW, àes s^i'\.\c\c.& contre l'esclavage, publie en faveur de l'indépendance américaine une bi'ochure : Sens commun (1776) qui se vendit à des milliers d'exemplaires et rendit Paine subitement célèbre. Aide de camp du général Greene il écrit, à partir de 1777, huit écrits successifs appelés Crises (The Crisis) et destinés à enflammer le courage patriotique et militaire des Américains. Le succès en fut énorme. Il fut, au dire de John Adams, le principal rédacteur de la Constitution de Pensylvanie qui, traduite en France, y obtint le plus vif succès : Turgot, La Rochefoucauld et Condorcet en « raffolaient ». Paine devint l'homme le plus en vue de la Révolution américaine. Il lut nommé dès 1777 secrétaire du Comité des Affaires étrangères près le Congrès et participa, à ce titre, aux négociations avec Louis XVI en vue d'obtenir des subsides et des troupes. Il n'oublia pas le rôle de Louis XVI plus tard au moment du procès du roi (ci-dessus, p. 182). — Nous donnerons dans le texte les autres indications biographiques. Disons toutefois que Paine réfuta Burke (Réflexions sur la Révolution, 1790) dans un ouvrage intitulé '■ les Droits de l'homme, qui est une apologie des principes de 1789. Le succès en fut considérable et valut à Paine, en Angleterre, de dangereuses persécutions, dont on lira le récit dans l'ouvrage de Conway.

(2) Conway, loc. cit., 1.55.

(3j Voici les plus curieuses de ces affinités : ils sont tous les deux

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