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que la connaissance est faite entre les partners que le hasard a rassemblés , la conversation s’engage ordinairement sur quelque sujet joyeux. L’anecdote nouvelle, ou quelque vieille histoire contée avec esprit et gaîté, excite chez le voyageur un rire toujours franc comme son appétit. Il suffit, pour être aimable en diligence, de se mettre à la portée des gens avec lesquels on roule de compagnie, de ne pas se faire trop attendre aux relais , de dormir le moins possible sur l’épaule de ses voisins, de donner la main aux dames chaque fois qu’elles descendent de la voiture ou qu’elles y remontent , et de leur offrir le bras lorsqu’il s’agit de gravir une côte rapide.
L’écueil du genre est le repas à table d’hôte. D’alertes servantes, éveillées par les fanfares à coups de fouet du postillon, ont dressé le couvert à l’avance. On n’a pas abaissé le marche-pied, que déjà le premier service est sur la table. Il faut donc beaucoup de prestesse à celui qui ne veut pas faire un dîner par cœur. L’homme habile bâte les voyageurs, s’asseoit à la gauche de la personne qui sert, et, tout en s’empressant de faire circuler las pièces découpées , a grand soin de garnir avec discernement son assiette. A table d’hôte , comme au spectacle, le chacun pour soi souffre peu d’exceptions..
Le vif appétit qui assaisonne en général les repas de Voyage les rendrait assez agréables , si un fléau permanent ne rendait intenable toute table d’hôte, depuis Bayonne jusqu’à Calais. Les commis-voyageurs, monopoliseurs de la conversation comme des mets, ne laissent ouvrir la bouche au pauvre convive pour placer un mot ni une bouchée. Et il n’y a pas moyen de les éviter : car, si dans les villes où l’on séjourne il est facilede dîner à l’abri de leurs récits qui font le tour de la France , il est impossible de dîner hors de la salle commune dans une auberge de grande route.
Une grande circonspection est nécessaire en voyage. Il est également imprudent de répondre à des questions indiscrètes, et incivil d’en adresser.
La familiarité qui s’établit promptement entre commensaux d’une même diligence finit au terme du voyage. Quelques mots de complimens, un salut civil, voilà tout ce qu'on doit à ses compagnons de route. On a fait
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avec eux un piquenique d’esprit, de gaîté et d’obïigeance ; la partie finie, chacun retire son enjeu : partant qui te.
lies 3>îners en ville.
A Paris, une invitation à dîner se fait de vive voix ou par écrit : cette dernière manière, plus cérémonieuse, niais plus précise, est plus généralement usitée.
Les devoirs de civilité du convive sont nombreux ; et, pour en tracer le tableau, force nous est de le suivre depuis le moment où il reçoit la lettre d’invitation jusqu’à celui où il prend officiellement congé, ou s’esquive incognito.
L’usage exige que l’on réponde d’une manière catégorique à une invitation à dîner; du moment qu’on a accepté, la ligne des devoirs commence. Le premier de tous est d’arriver à l’heure juste indiquée sur le billet : e’est un écueil également dangereux qu’arriver trop tôt ou trop tard. Dans le premier cas , on jette dans l’embarras toute une maison. Monsieur n’est pas rentré ; Madame est occupée des indispensables apprêts du repas, ou des exigeances de sa toilette; les valets sont tout entiers aux soins du service ; le feu n’èst pas encore allumé au salon ; la salle à manger est en désordre ; on ne sait où faire attendre le convive trop pressé\et, si quelque membre de la famille se détache pour lui tenir compagnie, la conversation languit bientôt, et vingt fois on vient l’interrompre pour prendre des ordres. Les convives retardataires sont encore peut-être plus insupportables, en ce qu’ils font pâtir le dîner. Si , après les avoir attendus, l’amphytrion prend le parti de faire servir, s’étayant du dicton, la soupe hâte les traîneurs , quel effet va produire leur entrée? Au moment où toutes les facultés sont concentrées sur le premier service, il faudra se déranger, échanger de froides politesses contre de bannales excuses. Pour remédier à ces inconvéniens également graves, il n’y a qu’une conduite à tenir. Aussitôt qu’on s’aperçoit que l’on est arrivé trop tôt, il faut, prétextant une visite dans le voisinage, aller passer une heure à se promener dans le plus prochain lieu public, ou à lire les journaux, en prenant un verre d’absinthe. Quant aux retardataires, ils n’ont pas à hésiter. Qu’ils battent prestement en re»
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traite, heureux de se consoler chez un bon restaurateur de ne pas prendre part à un repas où ils ne pourraient se présenter qu’en qualité de trouble-fête.
Lorsque tous les convives, réunis dans le salon, ont été présentés les uns aux autres par le maître de la maison, et qu’on lui annonce qu’il est servi, il se lève, invite tout le monde à le suivre dans la salle à manger, et donne lui-même l’exemple, en passant le premier, pour introduire toute sa société.
A ce moment , chaque cavalier offre la main à une dame pour la conduire jusqu’au couvert où son nom est inscrit. Aussitôt que tous ont pris place, le maître de la maison sert le potage, qu’il fait circuler.
Nous pourrions ici détailler une foule de petits usages que l’on est tenu d’observer; mais pour les connaître;, il suffit d’avoir dîné deux fois en bonne compagnie , et nos leçons ici seraient par trop futiles-
La bienséance veut qu’un cavalier placé près d’une dame lui épargne toute espèce de peine, en surveillant avec soin son verre et son assiette.
Au centre de la table , l’amphytrion ne doit perdre de vue aucun de ses. convives : c’est lui qui découpe, ou fait découper par quelque ami expert, les pièces notables dans leur ordre, pour après en faire les honneurs j de. sa main, on ne peut refuser aucun envoi j et toutes cérémonies seraient une lourde maladresse.
Pendant le premier service, chacun se sert à boire à sa guise. Lorsqu’au second l’amphitryon, faisant circuler les vins fins., en adresse directement un verre , il serait incivil de le refuser : on n’est pas tenu toutefois d’en accepter un second. ^
Aussitôt que le dessert a fait son apparition çur la table, les devoirs et les droits du maître de maison perdent de leur importance : il ne lui reste plus qu’à donner à la conversation le ton convenable pour que chacun y puisse prendre part.
C’est encore lui qui donne le signal pour quitter la table. Tous les convives se lèvent alors, et sortent de la salle à manger pour se rendre au salon où le café les attend.
Bientôt le cercle se forme ; la conversation générale l’engage , les tables de jeu sont dressées : la politesse
exige une heure de présence au moins après un dîner confortable. Lorsque l’on peut disposer de sa soirée entière , il est convenable de la consacrer à son amphytrion.
Les dîneurs en ville se divisent en plusieurs classes ; la plus nombreuse est celle des célibataires. On pourrait s’étonner de l’empressement que mettent les amphytrions à réunir de préférence à leur table somptueuse ces convives sans conséquence , car le titre de garçon exclut toute réciprocité gastronomique, la reconnaissance exceptée. Mais si l’on considère que le corps respectable des célibataires est en grande partie composé d’artistes, de gens de lettres, de médecins, en général gastronomes spirituels et de bon ton, on conviendra qu’il y a compensation entre la politesse qui invite et le bon appétit; car d’aimables convives ajoutent à un repas ce degré de mérite que ne peut lui donner toute la science du cuisinier.
Avec le repas ne finissent pas les obligations du convive. Il doit à son amphitryon une visite à laquelle on a donné le nom, tant soit peu trivial , de visite de digestion. L’usage exige que cette visite soit rendue dans la huitaine.
Sues M irchands de Paris.
La politesse, pour l’homme du monde, est la Voie du cœur ; pour le marchand, elle est le chemin de la bourse. Sterne a vanté, dans le siècle dernier, les prévenances délicates, la complaisance bien entendue des marchands parisiens. Grâce au ciel , depuis le Voyage du bon Yorick , leur réputation méritée n’a pu déchoir : et, tandis que tout a changé autour d’eux , qu'eux-mêmes participant aux bienfaits de notre grande régénération, ont pris des habitudes nouvelles, ils sont restés fidèles aux principes d’une civilité sur laquelle repose leur fortune, et partant leur bonheur.
Aussi, dans le marchand, faut-il distinguer deux personnages diiïerens : affable , attentif, respectueux le matin dans sa boutique, il vous accable de prévenances; son magasin entier est à votre service ; il ne se lasse pas de vous mettre l une après l’autre toutes ses marchandises sous les yeux; si vous ne saviez que c’est à votre bourse , plus encore qu’à vou9 , que s’adressent toutes
ces aimables attentions, vous seriez émerveillé de tant de courtoisie; vous pourriez croire qu’entre vous et le maichand la distance est enorme. Mais le soir il rentre dans la règle commune : vous retrouvez dans un cercle brillant, dans une loge d’avant-scène, un homme élégant, aisé, une femme charmante; vous causez avec eux, vous leur trouvez de l'esprit; ils jugent le débutant ou la piece nouvelle; vous vous mettez à la torture pour trouver à qui ils ressemblent ; leur son de voix vous a frappé , et ce n’est qu’en rentrant à l’hôtel que vous vous rappelez le prévenant marchand du matin, et la gracieuse dame de comptoir.
i Angleterre, ce sont des hommes qui vendent tous les charmans colifichets dont se compose la toilette féminine. Cet usage ne prendra jamais faveur chez nous : c estalui, sans nul doute, qu’il faut attribuer le manque de grâces et de goût des parures anglaises. Les femmes seules possèdent ce tact délicat qui fait deviner ce qui doit embellir; les hommes n’auront jamais leur sentiment exquis des convenances de la mode.
MARCHANDS EN VOGTTE.
A Pans la mode décide de tout, mais elle ne prend guere sous sa protection puissante que ceux qui se montrent dignes d’en justifier les bienfaits. Les marc îan s qui obtiennent la vogue à Paris la conservent long-temps d ordinaire, parce qu’ils la méritent. Nous nous abstiendrons donc de vanter le talent, la probité, et 1 exactitude des maisons dont nous donnons ici l’aüresse. C est sur une longue expérience que leur répua ion est assise, et c est là presque exclusivement que
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Tailleurs.
Staub, rue Saint-Marc-Faydeau, 14.
Languillet, rue Neuve-Saint-Augustin, 6.
Moreau, rue Neuve-de-Petits-Champs, il.
Mouget, rue Richelieu, 26.
Barde, rue Vi vienne^ 8.
»erthelon, me Neuve-des-Petits-Champs, 15.
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Chapeliers.
Bandoni, rue Neuve-Montmorency, 4.
Dufour-Bodson, rue Saint-Honoré, 385.
Bottiers.
Ashley, rue de la Paix, 24.
Kiggen-Montigaud, Palais-Royal, gai. deYalois,120. Colman, rue Saint-Honoré, 278.
Berger, rue Dauphine, 49.
HanfiPrc.
Bodier, rue Richelieu, 97.
Bauer, rue Vivienne.
Boivin, rue de la Paix. .
Xtinger.
Oudot, rue Saint-Jacques, 184.
Marchand de cannes et parapluies.
Verdier, rue Richelieu, 95.
Bijoutiers.
Dubuf, rue Richelieu.
Olivier, Palais-Rovai.
Nogèle, Palais-Royal, galerie Valois, 154.
Horlogers.
Leroy, Palais-Royal, galerie Montpensier, 13 et 15. Lepine, place des Victoires , 2.
Lepaute, rue Beaujolais-Palais-Royal , 1.
Restaurateurs .
Rocher de Cancale, rue Montorgueil, 61.
Véry, Palais-Royal. .
Les Trois-Frères provençaux, Palais-Royal, galerie de la Rotonde, 98.
Café de Paris, boulevart des Italiens, 16.
Gobillard, place de la Bourse.
Cafés.
Tortoni , boulevart des Italiens.
Café turc, boulevart du Temple, 29.^
— anglais, boulevart des Italiens, 15.
— Lemblin, Palais-Royal.
— De la Régence, place du Palais-Royal.
— de Foi , Palais-Royal.
Comestibles.
Chevet, Palais-Royal, galerie de Chartre.
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N. passage Véro-Dodat.
Hôtel des Américains, rue Saint-Honoré, 147,
F réceptes.
11 faut toujours avoir présent à -la mémoire ce proverbe usité chez tous les peuples : A beau mentir qui vient de loin. C’est un excellent correctif de toutes les exagérations du mensonge et des commentaires de la crédulité.
t Prendre a la lettre les récits de chaque voyageur, écouter ses histoires, c’est s’exposera plus d’un inconvénient; il ne faut s’en rapporter qu’à soi-même pour bien juger. r
Les livres qu’on peut avoir consultés contiennent presque tous des erreurs, soit qu’ils aient- vieilli, soit (ju ils aient ete composes sous l’influence de la rivalité nationale ou des préventions indigènes, il faut se garder d’adopter aucune de leurs opinions ; mais on peut admettre sans reserve les détails qui tiennent à la géographie et a la topographie , cela ne tire pas à conséquence pour la partie morale du voyage.
Les illusions sont toujours funestes, et quoique Paris soit le flambeau de la civilisation européenne , il serait dangereux de s’attendre à y trouver les merveilles des Mille et une Nuits, et de croire que toutes les maisons y ressemblent au Louvre.
Il y a un juste milieu à garder entre l’excès de la louange et l’exces de la critique. Le voyageur le plus habile et le plus sage est celui qui reste neutre; il entend le mieux aussi ses intérêts.
ïses Compensations.
On a beau crier aux hommes qu’il faut être philosophe, qu’on, ne peut vivre ici-bas sans philosophie ; les moralistes s evertuent a prêcher la résignation , à conseiller au prochain de conserver cette égalité d’âme si necessaire pour arriver au bouheur; on n’en est pas plus philosophe pour cela, et chaque individu ne manque pas de se plaindre tous les jours des rigueurs injustes du sort, comme s’il était le privilégié de l’adversité et 6 ^excess^e infortune. Malheur! trois fois
malheur au provincial qui5 avant de faire ses disposi-
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tions pour un voyage à Paris, ne s’est pas pénétré des principes d’Epxtète, et n’a pas puisé , dans la lecture îles écrits de l’école stoïcienne, cette énergie, ce sangfroid, cette impassibilité, qui la caractérisent. C’est une révolution complété dans la destinee , qu un voyage d’une centaine de lieues, pour un brave homme qui n’a iamais perdii de vue le clocher de sa ville, ouïes arbies de son parc patrimonial; et combien de voyageurs accourent dans la capitale de la France ^sans. avon pieparé leur âme aux secousses et aux émotions qui les attendent pendant la route 1 ils n’ont songe qu’au cahot de la voiture, aux causeries des voisins, à la galerie mobile de tableaux qu’ils peuvent contempler à travers les vitres de la diligence, à l’instruction géographique qu’ils peuvent acquérir par-dessus le marché. Mais si un accident vient tout-à-coup les arracher à leur quiétude insouciante, à leurs illusions, si une roue se brise, si le postillon prend un fossé pour la grande route et y précipite tout droit la voiture avec tout ce qu’elle contient, que doit faire le voyageur qui a eu le bonheur de n’avoir aucun membre cassé , d’en être quitte pour une ou deux contusions? Faut-il qu'il reprenne, effrayé, désespéré, le chemin de la terre natale, qu’il renonce à l’espérance de voir Paris? Won, sans doute; loin de maudire postillon, diligence et Paris, il trouvera, au contraire, l’espoir d’une charmante compensation dans le spectacle qui l’attend aux barrières de la capitale; il sait qu’il faut acheter le plaisir et le bonheur, et il éprouvera la satisfaction du nautonnier qui entre au port, après avoir essuyé un violent orage. Mais, dira-t-on, si ce voyageur s’était cassé la cuisse, la philosophie réparerait-elle le dommage sans l’intervention du chirurgien; paierait-elle du moins les honoraires du docteur? La philosophie sera encore en aide au voyageur écloppé, le consolera par la perspective d’une prompte guérison, et combien le terme du voyage, combien Paris s’embellira encore de loin aux yeux du malade! L’obstacle irrite les désirs, double l’ardeur des vœux, et il se mêle encore à tout cela une petite dose d’amour-propre , car
A vaincre sans péril on triomphe sans gloire.