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IV. Chaque département sera divisé en grandes communes

les communes en sections municipales et en assemblées primaires.

ses, le Corps législatif pourra échanger ou rectifier les limitée des déparlements.

IV. Il sera établi dans chaque département une administration centrale.

V. Cette distribution du territoire de chaque département en grandes communes se fera de manière qu'il ne puisse y avoir plus de deux lieues et demie de l'habitation la plus éloignée au centre du chef-iiei:

de la commune.

VI. L'arrondissement des sections municipales ne sera pas le même que celai des assemblées primaires.

VII. Il y aura dans chaque commune une administration subordonnée à l'adrainistralion du département, et dans chaque section une agence secondaire.

V. Il sera aussi établi une administration intermédiaire entre celles des départements et les municipalités [donc suppression des grandes communes].

? (le 21 mai, sans n° d'ordre) ; Les départements seront divisés en districts et cantons.

[Rétablissement des districts; donc suppression des grandes communes confirmée.]

Comme on le voit il n'y a pas symétrie entre les deux textes. Cela provient de ce fait, signalé plus haut, savoir que le 13 mai la Convention adopta pour plan de travail, non le projet de

Condorcet et du Comité, mais celui de Lanjuinais, rapporteur de la Commission de six. Nous l'avons donné plus haut (p. 288). On peut dire que les sept premiers articles du Titre I ont été, sinon votés textuellement, au moins examinés et votés en principe. Cependant l'article V supprime les grandes communes de l'ancien article IV, et intercale une administration (probablement le district) entre le département et les municipalités.

Que conclure de ces comparaisons? les diiïérences, nous le répétons, ne sont pas essentielles, sauf en ce qui concerne les grandes communes (1). Le projet de Condorcet a été doublement respecté et par le Comité et par la Convention jusqu'au 29 mai, jusqu'au moment où la politique montagnarde triompha, par la force, de l'inopportune politique girondine. Ce respect du projet de Condorcet démontre à la fois que le projet a été la victime des circonstances, et que Condorcet en a été le « modeleur en chef», puisque son texte a été respecté et par le Comité et par la Convention ; ceci montre encore quelle était la haute influence morale de Condorcet. On va voir qu'il sera respecté lui-même dans la tourmente qui va bientôt, le 31 mai et le 2 juin, emporter ses amis.

XI. — L'inÛuence du parti girondin baissait tous les jours et si la Déclaration, et le titre premier de la Girondine avaient été votés, c'était en partie à cause de la haute autorité morale et personnelle que Condorcet avait conservée. C'est toujours à lui en effet que l'on continuait de s'adresser pour rédiger les actes solennels demandés par les circonstances. Il avait été chargé par le Comité de salut public (celui dont il a été question plus haut 251, note 4) de rédiger trois Adresses importantes, l'une « aux citoyens des départements troublés » (il s'adresse surtout aux Vendéens et leur promet la paix religieuse), l'autre : « aux armées », la dernière : « aux citoyens français du déparlement de la Corse ». Dans ces trois Adresses, au style enlevant et enfiévré, il plaide auprès des Vendéens, des armées et des Corses la cause de la liberté et

(I) Rétablies iiendant la discussion de la Conslitulioa de l'an 111 (voir ci-dessous, cliap. vin, § 3).

de l'égalité, il les met en garde contre les pièges tendus à leur confiance par les royalistes elles prêtres fanatiques qui ont partie lie'e. Ces trois Adresses avaient été adoptées dans la séance du 23 mai et leur envoi décrété (1).

Cependant, malgré la notoriété et l'autorité morale de son rédacteur, la Girondine était vouée à un échec certain. Tant de mois écoulés pour arriver à un si mince résultat : le vote de la Déclaration et de sept articles ! n''était-il pas évident qu'on attendait la première occasion pour écarter définitivement ce projet importun et le remplacer à la hâte par un autre ?

L'heure critique était arrivée (2) ! Il est facile de le voir dans <;elte même séance du 29 mai où, après avoir émis un vote d'ensemble sur la Déclaration des 'droits, la Convention décréta officiellement le rejet de la Girondine en organisant un nouveau Comité de Constitution et en lai donnant l'ordre de lui présenter un nouveau plan dans les huit jours !

Le Républicain (p. <S99-900) nous apprend que Barère, dans la séance du 29 mai, fit décréter ce (jui suit : « Le Comité de salut public est autorisé à s'adjoindre cinq membres pris dans son sein et il est chargé de présenter rfa«s/H«ï /oio's (cette hâte montrait bien le dessein d'écarter le projet Condorcet et d'en finir avec la Constitution) une Constitution réduite aux seuls articles invariables qui ne peuvent être changés par le corps législatif et qui assurent au peuple l'exercice entier de ses droits. » C'est toujours la même équi-

(1) Monileur, réimpr., XVI, 402 (4 lignes seulement), 515, 519. Œuvres, Xll, 599 et G03. Il est étonnant qu'Arago n'ait pas imprimé la première des trois Adresses destinée aux Vendéens.

(2) Il faut lire dans le Monileur toutes les séances du mois de maj ■ et celles des l^i' et 2 juin; on y verra à la suite de quelles circonstances et de quelles imprudences (voir l'anathème absurde lancé par Isnard à Paris, séance du 25 mai, Moniteur, réimpr., XVI, 'p. 480, réponse de Danton, ièicZ., 483), le parti Girondin courait à sa perte et provoquait la colère de Paris. C'est au milieu de cette tourmente que le malchanceux projet de Condorcet fut présenté, discuté et balayé. 11 fut victime des circonstances. Condorcet se sépara des Girondins dans une circonstance très grave : le 27 mai, il vota le maintien de la Commission des Douze que la Gironde voulait casser pour affaiblir Paris et la Commune. Mof.timer-Ternaux, Hist. de la Terreur, VII, 304, cité par Robinet, loc cit, 276.

308 LIVRE 1. HlSTOIRIi EXTERNE, ETC.

Yoque ! comme si Condorcet avait eu un autre dessein que celui-là !

Le rédacteur conclut : « C'est ainsi que la Convention déjoue les trames de nos ennemis et raffermit l'espoir des bous citoyens. »

Dans le Patriote français, Brissot releva l'équivoque avec aigreur : Barère réclame une Constitution. Parfait. «Mais qui est-ce qui n'a'cessé de prêcher cette doctrine depuis six mois? Ceux-là même que Barère qualifie de modérés... Dût-il choisir les cinq membres (du Comité) dans la Montagne, il faut approuver tout... Le point important est d'avoir une Constitution. Quelques de'fauts qu'elle ait, elle vaudra mieux que l'anarchie où nous vivons (p. 600, col, 2). »

Le lendemain, 30 mai, Couthon annonça : « Vous avez décrété hier que le Comité de salut public s'adjoindrait cinq membres pour vous présenter les bases constitutionnelles. Le Comité a choisi Hérault-Séchelles, P.amel, Coullion, Saint-- Just et Mathieu (1).

Désormais la Girondine a vécu. Le projet Condorcet est définitivement écarté. Son histoire se termine ici.

Celte malheureuse Constitution avait eu un père illustre, mais elle naquit sous une mauvaise étoile et eut des parrains imprudents et maladroits qui, protestant de leur tendresse et de leur sollicitude pour elle, firent tout ce qu'il fallait pour l'empêcher de grandir, de faire ses premiers pas et de se développer. Toutefois, il ne faut pas exagérer l'influence qu'ont pu avoir les discordes girondines et montagnardes sur les vicissitudes et l'échec final de la (lirondine. Elle était vouée, à l'avance, à l'insuccès. Non qu'elle fût mal conçue ou mal venue ; mais le moment n'était pas favorable. Ce qui le prouve, c'est que la Constitution ^montagnarde, votée le 24 juin, sur les mêmes bases et dans le même esprit, eut les honneurs du baptême et même d'un plébiscite; mais elle fut aussitôt ajournée et le gouvernement révolutionnaire dura encore deux ans. La vraie cause de l'échec |de la Girondine ce furent donc, avant tout, les circonstances générales, l'état de crise intérieure et extérieure que traversait la Révolution ; la discorde des Giron-

{i) Monit., reimp., XVI, 515.

dins et des iMontagnards, la défaite des premiers et le triomphe des seconds, ne viennent qu'en second lieu.

Immédiatement après la création du nouveau Comité de Constitution (30 mai , vinrent les journées du 31 mai et du 2 juin. La Commune de Paris, triomphante, imposa ses volontés à la Convention désemparée, elle exigea l'arrestation des principaux Girondins. La Convention affolée se rendit à ses ordres et, le 2 juin, elle décréta l'arrestation chez eux de : « Gensonné (1), Vergniaud, Brissot, Guadet, Gorsas, Pétion, Salles, Chambon, Barbaroux, Buzot, Biroteau, Rabaut, Lasource, Lanjuinais, Grangeneuve, Lesage (d'Eure-et-Loir), Louvet (du Loiret;, Valazé, Doulcet, Lidon, Lehardy (du Morbihan), Ducos, Lanthenas, Dussaulx, tous les membres de la Commission des Douze, Fonfrède'et Saint-Martin exceptés, et les ministres Clavière et Lebrun. » Sur la demande de Couthon et de Marat, Ducos, Dussaulx et Lanthenas furent exceptés du décret (2 .

Il importe de remarquer que Condorcet ne figure pas dans cette liste. Comment donc se fait-il que cinq semaines plus tard, le 8 juillet, il ait été décrété d'accusation et englobé dans la défaite du parti girondin? C'est ce que nous allons rechercher dans un chapitre spécial.

(1) Les noms souligoés sont ceux des anciens membres ou suppléants du Comité girondin de Constitution. (2j Moniteur, réimpr. XVI, 554.

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