LE NL RENE VE
Lès résultats politiques d’un pareil état de choses sont naturellement désastreux. Dans un milieu où chacun dépend de son voisin et ne peut sesséparer un instant de son intérêt sans périr de faim, il ne peut guère y avoir d'indépendance de caractère. Tout se réduit à des questions personnelles, à des affaires de camaraderie ou de parenté. On place ses amis, on encourage ses gens; c'est le grand souci de tous.
Dans ces conditions, comment pourrait-il y avoir une opinion publique ? Sur quelle base se formerait-elle ? Par quel miracle subsisterait-elle, si, par impossible, elle naïssait sans cause ? Il n’y a pas même de discussions politiques. C’est en vain que nous cherchons encore à nous diviser en libéraux et en conservateurs. Il est aussi impossible de définir ce que c’est qu'un conservateur canadien que de dire en quoi un libéral ne l’est pas. Nous en sommes réduits à nous quereller à propos de gallicanisme et à disputer sur Veuillot.
Nous n'étions divisés qu'en partis politiques ; voici que nous nous divisons en sectes religieuses, Le clergé, resté jusqu'ici si uni, se scinde. Il y a deux camps : le camp des Ultramontains et Le camp des Gallicans. Des écrivains très-catholiques, dont la pieuse ambition est même d’être plus catholiques que les autres, attaquent avec violence les institutions fondées par le clergé lui-même et frondent les évêques. Ces luttes ne sauraient se prolonger, sans que le clergé y perde une partie de cette influence et de ce prestige qui pourraient nous être si utiles dans la transition d’un état politique à un autre. Nos forces s’affaiblissent, au lieu de s’accroître ; et plus nous retarderons le moment où nous entrerons dans une nouvelle phase de