INVASION DE LA BOHÊME
La Prusse, après ces premiers succès contre les trois Etats secondaires, n’avait plus devant elle que deux champs de bataille : l’un à l’ouest, entre le Rhin et le Weser, sur le Mein, où restaient inactifs les 7e et 8e corps fédéraux (1), et l’autre à l’est, en Bohême : c’est de ce côté qu’elle allait porter tous ses elïoris.
La principale armée prussienne, chargée d’opérer vers ce point, sous le commandement du Roi, comprenait huit corps et demi (*2), partagés euxniênirs en trois groupes, à Torgau, Gœrlitz, Neisse, et séparés par des distances de 20 à 25 milles (3). C’étaient L’armée de L’Elbe, déjà maîtresse de la Saxe, où elle devait être remplacée par le corps de réserve du général de Mülbe, formé à Berlin; la 1re armce, commandée par le prince Frédéric- Charles (2e, 3e, 4e corps d'infanterie et un corps de cavalerie) dans la Lusace ; et la 2e armée, sous les ordres du prince Royal (1er, 5e, 6e corps, et la Garde), dans le comté de Glalz, en Silésie.
Ces trois armées, fortes de 278,000 hommes avec 840 canons, étaient séparées de la Bohême par les hautes montagnes qui forment la ceinture de cette contrée; les deux dernières étaient, en outre, très-éloignées l’une de l’autre. Elles n’a-
(4) Le 7e corps fédéral, formé par les Bavarois, était commandé par le prince Charles de Bavière; le 8e corps, sous les ordres du prince Alexandre de Hesse, était composé des Badois. des Wuriombergeois , des Ilessois et des garnisons fédérales autrichiennes.
(2) Les forces prussiennes étaient divisées, avant 1866, en huit corps d'armée permanents, sans compter la Garde.
3) Le mille allemand est de 7,408“ (45 au degré).
vaient devant elles, sur les bords de User, que le Ier corps autrichien (Clam-Gallas), une division de cavalerie et les Saxons. Le reste des forces impériales (1), sous les ordres du feldzeugmeister Benedek (IIe, IIIe, IVe, VIe, VIIIe, Xe corps, 4 divisions de cavalerie et une réserve d’artillerie de 16 batteries), étaient encore en Moravie où elles achevaient de se former. Cette armée, dite du Nord, était donc composée de sept corps, et présentait un effectif de 271,000 hommes (2) y compris les Saxons ; elle avait 794 canons, ainsi que le constate l’ouvrage autrichien.
Les Prussiens avaient tout d’abord pensé que leurs adversaires se masseraient en Bohême, et que de là ils se jetteraient sur Berlin ou sur Breslau ; aussi avaient-ils concentré des forces sur les routes qui conduisent à ces deux villes : mais le 11, ils avaient appris que six corps de l’armée autrichienne étaient encore en Moravie; « Aussitôt, toute indécision cessa; le territoire
(4) En Autriche, les régiments étaient groupés en brigades pendant la paix, depuis la guerre d'Italie. — Au moment de la guerre avec la Prusse, on avait réuni ces brigades, non pas en divisions, mais en corps d'armée, au nombre de 40; les Ve, VIIe et IXe étaient en Italie, les sept autres corps en Bohême avec les Saxons. Il n'y a pas de corps de la Garde en Autriche.
(2) Les effectifs des deux armées sont pris dans l'ouvrage du général de Moltke, qui défalque encore des armées prussiennes les 24,000 du corps de réserve du général de Mülhe, et réduit ainsi à 255,000 hommes le nombre des combattants en Bohême. D'autre part, l’ouvrage autrichien prétend que l'armée du Nord ne comprenait, avec les Saxons, que 262,000 combattants et que l’ennemi en comptait 292,000.
« prussien ne pouvait plus être envahi que par « la Silésie; on prit des mesures en conséquence « et l’on cessa de craindre pour Berlin (1). » On supposa dès lors dans le camp prussien que le projet de Benedek, se tenant près d'Olmütz, était d’envahir la Silésie, cette conquête du grand Frédéric. Pour s’y opposer, on s’empressa de joindre le 1er corps et la Garde aux 5e et 6e corps, qui tiennent habituellement garnison dans cette province, et l’on forma ainsi la 2e armée, dite de Silésie. Les 5e et 6e corps appuyèrent à gauche sur la Neisse, et la lre armée se rapprocha en même temps de Gœrlitz ,afin d’être prête, soit â opérer en Silésie, soit à entrer dans la Lusace saxonne. •
Mais il fallait se hâter d’agir, car diverses considérations financières et politiques commandaient impérieusement aux Prussiens de prendre l’otfensive. Aussi, comme aucun signe n’était venu déceler une concentration des forces autrichiennes du côté de la haute Silésie, on expédia, le 22 juin, aux quartiers généraux de la !re et de la 2e armée, à Gœrlitz et à Neisse, cette dépêche télégraphique qui ordonnait la réunion de toutes les forces prussiennes : « Par ordre de Sa Majesté le « Roi, les deux armées entreront en Bohême et « prendront leurs mesures pour se concentrer « dans la direction de Gitschin. »
Cette combinaison stratégique des Prussiens a été très-vivement discutée par les divers écrivains qui ont traité de celte campagne, et il est
(4) Étal-maior prussien.
certain qu’au point de vue des principes de l’art militaire elle est très-discutable; on doit convenir cependant que, grâce aux fautes des Autrichiens, aussi bien qu’à l’énergie des troupes prussiennes, elle a produit de grands résultats.
Au nord, l’armée de l’Elbe devait pénétrer en Bohême par Rumbourg, Gabel, Hühnerwasser et aboutir à Münchengrâtz sur User, pour servir d’aile droite aux armées d’invasion. Le centre était formé par la trc armée qui, partant de Zittau,Gœrlitz et Lobau, devait gagner Reichenberg et de là Turnau, sur l’Iser. Enfin à une grande distance du prince Frédéric-Charles, l’armée du prince Royal, formant l’aile gauche, était destinée à s’avancer en trois colonnes : l’une allant de Landshut àTrautenau, l’autre de Glatz à Skalitz, par le défilé de Nachod, et la troisième pénétrant entre les deux par le chemin de Braunau àEipel, avec mission de servir au besoin de réserve à chacune des colonnes extrêmes. Toutes trois devaient aboutir ensuite sur l’Elbe supérieur, à Kœniginhof, et donner la main au reste des forces prussiennes vers Gitschin.
MARCHE DE L’ARMÉE DE L’ELBE ET DE LA 1re ARMÉE.
Combats de Hühnerwasser et de Liebenau (1) (26 juin). — Le 23 juin, jour où les Italiens franchissaient le Mincio pour livrer le lendemain la bataille de Custozza, les corps prussiens, cantonnés au nord, passèrent la frontière ennemie sans
( t) Combat de Sichrow, dans la relation autrichienne.
rencontrer la moindre résistance. Le Ier corps autrichien n’avait pas reçu d’autre mission, en effet, que celle de recueillir les Saxons et de se rabattre ensuite vers le gros de l’armée. Aussi, le 16 juin, le général Clam-Gallas avait-il donné pour instruction à la lra division de cavalerie légère de ne se laisser attirer à aucun engagement sérieux et de se borner à rester en contact avec l’ennemi. La lre armée arriva donc sans difficulté à Reichenberg, et elle resta étroitement concentrée le 25 autour de ce point pour donner à l’armée de l’Elbe le temps d’atteindre les environs de Gabel. — Le 26, cette dernière livrait un combat d’avant-garde à Hübnerwasser, et de son côté, après un engagement à Liebenau , le prince Frédéric-Charles était assez heureux pour surprendre le passage de l’Iser à Turnau.
Sur ces entrefaites, Benedek s’était décidé, le 17, à pénétrer en Bohême et A porter toutes ses forces sur la rive droite de l’Elbe entre Josephstadt, Horitz et Miletin, pour se diriger de là sur l’Iser au-devant du prince Frédéric-Charles; il avait, en conséquence, le 21, expédié au corps austro-saxon l’ordre de se maintenir dans la position de Jnng-Bunzlau et de Miinchengralz, Les Saxons s’étaient mis immédiatement en route, et le 25, ils avaient atteint Jung-Bunzlau; mais comme ils étaient très-fatigués par les marches rapides qu’ils avaient exécutées depuis leur départ de la Saxe, et comme ils supposaient l’ennemi hors d’état d’aborder la ligne de User le 26, il avait été résolu, du côté des Austro-Saxons, que i’on resterait en position dans cette journée et qu’on ajournerait au 27 le mouvement en avant. — Nous venons de voir comment la lre armée,
pendant cette inaction de l'ennemi, s’était emparée de Turnau, qui n’était pas défendu; c’était ati moment même où une dépêche du général Benedek prescrivait de la manière la plus formelle aux troupes postées sur l’Iser « de conserver à tout prix Turnau et Münchengrâtz. »
Le prince Royal de Saxe, qui les commandait, résolut d’exécuter ces ordres dès le soir même, de surprendre Turnau , que l’on disait faiblement occupé, et de s’emparer d’une hauteur au delà de Podol, afin de pouvoir déboucher en sûreté le lendemain. Son enireprise était assurément inutile, car eût-il réussi à se rendre maître des défilés, le prince n’aurait pu se maintenir dans la position conquise, avec la lre armée sur son front, l’armée de l’Elbe sur son flanc et User à dos. Cependant, comme il croyait n’avoir devant lui que le 4e corps prussien, il espérait pouvoir le battre avec des forces supérieures avant que le 8° corps eût atteint l’Iser.
Combat de Podol (nuit du 26 au 27). — Mais, de leur côté, les troupes du prince Frédéric- Charles, afin de s’assurer des ponts de Podol, se jetaient, à l’entrée de la nuit du 26 au 27, sur ce village, et l’enlevaient après une lutte opiniâtre. A la fin de ce combat, dit l’ouvrage du général de Moltke, un bataillon du 8fe prussien, dirigé sur Podol, vit s’avancerau-devant de lui un bataillon ennemi; il s’arrêta aussitôt, mit genou à terre, le reçut par un feu de quatre rangs, et s’élançant ensuite en avant à la baïonnette, le rejeta sur le village et y pénétra à sa suite.
Combat de Münchengrâtz (28 juin). — Les Au< trichiens, rejetés en arrière, s’étaient établis dans
la position de Münchengratz et ils se disposaient, le 28, à rejoindre en arrière l’armée principale qui , d’après les d> pêches de Benedek , devait arriver le 30 à Gitschin, lorsqu’ils furent attaqués de front par les 7e et 8e divisions de la lre armée, et sur la gauche par l’armée de l’Elbe, qui avait franchi riser en présence des Saxons. Rejetés de jVIünchengr âtz. les alliés durent se replier en toute hâte sur Gitschin.
Combat de Podkost (nuit du 28 au 29). — Dans leur retraite, ils avaient occupé, par une arrièregarde, le long défilé de. Podkost qui s’étend au milieu de rochers et de forêts. L’armée victorieuse du prince Frédéric-Charles força cette position dans la nuit du 28 au 29, puis, le lendemain, elle vint attaquer à Gitschin le corps austrosaxon.
Combat de Gitschin (29 juin). — Ce corps s’était résolu à accepter le choc de l’ennemi parce qu’une dépêche de Benedek lui avait prescrit de tenir Gitschin à tout prix, en lui assurant le concours du IIIe corps pour celte journée. Or, par suite des progrès de la 2e armée dans cette même journée du 28, Benedek avait déjà dû abandonner "ce projet à l’heure où ses assurances de secours arrivaient à Gitschin.
Jusqu’à ce jour, le voisinage des colonnes du prince Royal de Prusse sur le flanc droit des corps autrichiens, et les échecs graves subis par ceux-ci, n’avaient rien fait changer au plan en vertu duquel le feldzeugmeister voulait marcher sur l’iser, en ne laissant qu’un seul corps sur le haut Elbe. Mais, lorsque le 28, à 8 heures du soir, on eut
reçu la nouvelle du combat de Soor (1) , « on comte mença, au quartier général autrichien, à douter x de la possibilité d’exécuter ce plan avec des k corps fatigués, et l’armée du prince Royal conte centrée et victorieuse sur le flanc (2). » Il se fit alors un revirement complet dans la manière dont le général en chef autrichien appréciait la situation, et, à 11 heures du soir, il contremanda le mouvement que le IIIe corps devait faire dans la direction de Gitschin, et lui prescrivit de rester à Miletin; les autres corps durent achever les mouvements commencés le 28. — Le lendemain 29, à 7 heures du matin, avisé du combat de Münchengrâtz et de la retraite du corps austrosaxon sur Gitschin, Benedek donnait des ordres, vers 8 heures, pour la concentration de ses forces dans la position de Dubenetz (3), et il ne faisait connaître qu’après midi au prince de Saxe qu'il renonçait à son projet de marcher sur l’Iser. Cet avis ne parvint à Gitschin qu’à 7 heures du soir; le corps austro-saxon y était engagé depuis trois heures dans une lutte sanglante; il avait été attaqué par la 5e division (Tümpling) et la 3e (Werder) « sur les deux routes de Turnau et de So- « botka, que sépare une montagne hérissée de « rochers et couverte d’une forêt. Ceite configu- « ration du terrain, dit le général de Moltke, fut « cause qu’il y eut deux combats complètement « distincts, car il était impossible aux troupes « de se soutenir mutuellement; aussi, chacune
(!) Combat livré par la 2e armée, ainsi qu’on le verra plus loin. Soor est au sud de Trautenau.
(2) Etat-major autrichien.
(3) Près deSshurz.
« des deux divisions prussiennes croyait, -elîy « combattre seule ce jour-là. » La combinaison tactique adoptée par les généraux prussiens était assurémeut périlleuse, et l’on peut prononcer le même jugement sur l'attaque de ÎVlünchengrâtz entamée de front par la Jre armée, et delbmc par l’armée de l’Elbe qui devait en outre passer User sous le canon ennemi. Quoi qu’il en soit, l’attaque des Prussiens à Gilschin comme à Münchengrâtz, triompha de la vigouieuse résistance de leurs adversaires. Sur la droite des Autrichiens, le général Tümpling enleva le village de Diletz et menaça les communications des Impériaux sur Gitschin, tandis que sur la gauche le général Wercler opérait avec succès le même mouvement tournant. Devant ce double échec, les Austro- Saxons durent évacuer le champ de bataille et abandonner Gitschin, que les Prussiens enlevèrent dans la nuit après un dernier engagement. Ainsi, de ce côté, 140,000 Prussiens avaient pu venir à bout, sans difficulté, de 00,000 hommes, et parvenir au point de réunion qui leur avait été assigné.
MARCHE DE LA 2e ARMÉE.
La tâche de la 2e armée, forte seulement de 115,000 hommes, était plus difficile. Elle avait à franchir des défilés de la plus grande importance, et dans lesquels il était aisé de l’arrêter; les Autrichiens, il est vrai, avaient commis la grosse faute de ne pas les occuper; mais, ces défilés franchis, les Prussiens devaient encore arriver sur le haut Elbe, en trois colonnes séparées l’une de l’autre par 4 milles environ, et celle position du haut Elbe était précisément le lieu de Fay. 3
concentration assigné par Benedek à toute son armée, qui marchait en ce moment de la Moravie vers la Bohême. C’était là, pour la 2e armée, une opération fort aventureuse pour le moins, et qui pouvait l’exposer à un grand désastre; aussi, « le « prince Royal ne se dissimulait pas les difficultés « considérables qu’il avait à vaincre, si l’ennemi « savait profiter des obstacles naturels du ter- « rain (1). » Heureusement pour les Prussiens, le feldzeugmei ster paru t n’attacher qu’une i mportance secondaire à la marche de ces colonnes. Elle lui avait été signalée, cependant, le 26, par de nombreux avis de ses avant-postes, et il avait alors sous la main, malgré le retard des jours précédents, assez de forces disponibles pour se jeter au-devant des Prussiens, car, « le IV8 corps pouvait être le 27 « du côté deTrautenau, le Xe vers Braunau, le VIe « à Nachod. Quant au IIIe, qui était à Kœnig- « grâtz, et au VIIIe à Tynist, ils pouvaient, juste qu’au soir du 27, s’avancer vers la Meltau entre « Neustadt et Jaromir , et se porter, le jour suite vant, là où ce serait nécessaire, tandis que le « 28, le IIe corps et la 2e division de cavalerie et légère entreraient en ligne, également à Neustadt. « Mais Benedek , malgré tous les rapports, « poursuivit un plan de concentration sur la rive « droite de l’Elbe, et s’il envoya deux corps sur tt la rive gauche, ce fut dans la seule pensée de « couvrir tout ce mouvement (2), » en exécution depuis que les troupes avaient quitté la Moravie. Même après les rencontres des 27 et 28, il persista dans son idée première, et il ne parut se rendre
(\) État-major prussien.
(i) État-major autrichien.
compte de la gravité du danger qu’il courait de ce côté que le 29, alors qu’il n’était plus temps de résister à l’invasion, puisque la jonction des colonnes du prince Royal et des diverses armées prussiennes était définitivement assurée à la suite de glorieux combats.
Combat de Nachod (1) (27 juin). — Naclsod ouvrit la série de ces succès de la 2° armée Son 6e corps était resté en Silésie, pour y faire des démonstrations et tromper ainsi le plus longtemps possible les Autrichiens ; en attendant, le général Steinmetz franchissait la frontière le 20 juin, à l’extrême gauche, avec le 5e corps ; il suivait le défilé de Nachod, qui est long et difficile. Le commandant en chef autrichien n’avait envoyé de ce côté que la brigade de cuirassiers de Solms, pour former, dès le 21 , l’avant-garde de l’armée impériale ; mais il n’y avait détaché aucune troupe d’infanterie : aussi le général de Lœwenfeld, qui formait l’avant-garde prussienne, pénétra-t-il sans résistance dans ce village, situé comme dans un entonnoir, au fond de la vallée de la Mettait ; puis, le 27 au matin, il sortit de cette vallée, et, parvenu sur la hauteur à la rencontre des routes de Skalitzet de Neustadt, il envoya en reconnaissance sur chacune d’elles, un escadron de dragons, et fit occuper Wysokow sur son front. Le 5e corps devait ce jour-là rester à Nachod, elle général de Lœwenfeld établissait ses bivouacs sur la hauteur, vers 8 1/2 heures, lorsqu’on lui signala, du côté de Neustadt, l’arrivée de fortes colonnes; c’étaient
(4) Combat de Wytokow , pour les Autrichiens.
deux brigades du VIe corps autrichien (général Ramming) qui, averties du voisinage de l’ennemi, se portaient au-devant de lui vers l’église de Wenceslas.
Benedek avait prescrit à ce corps de se rendre, le matin même du 27, d’Opocno à Skalitz, d’y prendre position et de pousser une avant-garde sur Nachod, que le général Hamming ne savait même pas être occupé par l’ennemi. La brigade Hertwek, pour exécuter ce dernier ordre, marchait sur Wysokow, lorsqu’elle aperçut l’extrême avantgarde du 5e corps, et engagea avec elle le combat dit de Nachod.
Ce 5e corps, d’après les habitudes prussiennes, était divisé en avant-garde (17e brigade), gros (19e et 20e) et réserve (18e) (1); des bataillons étaient fractionnés en demi-bataillons, disposés sur deux lignes dans le gros et la réserve ; un bataillon et demi d’un régiment formait la lre ligne; l’autre bataillon et demi, la seconde. Les troupes de l’avant-garde parvinrent successivement sur le plateau, le long de la route de Neustadt, et combattirent la brigade Hertwek jusqu’à 10 heures. A ce moment, elles avaient réussi à la repousser des bois situés à l’ouest de la route et de la chapelle Wenceslas; mais une 2e brigade autrichienne, bientôt suivie d’une 3e et de la cavalerie de Solms, entrait alors en ligne, et, après une escarmouche de tirailleurs, le combat s’engagea de nouveau vers
(1) On sait que, dans l’armée prussienne, les divisions d’infanterie étaient numérotées de l à 16, et les brigades de 4 à 32. Le 5e corps, dont il est ici question, comprenait doncles9e et 40e divisions, et les 17e, 18e, 49e et 20e brigades.
H heures 1/2 ; du côté des Prussiens, il n'y avait toujours en ligne que l’avant-garde et la brigade de cavalerie Wnuck, qui appartenait au gros, et avait rejoint les fractions engagées en parcourant 7,000 pas au trot dans un terrain fort mauvais. Devant cette attaque, les Prussiens perdirent leur avantage, et « pendant plusieurs heures, ils se « trouvèrent dans une position critique ; acculés « à la limite extrême du plateau au-dessus de la « pente rapide et couverte de bois, qui descend « vers la Mettau, ils n’avaient pas de réserves, « et cependant, si mauvaise que fût cette po- « sition, il était indispensable de s’y maintenir, « malgré la supériorité de l’ennemi, car le reste « du corps arrivait par derrière, et il fallait qu’il « pût déboucher. Dans cette extrémité, le 40 dra- « gons (1) essaya de charger, mais le terrain était « défavorable; et il lui fallut renoncer à renouve- « 1er cette tentative (2). » Le combat fut opiniâtre; il se termina par une charge hardie de la brigade Wnuck, contre 5 escadrons de cuirassiers autrichiens, charge qui fut suivie d’une seconde contre un carré ennemi. Le général de Lœwenfeld avait pu ainsi tenir 3 heures avec sa seule avant-garde contre 21 bataillons autrichiens, et par sa vigoureuse résistance, il avait permis au r>e corps de se déployer hors du défilé. Cependant, * l’infanterie du gros de la colonne ne put « arriver que peu à peu sur le plateau. Elle avait « eu les plus grandes difficultés à surmonter, pour * traverser des routes encombrées par les cais- « sons et les voitures d’ambulance; peu à peu elle
(\) Régiment divisionnaire.
(2) Etat-major prussien.
« occupa fortement Wysokow, Wenzelberg et le « bois qui s'étend entre les deux villages, et tout « le reste vint se former en arrière de ces trois « points d’appui (1). » Vers 3 heures du soir, la partie n’était plus tenable pour les Autrichiens, qui avaient appuyé vers Wysokow. Décimés par le fusil à aiguille, ils durent abandonner le champ de bataille et battre en retraite sur Skalitz; toutefois, ils ne furent pas poursuivis par les Prussiens.
Combat de Trautenau (27 juin). — Tandis que l'aile gauche du prince Royal remportait, à Nachod, cet avantage , son aile droite éprouvait , par contre, un grave échec, qui aurait pu compromettre le plan général de l’armée prussienne, si Benedek eût suivi la fortune sur le seul point important où elle se montrât favorable. En effet, le 27, à Trautenau, le feld-maréchal-lieutenant Gablenz, avec le Xe corps, infligeait au 1er corps prussien, un échec considérable, et le même jour, à Oswiecim, sur un autre théâtre, d’autres troupes autrichiennes complétaient, par un succès sur le général Stolberg, cette journée, la seule qui, durant cette campagne si courte d’ailleurs, dût être favorable aux armes impériales.
Le VT corps prussien avait pour objet d’atteindre Trautenau de bonne heure; mais, par suite d’un retard de sa colonne de droite, il n’y arriva qu’à 10 heures, et trouva le pont del’Aupa barricadé ; il avait devant lui une brigade du Xe corps, qui n’était parti ce même jour qu’à 8 heures
(1) État-major prussien.
du matin de Schurz sur l’Elbe, s’était échelonné sur la route, et ne put engager, jusqu’à 3 heures de l’après-midi, que cette première brigade contre le 1er corps prussien. Aussi le général de Bonin, bien que ses troupes n’arrivassent également en ligne que successivement, en avait-il eu facilement raison , et dès que le gros de son avant-garde avait paru, il avait escaladé les hauteurs sud de Trautenau, en les faisant attaquer à la fois de front et sur les deux ailes ; puis, il s’était établi au sud de la ville, et, se croyant maître de la journée, il avait refusé le concours de la 1re division de la Garde accourue au bruit du canon. Ce pendant, au moment même où cette division s’éloignait du champ de bataille, le reste du Xe corps s’avançait contre Trautenau, s’en emparait, et rejetait dans le défilé tout le lPr corps prussien. Celuici, épuisé par les fatigues delà journée, fut contraint de reculer jusqu’au bivouac, qu’il avait quitté !e matin. « Dans ce combat, l’infanterie, prussienne « seule fut engagée; la cavalerie ne lui fut d’au- « cun secours ; et la plus grande partie de l’artil- « lerie resta dans des positions trop éloignées pour « lui permettre de jouer un rôle efficace sur le a véritable terrain du combat. Les Autrichiens, a au contraire, libres de tous leurs mouvements, x firent agir toutes leurs armes, et surent profiter x delà supériorité de leur artillerie (1). » Mais, comme ils étaient harassés par une longue marche, comme d’ailleurs les ordres du général en chef étaient très-précis, ils ne dépassèrent pas Trautenau, et s’établirent paisiblement au sud de cette petite ville.
(41 État-major prussien.
Le général Gablonz avait en effet reçu pour instruction, le malin, « de courir sus à la colonne « du général de Bonin avec la plus grande vite gueur partout où elle se montrerait, mais de ne « pas la poursuivre trop loin » (1). On voit donc une fois de plus que Benedek, en prescrivant ces dispositions et celles du VIe corps, qui le même jour combattait à Nachod, ne songeait pas du tout à entamer fortement l’armée du prince Royal, dont il jugeait mal le rôle ;ces mesures, plutôt dérivatives qu’offensives, avaient « pour but, écrivait-il à ses « lieutenants , de couvrir le déploiement de l’ar- « mée , ordonné précédemment en avant de Jo- « sephstadt; mais cela, ajoutait-il, ne doit nulle- « ment empêcher de marcher à l’ennemi avec la « plus grande vigueur partout où il se mon- « trera. Cependant il faut limiter la poursuite « à la frontière, qu’on ne doit pas dépasser « jusqu’à nouvel ordre. » On voit bien par cette citation que la lutte contre le prince Royal lui paraissait l’accessoire , tandis que ce devait être le but principal , le but qu’il fallait atteindre pour éviter les désastres qui devaient suivre.
Combat de Soor (2) (28 juin). — Gablenz avait demandé en toute hâte au feldzeugmeister de faire soutenir son flanc droit vers Deutsch-Praussnitz et Eipel; Benedek répondit à cette demande (3)
0 ) État-major autrichien.
(2) Dit aussi de Bürkertdorf; pendant la guerre, les journaux appelaient encore ce combat : le second de Trautenau; quant aux Autrichiens, ils le désignent sous les noms de Neu-Rognitz et de Rüdersdorf.
(3) La relation prussienne prétend ici que quatre ha-
que deux bataillons du IVe corps seraient envoyés le 28 sur ce point ; mais, dans la matinée du même jour, il ordonnait à Gablenz de se rabattre sur Deutsch-Praussnitz, et ne pensait plus dès lors nécessaire d’y envoyer les deux bataillons; aucun avis de ce changement d’ordre ne fut donné à Gablenz , qui n’avait pu arriver jusqu'à Praussnitz, parce que, en se rendant sur ce point pour y disposer la défense , il avait dû faire face à une attaque de la Garde, à Bürkersdorf; c’est seulement au milieu du jour qu’il apprit , par un officier du génie, que Praussnitz ne contenait aucun soldat autrichien , mais bien des bataillons prussiens, et force lui fut dès lors d’indiquer , vers le N. O., Pilnikau comme ligne de retraite aux trois brigades , qui , d’après les ordres de Benedek , avaient dû descendre deTrautenausur Praussnitz. La lre division de la Garde les avait attaquées et avait enlevé avec vigueur les villages de Bürkersdorf et de Neu-Rognilz, tandis que, sur un autre point du champ de bataille, deux bataillons de la 2e division prussienne résistaient héroïquement à la 4-e brigade du Xe corps, commandé par le colonel Grivicic. Ecrasés d’abord dans cette lutte inégale, ces braves bataillons, bientôt soutenus par d’autres troupes , repoussèrent à leur tour et détruisirent la brigade autrichienne à Rüdersdorf et Alt- Rognitz. Quant au reste du Xe corps, il était rejeté loin du champ de bataille. Cette victoire était
taillons avaient été promis par Benedek à Gablenz; que, par suite d'une erreur de nom, ees bataillons seraient allés a Ober-Praussnitz et non à Deutsch-Praussnitz, et que le quartier général autrichien, informé de cette méprise, n’en avait rien fait savoir à Gablenz. On ne lit rien de semblable dans l'ouvrage autrichien.
complétée le même jour par les succès de Münchengrâtz et de Skalitz,, qui assuraient également sur les ailes l'avantage aux Prussiens.
Combat de Skalitz (28 juin). — Les Autrichiens , en effet , n’avaient pas été plus heureux sur le cours inférieur de l’Aupa (1) , à Skalitz, point sur lequel le général Ramming s’était porté après son échec de Nachod; il avait demandé le soir même des renforts à Benedek, car ses troupes, disait-il , étaient complètement épuisées et hors d’état de repousser l’attaque à laquelle on devait s’attendre le lendemain. Pour les soutenir, le feldzeugmeister prescrivit au VIIIe corps de se porter en avant avec ordre , « si un combat s’engageait « le 28 à Skalitz, de se déployer en première « ligne avec le VIe corps en réserve ; puis , si les « Prussiens ne l’avaient pas attaqué à 2 heures, « de rétrograder avec le VIe corps sur la rive adroite de l’Elbe, en laissant le IVe sur la « rive gauche pour couvrir l’armée. Quant au Xe « corps , il devait se rapprocher de ce dernier « sous Josephstadt (2). »
Ces ordres étaient donnés encore de Skalitz le 28 à 11 heures, au moment où Gablenz subissait l’échec de Soor, dont nous venons de parler, et où commençait, sous les yeux mêmes de Benedek, le décisif combat de Skalitz. Il demeure dès lors bien avéré que, dans cette importante journée, le commandant en chef autrichien ne songeait pas
(1) L'Aupa, affluent de l'Elbe, passe à Trautenau el à Skalitz.
(2) Etat-major autrichien.
plus à prendre l’offensive sur ce dernier point que du côté de Trautenau; il ne comprenait pas encore l’imminence du danger qui le menaçait sur son flanc droit, et la nécessité de ramasser immédiatement toutes ses forces disponibles pour écraser les Prussiens. Ce fut le général Steiftraetz qui vint offrir le combat vers 10 heures 3/4 aüx Autrichiens établis dans une position défensive assez mauvaise , car ils avaient à dos l’Aupa, et cette rivière, aux rives encaissées et rocheuses, loin d’être une protection, n’était qu’un danger dans le cas d’une retraite. Steinmetz avait ordre de se porter à droite sur Gradlitz , afin d’y opérer sa jonction avec le reste de la 2e armée ; il avait attendu pour se mettre en marche la 2e division de la Garde, que le prince Royal lui avait promis de lui envoyer pour le soutenir, mais qui, nous l’avons Vu , avait dû être dirigé vers Trautenau pour réparer l’échec du général de Bonin. Bien qu’il fût averti de ne pas compter sur la Garde, le général Steinmetz n’hésita pas à attaquer la position de Skalitz ; il disposa sôU corps d’armée et une brigade du 6° corps placée sous ses ordres, de manière à pouvoir faire front, suivant les circonstances, à l’O. ou au S., établissant d’ailleurs ses troupes sur deux lignes, par f/2 bataillons. L’avant-garde, qui débouchait de Starkoc, « s’atlen- « dant à être attaquée , était formée : l’infanterie a sur deux lignes , l’artillerie en avant du front, « le régiment de dragons en arrière et à droite »(1). Tous les efforts des Prussiens se portèrent sur un bois de chênes qui est à l’O. de Dubno; dès qu’ils l’eurent enlevé, ils se dirigèrent sur Skalitz en s’ap-
(f) État-major prussien.
prochant de la gare du chemin de fer. A la vue de ces colonnes d’attaque, vers midi, une brigade autrichienne sortit tout entière de la ville sur deux lignes, avec un escadron en arrière qui débordait l’aile droite; 6 bataillons 1/2 prussiens l’attendirent de pied ferme, et la reçurent à bonne portée par des feux de peloton et des feux rapides (1 ); l’aile gauche autrichienne n’en avança pas moins jusqu’à 50 pas, mais là elle dut faire demi-tour, malgré les efforts de ses officiers , et fut poursuivie par des pelotons de tirailleurs qui l’accablèrent de leur feu. Alors commença l’attaque de la gare : le 47® prussien, complètement intact, marcha sur ce point avec des tirailleurs déployés en avant de son front ; il était encore disposé sur deux lignes par 1/2 bataillon, et s’avançait avec calme dans cet ordre à travers l’espace découvert qui s’étend entre le bois et la ville ; puis, soutenu par d’autres fractions de corps qui s’étaient ralliées à lui, il enleva vigoureusement la gare , et Skalitz devint alors l’objet d’une attaque générale par l’E. et le N. Après une lutte acharnée, l’archiduc Léopold, qui avait dirigé la défense avec ses trois brigades contre les cinq brigades prussiennes, dut songer à la retraite; elle s’effectua jusqu’à la rive droite de l’Elbe pour le VIIIe corps et pour le VIe , tandis que le IVe restait à Dolan pour empêcher la poursuite. Après cet échec et celui de Soor, il n’était plus possible d’arrêter la marche des colonnes du prince Royal: et les combats du lendemain à Gitschin,Kœniginhof et Schweinschadel devaient assurer la jonction de toutes les forces prussiennes.
On doit remarquer ici que le 28 était la jour-
(1) C'est le feu à voloûté.
née vraiment décisive pour Benedek , celle dans laquelle il pouvait réparer bien des faut* s commises depuis l'ouverture de la campagne. Quesefait-il arrivé, en effet, si le général en chef autrichien, qui avait sous sa main les IIIe et IVe corps (1), eût renforcé en temps utile les VIe et VIIIe à Skalitz, et eût rejeté Steinmetz soit vers le nord, soit vers le défilé de Nachod ; si , d’autre part , il eût envoyé en hâte d’importantes réserves au Xe corps, vainqueur le 27 à Trautenau, précisément au point de jonction des lre et 2e armées prussiennes, et s’il l’eût mis ainsi en mesure d écraser la Garde? Avec les cinq corps d’armée (2) qu’il pouvait opposer sur la rive gauche de l’Elbe à la Garde, au 5e corps et à la brigade du 6e , seuls en ligne ce jour-là , ne devait-il pas battre les colonnes du prince Royal, qui étaient séparées les unes des autres par une trentaine de kilomètres , dans un pays très-accidenté, et qui se trouvaient hors d’état par conséquent de se porter mutuellement secours?
Benedek manqua cette occasion suprême, et, après le combat de Skalitz il fit rétrograder, nous venons de le voir, les VIe et VIIIe corps sur la rive droite de l’Elbe, à l’E. de Miletin, où restait toujours immobile le IIIe corps. Il se contenta , pour protéger cette retraite , de laisser à Dolan , entre Josephtadt et Skalitz, le IVe corps, moins une brigade envoyée au nord , à Ober-d?raussnitz.
(1 ) Le IIe corps était encore fort en arrière le 27 au soir ; il se trouvait à Solnic et n'approchait de Josephstadt que le 28 au soir. Mais le IIIe était à Miletin le 27, et il y resta le 28; quant au 1V°, il ne fut pas employé davantage le 28. (2) Même six, s’il n'eût pas laissé le IIe corps en arrière.
Combat de Kæniginhof (29 juin). — Les Prussiens déployaient une tout autre activité pour atteindre leur but ; ils agissaient avec l’assurance et l’audace que leur avaient données leurs premiers succès, les mauvaises dispositions des généraux autrichiens et la démoralisation profonde des troupes ennemies. Ainsi leurs chefs, comprenant combien il importait à l’armée de Silésie de poursuivre sans relâche sa marche vers l’Elbe, afin de s’assurer le passage du fleuve, lancèrent leurs colonnes en avant dans toutes les directions. La Garde reçut, à cet effet, l’ordre de se porter sur Kæniginhof, et l’infatigable Steinmetz, marchant de Skalitz sur Gradlitz, facilitait cette opération, tout en donnant par cette manœuvre plus de cohésion aux divers corps de l’armée du prince Royal.
« Il était temps qu’on commençât au quartier « général autrichien à se faire une idée plus « exacte du danger pressant qui résultait du « voisinage de l’armée de Silésie. Il fallait renon- « cer à continuer les mouvements que l’on s’était « proposé d’exécuter du côté de l’iser ; les troupes « qui se trouvaient déjà en marche reçurent « contre-ordre en chemin ; c’étaient le IIIe corps, « qui se dirigeait vers Gitschin, et la 3e division « de cavalerie de réserve » (1).
En conséquence, le IIIe corps resta encore à Miletin; les autres, y compris le IIe, qui enfin paraissait en ligne, durent se réunir sur le plateau de Dubenetz, sur la rive droite de l’Elbe , dans la position que le général Benedek s’était proposée dès son entrée en Bohême ; le IVe corps seul resta provisoirement à Dolan, sur
(1) Etat-major prussien.
l’autre rive du fleuve, main avec défense d’accepter une collision inégale. « Ainsi l’armée autri- « chienne se trouvait en mesure de recevoir, le « 30, l’attaque de l’armée de Silésie. Elle n’occu- <r pait pas plus d’un mille et quart, et on avait « réuni dans cet espace cinq corps d’armée, outre « quatre divisions de cavalerie (1). »
Le terrain était, il est vrai, très-accidenté, mais le front était couvert par le fleuve, et en somme, la position était bonne au point de vue de la défense. Mais, pour la conserver, il fallait tenir à tout prix les ponts de Kœniginhof ; ils furent tout au contraire faiblement gardés, et le colonel Kessel, de la lre division delà Garde, qui se dirigeait sur cet important village, tandis que le 1er corps marchait également vers l’Elbe plus au nord, put enlever Kœniginhof et les ponts presque sans résistance, assurant ainsi le passage à l’armée du prince Royal. Menacée sur son front par la prise de ce village, prise de flanc et à revers sur la gauche par la défaite de Gitschin et la retraite du corps austro-saxon jusqu’aux environs de Sadowa, la position autrichienne allait être également ébranlée sur sa droite par le combat de Schweinschàdel.
Combat de Schweinschâdel (29 juin). — De ce côté, le général Steinmetz remportait une troisième victoire en cherchant à gagner la position qui lui était assignée près de Gradlitz. Il avait dû laisser reposer, dans la matinée du 29, ses troupes épuisées par les affaires du 27 et du 28 ; puis, il avait cherché à tourner la gauche du IVe corps,
('1 ) État-major prussien.
établi à Dolan et à Schweinschâdel, avait rejeté les Autrichiens sous le canon de Josephstadt ; enfin il venait donner la main au corps de la Garde, maître de Kœniginhof.
La journée du 30 ne fut troublée que par une canonnade sans résultat d une rive à l’autre de l’Elbe entre le IIe corps autrichien et le corps de Steinmetz. Benedek, après avoir perdu de 30 à 40.000 hommes en quelques jours, avait enlin tous ses corps réunis autour de lui ; deux d’entre eux, les IIe et IIIe, n’avaient pas donné; le IVe n’avait été engagé qu’à Schweinschâdel ; les autres, le Xe surtout, avaient beaucoup souffert ; quant au Ier corps, il avait dû, après le combat de Gilschin, se retirer sur Sadowa avec les Saxons, et laisser ainsi à découvert l’armée impériale, dont la position n’était plus tenable. Aussi le feldzeugmeister se décida-tdl à la ramener en arrière, dans la nuit du 30 juin au 1er juillet, « car le Ier « corps et les Saxons, écrivait-il de JDubenetz à « l’Empereur, ont été refoulés ; cet échec m’oblige « à reculer moi-même dans la direction de Kœ- « niggrcetz. »