BATAILLE DE SADOWA OU DE K0ENIGGRÆTZ
(3 juillet).
Il concentra en effet toutes ses troupes sur ce point, etaprès avoir, dans la matinée du 1er juillet, « désespéré de la fortune au point de conseiller « à l’Empereur de faire la paix à tout prix, s’il « voulait éviter une catastrophe certaine (1);» il se disposa à tenter le sort des armes dans une bataille décisive. Il prescrivit, dans la soirée
(1) État-mn.ior autrichien.
du 2 juillet (1), à tous ses corps de s’établir en demi-cercle autour de Kœniggrælz, le dos à cette place et à l’Elbe, le front couvert par un petit affluent de ce fleuve, la Bistritz, que la grande route traverse au pont de Sadowa. Les troupes autrichiennes, placées sur des collines couvertes de villages et de quelques bois, avaient à leur gauche les Saxons, en face de Nechanitz, et elles s’étendaient à droite le long d’un autre affluent de l’Elbe, laTrotinka; le Xe corps était à la droite des Saxons ; venait ensuite lelIP, à cheval sur la route de Sadowa- et posté sur les hauteurs de Lipa et de Chlurn ; enfin, le IVe et le IIe à l’extrême droite devaient, dans le plan du général en chef, s’établir de Chlurn à l’Elbe; mais, par suite des circonstances de la bataille, et particulièrement des engagements dans le bois de Benatek, ces deux corps furent amenés à se porter plus en avant jusqu’à Horenowes, et à faire face à l’ouest, comme le reste de l’année, au lieu de regarder le nord, par où devaient déboucher à midi les colonnes du prince Royal.
En seconde ligne, le VIIIe corps devait soutenir les Saxons ; le Ier et le VIe, en arrière du centre, et les cinq divisions de cavalerie composaient les réserves principales, dont le général en chef s’était conservé l’entière direction. Chlurn, situé sur un mamelon élevé, près de la route, était la clef de cette position, très-forte sur son front, mais vulnérable sur ses ailes, et vicieuse
(1) Le Supplément XXI de l'ouvrage prussien donne un croquis de la position des deux armées le 2 juillet. 11 est utile de le consulter. — Cet ouvrage nous apprend que les Pruss'ens avaient volontairement conservé un front d'une étendue de cinq milles environ, afin de pouvoir, au besoin, attaquer l’ennemi de flanc.
parce qu’elle avait l’Elbe sur ses derrières. La rive gauche de la Bistritz domine la rive droite : aussi les Autrichiens avaient-ils pu établir leur artillerie en terrasses superposées, et ils lui avaient ménagé un champ de tir très-étendu, en débarrassant le terrain de tout ce qui pouvait l’obstruer dans les principales directions.
« Du côté des Prussiens, dit le général de « Moltke, on n’avait eu connaissance ni de la « marche du gros de l’armée autrichienne sur « Dubenetz, ni de sa retraite pendant la nuit. On « croyait, au contraire, que la plus grande partie « de l'armée ennemie occupait, en arrière de l’Elbe,
une position dont les ailes s’appuyaient aux « places fortes de Josephsta Itet de Kœniggræfz, » et l’on se décida à se mettre en mouvement le 3, avec l’intention d’attaquer les Autrichiens, si on les rencontrait, ou de gagner Pardubitz sur leur flanc, afin de les obliger à quitter leur position sans combat. Bientôt les reconnaissances apprirent au prince Fréderic-Charles qu’un cerlain nombre de corps ennemis étaient postés près de Sadowa; il pensa: « non pas qu’elles faisaient une halte « en marchant en retraite, mais qu’elles se por- « taient en avant pour attaquer ; il résolut aussi- « tôt de concenirer ses forces, en prévision de ce « qui pouvait se passer le lendemain » (1), et fit demander au prince Royal de couvrir son flanc gauche dans l’attaque qu’il se proposait d’exécuter , afin de rejeter les Autrichiens sur l’Elbe.
Le commandant de la l10 armée rendit compte
(1) État-major prussien
ch res dispositions au Roi qui était à Gif schin, où il était venu prendre le commandement général des armées prussiennes. « Mais Sa Majesté, dit t le généra! de Moltke, prit aussitôt la détermi- « nation d’attaquer (1) l’ennemi avec toutes ses « forces, sans se préoccuper de savoir si l’<uf « avait devant soi toute l’armée autrichienne, <k « seulement line partie considérable de cette « mée. On osait à peine espérer qu’elle serÿ»É « tout entière; mais, du moins, s’il fdbyp^ - « tard attaquer la position de rÿbja«fe5‘u“pera- « tion serait bien plm^ajyfi^ws un combat heu- « reux, et la situation des armées prussiennes « donnait tout lieu de compter sur une victoire « pour le lendemain. »
Le Roi envoya donc l’ordre au prince Royal de se porter avec toutes ses forces au secours de la dre armée ; l’officier chargé de porter ces instructions arriva au quartier général de Kœniginhof à 4 heures du malin, et les dispositions furent immédiatement prises pour la mise en route de la 2e armée.
Pendant la nuit, le prince Frédéric-Charles s’était rapproché du champ de bataille et, vers 6 heures, par une pluie battante, il avait fait avancer la division Ilorn sur la chaussée de Sadowa, afin de faire remplir à son armée «le rôle • qui paraissait indiqué et même forcé : celui « d’occuper l’ennemi en face, d’attirer ses forces « sur elle, et de lui résister solidement, de ma- « nière à faire réussir la double attaque préparée
(1) L'ouvrage prussien dit que la France parlait de négociations, et qu’il fallait se hâter de frapper un grand coup.
« contre ses deux flancs » (1). C’étaient, avec Farinée de FElbe, \ 24,000 hommes (2) en ligne contre 200,00(1 Austro-Saxons établis dans une bonne position. A la gauche des Autrichiens, le général prussien Herwarth parvint à occuper jjjechanitz, et à se poster sur la rive gauche de S Bistritz, entre Hradek et Lubno; les Saxons se ^mirèrent sans grande résistance devant lui, et |iH|nt rallier le gros de leurs forces sur la hauteur, BlUBEPklus et Nieder-Prim. Au centre, la Bistritz lut eg^ffi^ïfb^Piisdiie par les 4% 5e et 8e divisions ; le village et le bojs'tte-Sadpwa furent rapidement enlevés; mais l’artillerie autrichienne, assise sur les a hauteurs de Lipa et de Langen ho f, arrêta tous les efforts des Prussiens pour déboucher de ce bois; enfin, plus à l’est, le général Fransecky, avec sa 7e division, ne pouvait pas davantage sortir du bois de Benatek (3), dont il s’était emparé après des efforts inouïs, et il finissait même par être rejeté de ce bois sur le village. La situation devenait critique pour la !re armée, écrasée par un feu meurtrier, contenue par des forces supérieures, et les Prussiens regardaient avec anxiété vers Fhorizon, du côté où la 2e armée devait paraître, lorsque, vers midi, l’arrivée du prince Royal, avec une partie de ses forces, changea soudainement la face des choses. Les Autrichiens n’étaient pas en mesure de recevoir ce choc ; cependant, ils auraient dû s’y préparer, et, comme le dit avec rai-
(t) État-major prussien.
(2) A midi, l'arrivée du prince Royal portait à 220,000 hommes les forces prussiennes.
(3) Ce bois était désigné sous le nom de Benatek au moment de la guerre; l’ouvrage prussien l’appelle de Maslowed et l'ouvrage autrichien, Swiep-Wald.
son le général de Moltke, « il était bien impossible « d’espérer que le passage de l’Elbe par la 2a ar- « mée et sa marche tout entière fussent restés « complètement inaperçus des Autrichiens, et que « son arrivée dût les surprendre. En approchant « de la hauteur de Horenowes, qui se dresse « comme un rempart barrant la route, on n’aper- « cevait qu’une seule batterie, et l’on devait croire, « dès lors, que l’ennemi avait placé des troupes « chargées de couvrir son flanc à l’abri de la vue, « en arrière de la hauteur. S’il ne l’avait pas en- « core fait, il avait encore le temps d’envoyer ses « réserves de ce côté, pendant que les Prussiens tra- « verseraient cet espace de plus d’un demi-mille, « sur un terrain qui va en s’abaissant, où, par « conséquent, aucun des bataillons ne pouvait se « dissimuler. Les hauteurs de Horenowes sont « escarpées au nord et couvertes en avant par les « marécages qui bordent la Trolinka ; c’était une « position défensive tellement forte quelesPrus- « siens n’avaient de chance de réussite qu’en fai— » sant agir simultanément des forces considéra-* « blés. »
Benedek ne fit rien de tout cela; il n’avait pas cherché un seul instant à prendre l’offensive contre le prince Frédéric-Charles avant l’arrivée de la 2e armée, si bien que l’on se demande, avec le général de Moltke, « si le comman- « dant en chef de l’armée autrichienne s’est * rendu compte de l’étendue du danger qui le « menaçait sur son flanc droit. » Ce qu’il y a de certain, c’est que cette 2e armée arriva sur le champ de bataille sans rencontrer une vedette ennemie ; ainsi, son 6e corps avait pu s’approcher de la Troîinka, la franchir, la 1 Ie division à Racitz, et la 12e au village de Trotina ; puis, cette der-
nière avait repoussé sur Lochenitz (1) la brigade Henriquez, chargée de défendre Ja droite extrême des Autrichiens. A côté du 1>C corps, la lre division de la Garde pénétrait au cœur de la position ennemie, et s’établissait, sons rencontrer de résistance, sur l'importante hauteur située au sud-est d’Horenowes. La facilité extraordinaire avec laquelle les Prussiens occupaient des points si solidement tenus une heure auparavant par leurs adversaires, provenait de ce que, précisément au moment de cette marche offensive de la 2e année, les IIe et IVe corps autrichiens avaientreçul’ordre d’abandonner les hauteurs deMaslowed-Horenowes, qu’ils avaient occupées à tort dans Ja matinée, et de venir prendre, plus en arriéré, le poste qui leur avait été assigné primitivement entre Chlum et l’Elbe. Ils exécutaient cette longue et difficile marche de flanc, lorsque la 1 re division de la Garde, se glissant dans un espace laissé libre entre le IIIe et le IVe corps par le mouvement de ce dernier, pénétra comme un coin jusqu’à Chlum, clef de la position, qui était faiblement défendue, et l’enleva vers 2 h. 3/4, presque sans coup férir. La relation prussienne dit même que, dans sa marche, cette division «ne « reçut le leu des troupes autrichiennes établies à « Chium, que trés-pres du village, ce qui donne à « supposer que, jusqu’à ce moment, la bataille, en- « gagee sur le front de l’armée depuis le matin, « avait exclusivement attiré leur attention. »
Ce premier succès obtenu, la lre division de la Garde se portait sur Rosberitz et s’en emparait à 3 heures, après avoir refoulé la lr0 divi-
(1) Où se trouvait, sur l’Elbe, un des ponts qui devaient servir à la retraite des troupes autrichiennes
sion de cavalerie de réserve autrichienne. En ce moment , les cinq brigades d’infanterie prussienne engagées occupaient J a ligne de Rosberitz- Nedelist-Lochenitz’, et elles étaient maîtresses de Chlum. La Indivision de la Garde, qui avait dû ce brillant résultat « à l’effet terrible du fusil à aiguille, « avait pris, en outre, 55 canons; sa tête de co- « lonne étant sur la route de Sadowa à Kœnig- « grætz, elle se trouvait ainsi sur les derrières du « centre de la position ennemie; mais elle avait « maintenant devant elle les puissantes masses « de la réserve autrichienne, et elle n’en était « plus qu’à % 000 pas. (1) *
Quant à l’aile droite de l’armée impériale, formée des IIe et IVe corps, elle était battue et en pleine retraite sur Wsestar, Sweti, Predmeritz et Lochenitz. Au centre, le Xe corps commençait également la sienne, tandis qu’à l’aile gauche, le prince Royal de Saxe , menacé de son côté par l’armée de l'Elbe, évacuait la hauteur de Problus. A la suite de ce double échec sur leurs ailes, les Autrichiens se trouvaient dans une position fort critique, et cependant le feldzeugmeister Benedek « n’avait pas « encore abandonné son poste à côté des batteries « entre Chlum et Lipa ; toute son attention de- * meurait concentrée sur le front de sa ligne, et < il ne paraissait pas voir le danger que les pro- « grès du prince Royal faisaient courir à son ar- « mée, lorsqu’on vint le surprendre, en lui appre- « nant que les Prussiens étaient maîtres de « Chlum, sur ses derrières. Il se dirigea au galop « sur ce point, y fut accueilli par la fusillade, se « rejeta sur Rosberitz pour rejoindre sa réserve,
(1) État-major prussien.
« et y reçut également le feu des Prussiens » (1).
Il n’était plus possible de conserver le moindre doute; l'ennemi, maître de la chaussée, était placé en arrière du centre de l’armée autrichienne, dont les deux ailes étaient tournées, et dont la ligne de retraite serait bientôt coupée ; il fallait songera évacuer le champ de bataille, et cependant il restait encore en réserve deux corps d'infanterie intacts et plus de 70 escadrons de cavalerie. « Il est « vrai, par contre, que, du côté des Prussiens, les u deux tiers de la 2e armée n’avaient pas encore « pris part à la bataille, et que la plus grande partie [ « de la lre armée n’atteridait qu’un ordre pour « prendre l'offensive > (2). Dès ce moment, les Autrichiens devaient faire marcher jusqu’aux dernières forces disponibles pour sauver leur aile droite d’une destruction complète , et pour permettre à leur centre de se retirer, car le roi de , Prusse avait donné à ses troupes, vers 3 heures 1 /2, l’ordre de marcher en avant sur toute la ligne. Pendant ce temps, le feldzeugmeister portait des troupes du VIe corps contre Roberitz et réussissait:^ l’arracher aux Prussiens, après engagement op niâtre départ et d’autre; mais il échouait de nouveau dans une tentative pour reprendre Chlum. Bientôt le gros de la 2e division de la Garde entrait en ligne à son tour, occupait Lipa et venait se placer à l’ouest! de ce village, face à Langenhof, tandis que l’avantgarde du V* corps s’avançait à (’.hlum au secours de la lre division, qui avait si glorieusement fourni sa tâche. Vers 4 heures 1/2, la 11e division prussienne, partie de JNedelist, atteignait Sweti et se
(1) État-major prussiec.
(2) Idem.
dirigeait vers Rosberitz, au moment où l’avantgarde du 1er corps et une partie de la Garde descendaient de la hauteur de Chlum pour reprendre Rosberitz. Ce point enlevé, les Saxons à la gauche, el le Xe corps au centre contraints à céder ie terrain, il ne restait plus aux Autrichiens qu’à se retirer en toute hâte, sous la protection de leur grosse cavalerie, qui prit position par brigade afin de recevoir le choc de la cavalerie prussienne; celle-ci, retardée dans sa marche par le passage des ponts, n’arrivait que successivement ; elle lut repoussée dans ses attaques, mais l’infanterie, qui la soutenait, fit éprouver de telles pertes aux Autrichiens , qu’ils durent se réfugier dans le plus grand désordre sur la rive gauche de l’Elbe. C’était une vraie déroute, un désastre ; car la perte totale des Impériaux s’élevait à 40,000 hommes; tandis que celle de leurs adversaires ne montait qu’à 10,000; et la confiance de l’une des deux armées devait naturellement grandir en proportion de la démoralisation de l’autre.