CHAP. V[. THOMAS PAINE
Son ignorance du français le tint éloigné de la tribune ; mais il assistait aux séances. Il eût une grande influence dans la coulisse et surtout parmi les Girondins qui le tenaient en très haute estime. On a vu plus haut son rôle dans le procès de Louis XVI et on le comprend mieux maintenant.
Tel est l'homme que la Convention fit entrer dans le Comité de Constitution. On ne saurait nier qu'il était hautement qualifié pour prendre part à ses travaux. Cette part fut importante, mais nous montrerons que celle de Condorcet ne le fut pas moins.
Nous savons par deux témoignages de Paine lui-même qu'il rédigea un plan de Constitution et le prêta à Barère qui le perdit. Comme nous l'avons déjà dit, on ne l'a pas encore retrouvé (1). Voici une courte note qu'il adressa au Comité de Constitution et qui révèle l'existence de son rapport : « Je vous présente ces observations rédigées sous forme de Rapport, comme un acheminement à la mise en œuvre des affaires auxquelles nous devons travailler de concert. Je crois que le Comité y retrouvera beaucoup de ses! propres vues ». La France, ajoute-t-il, doit aujourd'hui parler avec netteté aux nations étrangères et indiquer les raisons qui l'ont déterminée à abolir le régime monarchique pour adopter le gouvernement représentatif. « La première Constitution sacrifiait trop aux formes extérieures et à la crainte impolitique de porter ombrage aux nations étrangères ». La nouvelle Constitution devra éviter ces deux écueils. « La partie que je vous envoie correspond aux matières comprises dans la dernière Constitution de la page ] à la page .5. Le chapitre du manuscrit anglais, p. 21, intitulé : De la distribution des pouvoirs délégués par la nation, remplace le chapitre de la dernière Constitution, p. 45, intitulé : De la royauté, de la Régence et des ministres. Je m'occupe maintenant de celte partie (2). » Le billet se termine par un post-scriptum où il explique que la traduction du manuscrit est assez avancée.
(i) En comptant la Pensylvanie et le plan de Constitution anglaise qui se trouve implicitement dans un ouvrage, Les droits de Vhomtne, cela fait trois Constitutions rédigées par cet homme étonnant. Conway [Ibid., 183). Cf. Supra, § sur Barèbe, p. 196.
(2) CoNWAY, loc. cit., 265-266. Archives nationales : A. F. H, 49.
20 i LIVP.E I. — HISTOIRE EXTERNE, ETC.
Nous savons par un témoin oculaire, le U' JohnMoore, que Paine travaillait avec Condurcet, il a même vu M"" Condurcet traduisant les écrits de Paine (1).
Dans un autre passage inédit, comme le précédent, Paine raconte comment il confia son plan à Barère : « Je rencontrai un jour, sur les boulevards, Barère, du Comité de Salut public : je crois que c'était en août dernier [1). Il me demanda quelque chose en français; comme je ne le comprenais pas, nous allâmes ensemble au bureau des affaires étrangères. L'agent du département américain servit d'interprète. Barère me demanda alors si je pouvais lui communiquer le plan de Constitution quej'avais présenté au Comité:» Ce plan, disait-il, contenait certaines choses qu'il désirait voir adopter. r> (Barère et moi nous étions tous deux membres du Comité de constitution). Je lui dis que je le pouvais, et (]ue je lui enverrais le plan le lendemain matin, ce que je fis; et il est encore entre ses mains » (3).
IV. — Sans nous attarder à déplorer une perte si regrettable, nous devons essayer de reconstituer ce plan. Vu l'intimité de Paine et de Condorcet, il est infiniment probable que le plan réalisé dans la Girondine doit se rapprocher sensiblement de celui de Paine.
Quant aux idées qu'il renfermait nous ne pouvons pas en reconstruire le détail, mais nous pouvons en reconstituer les principales dispositions : 1° en groupant les divers écrits politiques de Paine : Sens commim, les Droits de r homme, sa Réponse aux quatre questions de mai 179i, l'^Z/îf/ie du 1'"' juillet 1791, et les articles à\\ Répuhlicain \
(Ij (JoNWAY, loc. cit., 26Q.
(2) Faine écrit ces mois en 1794 dans sa prison du Luxembourg où il était incarcéré depuis le 8 niv(jse(28 déc. i793j. Donc « août dernier » voudrait dire août 1793. Mais cela est jieu probable, attendu qu'à cette époque le Comité de Constitution était dissous depuis le 16 lévrier 1793 et la Constitution montagnarde adoptée depuis le 24 juin 1793. La question même posée par Barère à Paine démontre qu'il lui fil sa demande pendant la période de discussion de la Girondine, lévrier-mai. Nous émettons donc cette conjecture que Conway a mal lu les annotations manuscrites de Paine et qu'il a lu août dernier pour avril dernier.
(,3) CoNWAY, loc. cit., 323.