‹ Conducteur général de l'étranger a ParisChapitre 14 sur 114 · DANGERS A CRAINDRE · texte numérisé non relu

DANGERS A CRAINDRE

Paris est sans contredit le plus agréable séjour de la terre; rien de plus poli, de plus honnête que ses habitais , meme ceux de la plus basse classe. On peut dire que, sous ce rapport, Paris n’a point de canaille : la grossie.! ete chez les gens de la basse classe ne se manifeste que dans l’ivresse ou la colère. Ainsi donc l’étranger n’aura qu’à se louer de ses rapports avec la masse des habitans.

Paris néanmoins passe pour un repaire de filous * il y en a beaucoup sans doute; toutefois il est probable que, toute proportion gardée, il y en a maintenant moins qu’en aucune ville du monde. Il est facile de se préserver de leur coupable adresse, pour peu que l’on veuille bien se tenir sur ses gardes.

Mais les gens dont il faut surtout se méfier, sont les faiseurs d’affaires et les joueurs. On rencontre à tout moment de ces gens-là qui s’entremettent dans toutes sortes de transactions; ils procurent des acheteurs, des vendeurs, des emprunteurs, promettant monts et merveilles à l’honnête homme inexpérimenté qui tombe dans leurs mains. Souvent croyant ne traiter qu’avec un individu, on a affaire à une bande entière. Ce sont quelquefois des sociétés complètes; l’un tient appartement; ses laquais, son cuisinier et son portier, ses amis, sont ses compères. Il n’est pas rare d’avoir affaire à un maître fripon décoré, ce sont eux qui jouant le rôle de gens comme il faut, répondent pour les coureurs qui vont à la découverte; mais toujours ils s’arrangent de façon que l’autorité ne puisse avoir prise sur eux. Il en est beaucoup que la police connaît et surveille; mais c’est en vain qu’elle attend une occasion favorable pour sévir contre eux légalement (l).

fl) Nous croyons devoir signaler ici un des pricipaux moyens que les agens d affaires mettent en pratique pour attrapper les provinciaux et les étrangers. Ces messieurs annoncent des places et des emplois qu iJs n’ont pas. Ils offrent presque toujours des places de caissiers à cautionnement pour des gens qui ont la conscience aussi large qu’eux. Au bout de quelques semaines d emploi , le malheureux caissier e*t obligé de s’en aller, en

ISésS

fl

Les billards publics abondent en chevaliers d’industrie • on y joue aussi aux cartes. La prudence veut que’ l’on se tienne sur ses gardes. H y a encoie 1 es maisons dont les émissaires les mstimsent de rivée dçs riches étrangers dans les hôtels gai • conséquence ils leur adressent sans façon des letacs d’invitation pour dîner, passer la sonee, etc. Le » bile de cette singulière politesse est d attirer les gen pour les faire jouer; de cette maniéré le dmei et b s autres agrémens qui peuvent 1 accompagnei se souvent largement payés. Ces maisons ne sont pas les seules qui s’étudient à faire des dupes; il est de foit honnêtes gens, en apparence, qui font ce metiei sans aucun scrupule. Les trois quarts des joueurs, quelle que soit la classe à laquelle ils appartiennent, sont des fripons : ceux de la haute classe sont d autant pla* dan gereux, qu’étant au-dessus du besoin on est moins

disposé à s’en méfier. 1

A propos de jeu, il ne faut pas oublier les infâmes repaires que la police tolère dans .celte capitale (1). Ces maisons tirent de la poche du public onze millions par an, et il y a tout à parier que les nouveaux débarqués fournissent lapins grande partie de cet impôt. Celui-là n’a nullement besoin de nos conseils qui a la sagesse de ne jamais mettre les pietls dans ces tripots ; mais si, par malheur, attire d’abord par curiosité, puis invité par l’avarice, le lecteur s embarque dans cette galère, qu’il s’attende a tout ce que le manque de foi , le vol, peuvent attirer de mépris et de honte. Le loueur, d'abord honnête, devient capable de tout, même de l’assassinat. Cependant il est toujours temps

laissant ses fonds qu’il ne revoit jamais 5 c’est ainsi qu'un M-

rue Saint-Honoré, a procuré 5 a 4 caissiers a un M. S. .... rue liai e

Saiut-Eustache , qui avait créé un journal pour obtenir plus facilement d

CeQu°'on ut croulas cependant que tous les a -eus d’affaires doivent etre placés dans celte catégorie ; il en est qui ont des cabinets eu renom, « » rendent de grands services, et qui ne s’interposeraient jamais entre un intrigant qui veut duper et un honnête homme qui cnerche a util ser tts moyens , soit industriels soit pécumers.

(D 11 serait aisé de démontrer qu’elle ne pourra jamais guère faire autrement pour éviter de plus grands maux. 11 est indispensable qu J ait une maison de jeu surveillée pui)Üq^S?ent par 1 autorité.

aa

de sortir d’un mauvais chemin : souvent l’on s’obstine* à jouer dans l’espérance de rattraper ce que l’on a perdu 3 et l’on s’enfonce de plus en plus dans l’abîme. Quelles que soient vos pertes , faites-en le sacrifice, et considérez un échec , quelque douloureux qu’il sou, comme un salutaire châtiment.

Le nouvel arrivé trouve aussi dans les maisons de jeu d’habiles actionnaires possesseurs d’admirables secrets pour dominer les caprices de la fortune ; ils sont tous prêts à les communiquer à quiconque aura des fonds pour les exploiter. Ces gensdà ne sont pas tous de mauvaise foi 3 néanmoins il faut les fuir comme s’ils étaient tels.

Page 1