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AVANT-PROPOS DES LIVRES II ET

loisirs tragiques de la proscription, il revoit, comme du haut d'un sommet, le panorama de son existence et de ses idées, il n'a aucun effort à faire pour séparer ses idées en deux groupes : d'un côté les théories constitutionnelles ; de Tautre : les progrès ou la science sociale considérée comme une histoire des progrès? (1).

Ainsi il a été impossible à ces penseurs de traiter du Droit constitutionnel sans traiter en même temps de la science sociale et réciproquement.

Il y a donc parenté à la fois historique et doctrinale entre le Droit constitutionnel et la science sociale. Mais il n'y a pas identité. En effet, le Droit constitutionnel est une science juridique, et la sociologie : une science nature/le. Le premier étudie les Etats et les Gouvernements fixés dans une forme, déterminée par la coutume ou par la loi. La seconde les étudie dans leur évolution organique. Le premier en dégage l'esprit et les principes fondamentaux, dont il tire les conséquences logiques. La seconde étudie leur formation.

A un certain point de vue le Droit constitutionnel est un chapitre de la sociologie, mais un chapitre distinct. Car les réalités sociales étudiées par la sociologie dépassent de beaucoup et embrassent, avec beaucoup d'autres, celles qui fout l'objet du Droit constitutionnel. Elles sont surtout étudiées, nous le répétons, à un point de vue différent : d'un côté, le point de vue de l'observation et de l'évolution ; de l'autre, le point de vue de l'analyse et de la cohérence logiques.

Il est cependant une certaine partie du Droit constitutionnel qui, sans se confondre avec la sociologie, en est cependant très voisine et constitue certainement un de ses moyens d'information les plus riches, c'est l'histoire comparée du Droit constitutionnel chez les peuples divers.

(1) Nous ne pouvons ici traiter à fond la question des rapports doctrinaux et liistoriques du Droit constitutionnel et de la Sociologie. Mais nous signalons aux historiens le moment historique où se sont effectuées et leur évolution à partir d'un centre commun : l'Economie politique, et leur séparation, dans l'œuvre même de Condorcet. M.M. Durkheim et Fauconnet ont publié dans la Revue philosophique (u° 5, mai 1903) une étude approfondie sur les rapports de la Sociologie et des sciences sociales. Mais il n'y est pas fait mention spéciale du Droit constitutionnel.

Les réflexions qui précèdent ont un double but : d'abord elles nous font comprendre l'union et la pénétration réciproques du Droit constitutionnel et de la science sociale chez Condorcet, telles qu'on les observe dans ses O-^uvres et telles qu'on a pu les voir dans le Livre I ; ensuite elles justifient la méthode que nous allons suivre dorénavant en séparant complètement ces deux ordres de recherches et en consacrant à chacune d'elles un livre spécial, le livre II au Droit constitutionnel ; le livre III : à la science sociale.

Four conclure, nous dirons quels sont les cadres de ces deux sciences d'après Condorcet. Or, si l'on groupe les théories éparses de Condorcet, si l'on en fait un ensemble systématique, on peut dire que, chez lui, le Droit constitutionnel s'ouvre par une théorie des droits naturels ; puis il organise le Droit électoral et les pouvoirs publics. Pour présenter ses idées dans un ordre systématique et concordant exactement avec ses principes fondamentaux, nous divisons ■les pouvoirs publics en pouvoirs ;

1" Délégués (législatif, exécutif, judiciaire et leurs dérivés) ;

2° Retenus (censure, référendum législatif et constitutionnel) ;

3° Communs (revision de la Constitution).

On peut de même reconstituer la science sociale d'après Condorcet, en observant qu'il étudie les phénomènes économiques, moraux, et ceux qui, mis en série, représentent les progrès de Tesprit humain. Ce qui donne trois divisions principales : économie politique, morale, sociologie proprement dite.

Tels sont les cadres des deux sciences chez Condorcet. tel sera également l'ordre que nous nous proposons de suivre dans les livres II et III.

Nous prendrons le Rapport introductif de la Girondine et le texte même de la Girondine comme l'expression dernière des théories constitutionnelles de Condorcet ; mais nous emprunterons les éléments du commentaire de chaque théorie et de chaque article de la Constitution, aux ouvrages

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antérieurs et aux manuscrits inédits de Gondorcet, éclairés par les ouvrages ou les événements contemporains étudiés dans le livre I et auxquels on renverra le lecteur, 11 nous arrivera fréquemment de décrire, pour chaque problème de Droit constitutionnel, l'histoire même des idées de Gondorcet sur ce point particulier, et cela dans un double but : éclairer la théorie actuelle par les théories antérieures ; ensuite montrer la parfaite cohérence et la solide continuité des théories de Gondorcet qui justifieront ce que nous avons dit ci-dessus (p. 228) savoir que, au moment où il a été chargé par le Gomité de rapporter et de rédiger la Gonstitution, cette dernière était déjà prête dans son esprit et disséminée dans ses ouvrages antérieurs ; il n'a donc eu qu'à rassembler ses théories et à en former le faisceau compact que nous allons maintenant briser pour le mieux connaître. Gette méthode sera aussi celle du livre III, où nous étudierons l'Economie politique, la morale et la sociologie proprement dite, dont nous décrirons respectivement l'objet, la méthode, les cadres et les résultats.

Dans chacune de ces parties nous e'viterons de faire une étude simplement littéraire ou historique ; nous nous efforcerons d'aborder les problèmes de Droit constitutionnel et ceux de sociologie avec la compétence et la méthode spéciales qu'ils exigent. On mesurera alors toute l'étendue du génie de Gondorcet et la place éminente que l'Histoire lui assignera dans l'histoire des origines du Droit constitutionnel et de la science sociale.

La nouveauté et la difficulté de l'entreprise nous feront pardonner, espérons-le, les défauts de l'exécution.

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