‹ CondorcetChapitre 49 sur 165 · CHAP. VI. DAVID WILLIAMS · texte numérisé non relu

CHAP. VI. DAVID WILLIAMS

Aw gouvernemeiH représentatif : si l'on pouvait, dit-il, prendre, chacune à part, les opinions de tous les individus^ on les trouverait différentes et inconciliables à plusieurs égards. Le peuple, géne'ralement parlant, n'a pas le temps de porter un jugement ge'néral, et quand même il en aurait le loisir, il serait trop influencé par des intérêts locaux et individuels. A l'imitation des sens externes du corps vivant qui transmettent des impressions au cerveau où elles sont centralisées et organisées, le peuple sent et envoie à un organe central (le corps législatif) l'expression des convenances et des disconvenances, mais il n'est ni assez distant des objets, ni assez fioid, ni assez désintéressé pour en découvrir les causes, pour les comparer, les adopter ou les rejeter. De là la nécessité d'une espèce de cmmnission ou délégation qui n'est autre que la représentation (20).

Nos ancêtres avaient résolu le problème en organisant les assemblées générales de petites tribus où l'on trouvait la manifestation de la volonté publique. Dans celte organisation primitive, que Williams qualifie de belle et simple, v dix familles formaient une association qui choisissait son arbitre ou son juge en temps de paix et son chef en temps de guerre, et qui, responsable de la tranquillité et des mœurs extérieures de l'association assurait la police la plus exacte. Chacune de ces associations acquérait une opinion commune, un intérêt commun et un vole commun. Dix associations (cent familles) envoyaient chacune un député dans un lieu dont on était convenu ; ils servaient d'arbitres, conciliaient les intérêts, et exprimaient ce que l'on pouvait nommer : la volonté des cents. C'est ainsi que l'on procédait par des représentations de représentations jusqu'à ce que la Société entière (pour me servir de l'expression ordinaire) tût représentée par une Assemblée générale (2!l-22). »

Cet arrangement est « essentiellement républicain » puisqu'il permet à la nation entière de faire connaître sa volonté, la volonté générale ; en cela consiste l'essence du gouvernement républicain.

La Constituante a eu le tort de n'avoir pas assez multiplié les assemblées primaires. Qu'en est-il résulté ? C'est que dans les assemblées relativement rares le nombre des citoyens appelés à y figurer a été très considérable. Ce qui présente

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un double inconvénient : d'abord, les citoyens ont été, en grand nombre, délournés de leurs occupations journalières ; ensuite les assemblées trop nombreuses sont devenues tumultueuses et bientôt la proie des bavardages stériles. Rien, dit Williams, ne peut pe'nélrer ou agiter ces grandes masses si ce n'est les passions les plus violentes ou les plus funestes. Il estime au contraire que la raison, le jugement et les vertus publiques demandent une organisation peu nombreuse et clairsemée par où elles puissent, d'une manière réglée, influencer en silence la communauté entière (23).

De même que les organes récepteurs (corpuscules du tact et peau sensible) sont disséminés sur toute la surface du corps, de même il souhaite que les chefs de famille occupés à un travail ou emploi quelconque, soient divisés en un grand nombre d'assemblées primaires dispersées mais communiquant facilement entre elles ; c'est là que se formera l'opinion, l'expression du consentement et de la volonté commune. Ces assemblées doivent être groupées et superposées de façon à former une échelle de représentation de plus en plus étendue (24) [l).

Il demande donc des Assemblées siégeant un peu partout, mais, dans chacune d'elles, un petit nombre de membres. Il conserve la division générale par départements, mais voudrait multiplier les divisions primaires du peuple (!2o-26).

D'après lui, on doit accorder aux citoyens la faculté d'émettre, dans le choix des délégués, leur consentement et leur vœu ouvertement, avec la liberté, dit-il, qui convient à des hommes libres, sans recourir à des inventions compliquées et secrètes. Car les assemblées primaires sont les véritables écoles du peuple, où il apprendra à s'affranchir de l'influence de la richesse et des talents et à juger par luimême.

Comment recruter les délégués? comment organiser la représentation et en un mot le scrutin?

(1) 11 importe de ra[)peler que le plan de Turgot et celui de Condorcet sur les Assemblées municipales, provinciales et nationales réalisaient déjà le vœu de D. Williams. Il est pleinement réalisé aujourd'hui par les conseils municipaux, d'arrondissements, généraux et les ■Chambres.

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