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cher d'accepter les offres hardies de la France 2t de risquer ia fortune de son drapeau avec ses alliés neturels. S'il entrait dans les desseins de sa politique de garder sa place dans le Nouveau- Monde, de disputer l'Amérique aux Américains, elle a manqué de prévoyance ; et lorsque tout à coup, éclairée par les événements, elle a voulu improviser ce qu’elle aurait dû préparer de longue main, il était probablement trop tard. La diplomatie anglaise n’a pas justifié sur ce continent le renom d'adresse et d’habileté qu'elle avait conquis en Europe.
Le vœu :+ le but du parti national avant 1837, étaient certainement l'annexion aux Etats-Unis. Des dissentiments cependant s'étaient produits; et, à côté des chefs de la majorité, il s'était formé un groupe d’esprits modérés, constitutionnels, qui souhes'taient s'arrêter à mi-chemin et ne pas effacer la frontière qui nous sépare de la République voisine. La cause populaire vaincue et M. Papineau en exil, leur influence prévalut. dans nos conseils. Il faut les louer d’avoir conseillé à nos compatriotes d'accepter l'Union et de chercher bravement dens l'exercice sincère du régime nouveau, la réparation des injustices passées et la sécurité pour nos droits Le plus complet succès couronna leur entreprise ; et l’histoire dira que l'influence dominante pendant presque toute la durée de l’Union, a été l'influence canadiennefrançaise ; et que cette influence a mème été assez forte pour disputer au Haut-Canada jusqu'au deïnier moment, une chose, à coup sûr, juste en ellemême: la représentation d’après la population. M. LaFontaine est resté le type €: ces hommes
d'Etat à vues sages, modérées, à la fois fermes et
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conciliantes. Ils unissaient le respect de nos droits au souci des intérêts généraux ; ils étaient convaincus que la population française ne doit rien céder de ce qui lui est cher. mais qu'elle ne doit pas, nox plus, rompre en visière aux autres populations, ni mettre obstacle à la marche générale des choses, sous prétexte que cela lui fait courir quelque péril particulier ; ils croyaient, en un mot, qu'elle ne doit pas, causer embarras et gêne aux autres par l’excès de sa prudence ou les ombrages de son patriotisme.
Si les hommes d'Etat qui acceptèrent l’Union, au milieu des circonstances les plus propres à les détourner d’un aussi sage parti, firent preuve d’un rare esprit politique, ceux qui cherchèrent à tirer l'Angleterre de sa fausse sécurité ou de son indifférence, même avant que la guerre américaine eût fait sentir toute l’imminence du péril que nous courrionsz, et combien notre situation était exposée et précaire, montrèrent une perspicacité et une fermeté de conduite supérieures encore. En 1858, l'Angleterre pouvait à la rigueur réparer sa faute de 1840, mais cette fois au prix d’une guerre prochaine avec les Etats-Unis. Elle devait mettre toutes ies ressources de l’Empire à la disposition de la Confédération pour lui permettre de se constituer promptement, et réparer par lÀ, autant que possible, le temps perdu. Un peu plus tard, elle aurait dû seconder les Français au Mexique, secourir le Sud; et ainsi diviser à jamais les Etats- Unis, et assurer à la Confédéiation Canadienne des alliés fidèles.
Au lieu de tenir une pareille conduite, qu'a fait l'Angleterre ? Elle a laissé tomber] :Sud,s’évanouir la Monarchie Mexicaine, sans, pour cela, se con-
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ellier les Etats-Unis ; et elle a rejeté presque tout entière sur nos épaules la tâche herculéenne d'établir sur ses bases la Confédération.
Le secours qu’elle nous a donné est bien loin L d’être celui auquel nous devions nous attendre. Sauf de nous prêter sa garantie pour un emprunt ou deux, elle n’a fait pour nous aucun sacrifice et n’a songé qu'à diminuer l’étendue de sa respon- .Sabilité à notre égard. Nous n'avons obtenu librement l'adhésion que d’une seule province. I] nous a fallu doter la Nouvelle-Ecosse, acheter le Nord-Ouest: les offres que nous avons faites à Terreneuve sont magnifiques. et l’île du Prince- Edouard se dit sans prix. La Colombie nous coûtera cependant plus cher que toutes nos autres conquêtes ; et avant même d’avoir terminé le chemin de fer Intercolonial, il nous faudra commencer le chemin de fer du Pacifique. Or, l’Irtercoloral et le Pacifique sont, avant tout, des chemins de fer politiques. C’est la Confédération qui en fait une nécessité. Sans la Confédération, on n'aurait pas songé à les construire, et l’annexion les rendrait à peu près inutiles. C’est de l’argent placé à Le fonds perdus, comme l'argent consâcré à l'achat | du Nord-Ouest et des autres provinces. Il reste, pour achever de nous accabler, des fortifications à coustruire et une milice à organiser. Ainsi, la nouvelle Confédération, aussitôt terminée, aura à porter une dette énorme, contractée uniquemeni pour faire face aux frais d'installation, dont pas un denier n'aura été dépensé utilement, dont pas un denier ne rapportera bénéfice.
Non contente de nous laisser accomplir seuls une œuvre qui devrait être la sienne autant que la nôtre, l'Angleterre n’a pas même }* patience d'attendre
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que cette œuvre soit terminée pour commencer son mouvement de retraite, et pour nous signifier, par ses actes, qu’elle n’entend pas nous protéger une heure de plus qu’il ne faudra, et qu'aussite. que le drapeau fédéral flottera &e l'Atlantique au Pacifique, le drapeau anglais repassera les mers. Pour accuser encore davantage sa résolution bien arrêétée de nous absndonner à nos propres forces, elle a ordonné le retrait des troupes et du matériel de guerre. Eile fait ainsi au grand jour, sous les yeux de tous, ses préparatifs de départ, elle veut que personne n’ignore que bientôt elle quittera pour toujours l'Amérique.
ar une déplorable fatalité, ou plutôt par suite d'une intention bien arrêtée chez nos voisins et d’un dessein dont le but apparaît clairement, la rupture du traité de réciprocité a coïncidé avec l’établissement de la Confédération. Nous nous sommes vus privés tout à coup de notre principal marché, et réduits à nos seules ressources. Les Etats-Unis nous ont retiré tous les avantages qu'ils nous offraient, et l'Angleterre ne nous en a pas accordé un seu! de plus qu'auparavant. Sans issue du côté de l’Europe, nous sommes pris, resserrés entre les frontières américaines qui s'élèvent à côté de nous comme des barrières infranchissables, et les glaces du Nord. Les Etats-Unis nous étouffent lentement. Nous ne pouvons pas échapper à la famine ; et notre capitulation, comme celle de Metz et de Paris, n’est qu'une question de temps. Tôt ou tard, il faudra nous livrer aux Américains, et aller sur la ligne 45 leur demander de rendre la vie à notre industrie, l’activité à notre commerce, le pain à notre population.
Notre situation est de celles qu'on n'ose à peine
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analyser, tant elle ne présente de tous côtés qu’aspect désolé, que surface stérile. Il faut pourtant dire enfin tout haut ce que tous disent tout bas; écarter le voile qui couvre des maux qui vont toujours grandissant, et auxquels il n’y a qu’un seul remède, que personne n’a le courage d'indiquer, quoique chacun soupire après le moment où il sera hardiment appliqué et où il produira guérison complète. Politiquement, le pays se débat sous le fardeau que l'Angleterre lui a mis sur les épaules et qui est mille fois trop lourd pour ses forces. La Confédération ne lui a rien apporté qu'il n’eût déjà, et lui fait payer des semblants d'avantages et des simulacres de force aussi cher que £’ils étaient des biens réels, des gages assurés de grandeur. Les Provinces ont uni ensemble leurs faiblesses, mis en commun leurs misères"
Pas une n’a gagné à se rapprocher des autres ; pas
une n’a trouvé dans cette union nouvelle Les capitaux ou l'esprit d'entreprise qui manquaient à
son industrie, le marché qui lui faisait défaut pour
ses produits. Sauf Ontario qui poursuit sa marche, il semble que ncus nous sommes tous entendus pour rester stationnaires. Ce grand changement politique n’a pas produit le plus léger remous. Faut-il s’en étonner ? faut-il s'étonner de ce que l'union contractée avec de petits peuples aussi
nécessiteux que nous, soit restée sans fruit, tandis:
que le contact de quarante millions d'habitants en pleine activité nous eût transformés ?
Réduite à notre seul marché, notre industrie ne peut faire que des progrès fort limités ; et les demandes ne sauraient augmenter qu’en proportion de l'accroissement de la population. On connaît d'avance le chiffre approximatif que peuvent at-
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teindre les affaires dans chaque branche ; et on remuerait le pays de fond en comble, qu’on ne saurait faire qu'il y ait cette année-ci beaucoup plus de gens à pourvoir que l’année précédente. Les concurrences se disputent un nombre presque invariable de clients ; et tout ce que l’on peut faire c’est de déplacer le gain ; c'est que Québec enlève cette année à Montréal cent mille piastres d’affaires que la ville rivale s’efforcera de reprendre l’année prochaine. La masse générale des richesses n’augmente pas, ou à peine. Il y a plus encore: le nombre de ceux qui s'enrichissent devient de plus en plus restreint. Nommez-moi ceux qui, au sein de la population française, ont fait fortune depuis äix ans ; ceux qui la doivent, cette fortune, à une entreprise hardie et féconde, à des affaires véritables ? Il n’y en a guère, et la liste en serait fort courte. l’économie est devenue notre seule ressource. C’est en épargnan:, et non en créant des affaires, non en montant des entreprises, qu'on s’enrichis.
Notre commerce est stationnaire. C’est en vain que nous multiplierions les voies de communication : il n’y a pas assez d'échanges ; c'est en vain
“que nous couvririons de chemins de fer un pays qui n’a guère de besoins auxquels la diligence ne suffise. Ces chemins de fer, s'ils devaient exister jamais autrement que sur le papier, ne serviraient qu’à transporter des émigrants aux Etais-Unis. Il faût que l’homme pauvre, qu'une population en quête d'emploi, ne désespèrent jamais ; il faut qu'ils ne disputent pas sur la plausibilité des espérances qu’on leur offre, pour que nous ayons pu accepter comme sérieuse, dans leë conditions actuelles du pays. une série de projets qu'un grand changement
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