‹ Conducteur général de l'étranger a ParisChapitre 13 sur 114 · DANS PARIS · texte numérisé non relu

DANS PARIS

En descendant de diligence, si on a un logement d’arrêté ou que l’on soit attendu chez un ami, on peut s’y faire conduire par un commissionnaire qui portera lui-même les paquets.

Hôtels Garnis.

Il y en a de tout prix, depuis 15 fr. par mois et moins pou/ une chambre, jusqu’à 100 fr, et plus, suivant les quartiers, les maisons, les étages , etc.

Les hôtels garnis sont sous la surveillance immédiate de la police ; tous les jours un de ses agens va visiter les livres sur lesquels doivent être inscrits les noms des voyageurs présens à l’hôtel. Aussi , lorsqu’on se présente dans une maison garnie pour y loger, est-on obligé d’exhiber ses papiers. Si c’est un passeport et que l’on soit dans l’intention de rester Quelque temps dans l’hôtel, on le donne à l’hôte, qui le fait parvenir au commissaire de police du quartier; l’hôte remet ensuite une carte au voyageur, avec laquelle il peut se présent ter à la préfecture de police ( Quai des Orfèvres , près le Pont-Neuf) pour y obtenir un permis de séjour.

C’est l’usage à Pans que, dans les hôtels garnis, on paie toujours d’avance par quinzaine ; si on a le malheur d’être en retard, l’hôte peut, de sa pleine autorité, s’emparer de vos effets, comme nantissement de ce qui peut lui être dû.

C’est encore l’usage de laisser chez le portier la clé de son logement, toutes les fois que l’on sort.

L’hôte est responsable des vols qui pourraient se commettre dans les chambres occupées par ses locataires.

Il doit faire faire les chambres tous les jours, fournir l’eau nécessaire pour la toilette , et entretenir le linge dans un bon état de propreté. Il y a des hôtels où l’on bat les habits , cir e les bottes , etc. , moyennant tant par mois. Quelquefois on jouit de cet avantage sans rien ajouter au prix de la chambre. (Voir à la fin les 'détails sur les principaux hôtels garnis.)

Restaurai».

Depuis TU gargotte jusqu’aux Vèri et aux V auvilliers , les degrés de l’échelle des restaurans sont variés à l’infini ; on peut dîner pour 60, 75, 90 cenlimes, 1 fr. 1 fr. 50 cent., 2 fr., jusqu’à 50 fr. par tête, jusqu’à l’infini si

l’on veut. a

Il est des restaurans où l’on dîne à la carte (feuille sur laquelle la quantité et les prix des plats sont marqués, ainsi que les prix des vins, liqueurs, etc.); de façon qu’on peut régler son dîner suivant sa bourse et

son appétit. ^ A A

D’autres restaurans donnent à manger a tant par tete; le nombre des plats est souvent indiqué sur une affiche. On ne peut apprécier ces sortes de tables que par l’expérience.

Parmi les restaurans de bas etage, il s’en trouve qui revendent iss dessertes de leurs confrères de plus haut rang. Ce tripotage est difficile à reconnaître ; si l’on craint d’en être la dupe, il faut rejeter les potages, les ragoûts , les fricassées de volailles , et généralement tous les plats composés de petits morceaux d’espèces

différentes. v

Les restaurans de bas étage ont encore 1 Habitude d’acheter tout ce qu’il y a de plus commun en viandes, huiles, etc. 11 faut surtout se méfier de leurs volailles ; ordinairement ce sont les rebuts des marches.

Enfin, les mets des restaurans de bas étage sont peu nourrissans ; leur bœuf est trop bouilli, et souvent leur rôti passe parla marmite avant de monter sur la broche.

L’étranger qui pourra disposer de certaines heures sans nuire à ses affaires , fera bien de chercher une table bourgeoise; il s’en présente journellement de tous côtés, à tous prix. Il en est ou l’on peut faire un copieux dîner pour 1 fr. 25 cent. La, tous les mets sont frais et sains, l’inconvénient est qu’il faut s y trouver à l’instant où tous les convives sont réunis. Il y a <1®® maisons où la table est renouvelée plusieurs lois; mais toujours à des heures fixes.

Règle générale» — Fréquentez de préférence les restaurarans où se porte la foule.

Outre les restaurans, on trouve encore dans Paris des

marchands de comestibles de diverses sortes , tels que charcuitiers, pâtissiers, rôtisseurs, etc.

Les charcuitiers ne vendent que du porc modifié de toutes les manières; on a plusieurs choses à redouter chez eus, d’abcrd les saletés dans les viandes hachées; le boudin, etc., le manque de fraîcheur dans plusieurs nièces cuites , telles que jambons , jambonneaux , etc.

ne faut pas hésiter à sonder un jambonneau que l’on vient d’acheter, avant de l’emporter.

Les pâtissiers sont comme partout , il en est de passables, de détestables et d’excellens. Ces derniers sont rares, mais en revanche ils sont connus de fort loin; de sorte qu’il est toujours facile d’arriver jusqu’à eux.

Les plus renommés sont : Lesage, rue Montorgueil, surtout pour les pâtés au jambon; Félix, passage des Panoramas ; le Puits-Certain, rue Saint-Jean-de- Beauvais. H y a aussi beaucoup de pâtissiers chez lesquels on mange de toutes sortes de petits gâteaux friands et délicats , en buvant des vins fins , des liqueurs; tels sont ceux du Perron, au Palais-Royal; galerie Vivien ne ; rue du Coq, sur la place du Louvre, passage des Panoramas, chez Félix, et dans presque tous les passages qouveaux un peu fréquentés.

11 y a des pâtissiers qui sont en même temps traiteurs et rôtisseurs; les rôtisseurs vendent principalement des volailles, quelquefois du poisson frit, du veau rôti, etc. Si l’on est trompé chez eux, c’est pour le plus souvent dans les volailles rôties; pour toute sûreté , il faut mettre dans le prix la condition que l’on goûtera à la pièce avant de l’emporter. Ces précautions sont inutiles ehez Martenot, rue Richelieu, no 1.

Marchands de boissons.

Ce sont les marchands de vins , les cafetiers et les marchands de liqueurs.

Les marchands de vins sont prodigieusement multipli és ; le très-grand nombre d’entre eux ne vendent que du vin et du pain. Les mesures qu’ils emploient sur leur comptoir sont le litre , le demi-litre , le quart de litre et le huitième de litre : le prix du litre varie entre 60 et 80 cent. Tous les vins de comptoir sont composés d’autres vins d’espèces différentes; quoiqu’on en dise généralement partout, ils ne sont pas malfai-

sans quand on en boit peu, mais lorsqu’on en prend en -grande quantité ils échauffent et abrutissent bien plus rapidement que les vins simples ou naturels. L’autorité a fait de grands efforts pour obvier à eet inconvénient, jamais elle n’a pu obtenir un plein succès, et véritablement la chose est, sinon impossible, du moins très.-difficile. En effet, le marchand qui s’annoncerait comme débitant des vins sans mélanges, ne pourrait jamais contenter ses pratiques ; il faudrait pour cela qu’il eût sur son comptoir des vins de tous les crus de la France : cela est impraticable.

Hors du comptoir, les marchands livrent du vin en bouteilles , dont le prix le plus bas 'est d’environ 75 c. Le vin bouché de basse qualité est composé comme le vin au litre, et il est toujours proportionnellement plus cher, car la bouteille ne contient que les trois quarts du litre , ce qui porte le vin de 75 cent, à i fr. le litre, et certainement que l’augmentation de prix surpasse la différence de qualité.

Pour boire de bon vin naturel il faut le payer i fr. 25 ceut. ou ï fr. 50 cenu la bouteille, encore faut-il s’adresser dans line maison ancienne et un peu aisée. Les meilleurs vins que les marchands ordinaires tiennent valent 2 fr. tout au plus.

On annonce à tout moment des dépôts de vins à la bouteille , il faut s’en méfier; ces vins sont quelquefois de vrai poisons ; les donnant à bon marché et voulant néanmoins qu’ils imitent de bons vins naturels, les marchands sont obligés de les droguer extraordinairement.

Les cafetiers vendent toutes sortes de liqueurs, comme vins, bières, eaux-de-vie, etc. , mais ils débitent principalement du café; il en est aussi qui donnent à manger, surtout le matin. Tout est satisfaisant dans leurs maisons, il n’est pas à craindre que l’on soit trompé quand on veut se donner la peine de payer au comptoir. Dans les cafés qu’on trouve dans les lieux de di~ vertissemens publics, on est exposé, si l’on n’y prend garde, à être la dupe des garçons : ce qui arrive encore dans les grands cafés où se porte la foule; mais, dans tous les cas, on peut s’assurer au comptoir du prix des choses que l’on a consommées.

Les marchands de liqueurs , qu’on appelle aussi distillateurs , détaillent et vendent a la bouierlle toutes sortes de liqueurs ; il n’y a que les gens de la basse classe qui. entrent chez eux pour boire. On y paie bien meilleur marché les liqueurs que dans les cales. Les épiciers débitent aussi des liqueurs aux memes pux que les distillateurs.

Habillement.

Outre les tailleurs ordinaires, il y a à Paris un grand nombre de marchands qui vendent des habits tout faits. Aujourd’hui la concurrence est assez grande pour nue l’étranger se fournisse dans ces maisons sans cramdi e d’avoir à s’en repentir, surtout s’il se connaît un peu dans les draps, ou s’il est accompagne d un ami qui ait quelques connaissances dans ces matières, et qui puisse en même temps lui répondre queles effets qu il essaiera lui iront hien. On trouve beaucoup d économie dans cette manière de s’habiller. Dans tous les cas, si ion tient absolument à avoir un habit de main de manie , on peut toujours acheter des gilets et des pantalons tou faits. ,11 y a encore de l’avantage, lorsqu’on veut se laire habiller par un tailleur, d’acheter le drap, et meme ce qu’on appelle les fournitures, on n’a plus à payer au tailleur que la façon, dont le prix varie entre 18 et oO Ir. plus ou moins.

Quand même vos moyens ne vous permettraient pas de vous habiller à neuf, n’achetez jamais rien de hasard; dans ce cas, prenez du neuf de basse qualité.

En général, on s’habille aujourd’hui fort proprement, à bon marché et à la minute. On trouve des bottes et des chapeaux tout faits, des chemises en coton, en toile, à des prix très-modérés et à la portée de toutes les loitunes. Partout s’offrent des magasins où l’on peut acheter ces sortes de choses.

Dans tous les hôtels on procure des blanchisseuses pour le linge tant gros que an; on paie ordinairement pour une chemise commune, 25 cent. ; 10 cent, pour

une cravatte , etc. ,

Lorsqu’on a des gilets sales, qui sont d'ailleurs en bon état, on trouve des dégraisseurs qui les remettent à neuf pour 1 fr. plus ou moins 3 ils nettoient aussi

les habits , jamais avec le même succès, tant s’en faut : il arrive quelquefois qu’ils les gâtent.

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