MARCHE DES PRUSSIENS SUR VIENNE
Après cette journée décisive, qui produisit une grande sensation en Europe, l’Autriche invoqua la médiation de la France, et lui remit la Vénétie comme gage de la paix ; mais la Prusse, exaltée par ses triomphes, n’entendait pas déposer les armes avant d’avoir obtenu l’accomplissement de ses projets, c’est-à-dire l'anéantissement politique de l’Autriche en Allemagne, où elle entendait prédominer. Aussi, tout en acceptant la médiation de la France, elle n’arrêta pas sa marche victorieuse, et, après quelques jours d’mi repos nécessaire à ses troupes,
îc roi de Prusse les remit en marche vers le sud.
Le feldzeugmeister Benedek ramenait à Ülmütz les débris de l’armée du Nord, lorsqu’il fut remplacé dans le commandement de cette armée par l’archiduc Albert, le vainqueur de Custozza.
Quant à l’armée prussienne, dès le 5 juillet, elle s’était remise en mouvement ; le prince Royal avait pris la direction d’Olmütz, afin d’atteindre de nouveau les Autrichiens. Ceux-ci, après une marche de huit jours sans repos, étaient enfin arrivés le soir du 11 juillet à Olmiitz, et, grâce à cette i « précipitation, ils avaient pu éviter de nouveaux « combats, mais la valeur matérielle et morale i « de leurs troupes avait dû nécessairement s’af- « faiblir de plus en plus. D’ailleurs la lre armée et « l’armée de l’Elbe avaient, de leur côté, exécuté ( « leur mouvement en avant sur la droite avec une « telle vigueur, qu’à cette même date du 11, leur ' « avant-garde n’était déjà plus qu’à une jour- « née de marche de Brünn. De là, on pouvait en « quelques jours gagner Lundenbourg, couper les i « dernières communications d’Olmülz avec Vienne,
« et menacer la capitale de l’empire (1). »
Ce danger n’avaiî pas échappé au gouvernement autrichien, qui résolut de rabattre sur Vienne la plus grande partie de l’armée du Nord, et, dès le 11 au soir, le IIIe corps se dirigea vers la capitale par le chemin de fer ; le corps saxon devait le suivre immédiatement. Ce même jour, le quartier général prussien était à Iglau; le 13, il était transporté à Brünn ; et le lendemain, le général Herwarth, parvenu à Znaym, franchissait avec son avant-garde les limites de la basse Autriche.
(4) État-major prussien.
Ces mouvements de la droite et du cenlr, prussien mettaient de plus en plus les forces autrichiennes en danger d’être tournées dans leur position d’Olmütz; aussi, sur la proposition de l’archiduc Albert, on prescrivit à Benedek d’accourir en personne avec toute son armée sur le Danube, où l’on dirigeait également des troupes tirées de la Vénétie. Le feldzeugmeister donna immédiatement des ordres, le 13, pour la continuation du mouvement de l’armée du Nord, qui devait, en trois échelons, gagner Vienne par Presbourg; mais on dut suspendre ce mouvement, le 13, par suite de la marche du prince Royal sur Tobits chau et Prerau (1), où la division de cavalerie Hartmann, appujme de la 3e brigade du 1er corps, battit les Autrichiens, et vint couper la voie ferrée qui leur servait de ligne de retraite. Plus au sud, celte ligne était occupée également à Lundenbourg par le prince Frédéric-Charles, et trois corps d’armée autrichiens seulement (les IIe, IIIe et IVe) avaient pu gagner directement le sud ; il en restait autant dans Olmüîz (les Ier, VIe et VIIIe) avec l’artillerie de réserve et le train, en tout 75,000 hommes. Benedek, ayant reçu l’ordre de se replier avec ces dernières troupes sur Preshourg, se mit en route par les difficiles chemins des petits Karpathes, et, après une marche pénible, il parvint à gagner Preshourg, où scs troupes arrivèrent épuisées.
Cependant la 2e armée prussienne, ayant accompli sa tâche, vint se mettre en réserve des deux autres, qui s’approchaient rapidement du Danube. Le 18, le quartier Royal était à Nikolsbourg, où quatre jours plus tard fut signée la suspension
(t) Combat de Prerau ou de Ilokcilnilz.
des hostilités. Cette trêve vint interrompre le combat de Blumenau, que le 4e corps prussien livrait aux portes de Presbourg au IIe corps autrichien. Les préliminaires de paix furent signés le 26 juillet entre les deux grandes puissances allemandes, et un armistice fut immédiatement conclu pour quatre semaines, à JNikolsbourg.
CAMPAGNE DE i/ ARMÉE DU MEIN.
Tandis que ces événements se passaient au centre de l’empire autrichien, la Prusse remportait les mêmes avantages sur les fédéraux de l’Ouest. Après la défaite des Hanovriens, le général de Falckenstein avait réuni les trois divisions de Beyer, de Manteuffel et Gœben, fortes de 53,000 hommes, et les avait portées au devant des alliés de l'Autriche, divisés en deux groupes forts chacun de 50,000 hommes environ, et postés devant Francfort et sur le haut xVlein.
L’un de ces groupes, formés par les Bavarois, après avoir hésité longtemps à se porter au secours des Hanovriens, s’était enfin décidé à les rallier. Mais, arrivé à Meiningen seulement le 30 juin, le princeCharles de Bavière y avait appris la capitulation du roi Georges, et, n’ayant plus de raison pour aller vers Gotha, il avait dû, en vertu de nouvelles ! dispositions, se rabattre à gauche vers Francfort, afin de se réunir au 8e corps fédéral.
De son côté, le général de Falckenstein, ayant concentré, le 1er juillet, ses trois divisions à Eisenach, se hâta de se porter en avant pour se jeter entre ces deux adversaires et les battre isolément; il prit la route de Fulde et Hanau; mais, au bout de quelques jours, le voisinage de
l’armée bavaroise sur son flanc gauche lui fut révélé par plusieurs combats d’avant-garde. Aussitôt, et sans interrompre le mouvement de la masse principale de ses forces dans la direcîion de Fulde, il détacha à gauche la division Gœben ; cette division repoussa l’ennemi près de Dcrm bach (à Zella et à Wiesenthal) , le 4 juillet, puis reprit sa marche vers Francfort.
Cependant l’armée bavaroise, rétrogadant au sud, avait pris de nouveau position sur le flanc des Prussiens vers la Saale franconienne; le général de Falckenstein n’hésita pas à la rechercher de nouveau. Le 9, il portait ses trois divisions sur Brückenau, leur faisait traverser le Hohe-Rhœn, et, le 10 juillet, il repoussait les Bavarois à Waldaschach , KUsingen et Hammelbourg.
La jonction entre les 7e et 8e corps fédéraux n’étant plus possihle en avant du Mein, le j prince Charles devait se retirer sur Schvveinfurt; il y fut suivi par la division de ManteufFel, qui vint bientôt rejoindre le reste de l’armée prussienne en marche vers Francfort. En même temps, le général de Falckenstein, pour tromper le prince Alexandre de Hesse , qui commandait le 8e corps fédéral, et qui l’attendait toujours par la route de Fulde à Hanau, envoya de ce dernier côté la division de Beyer ; puis, franchissant la Saale, il se porta rapidement avec la division Gœben sur Aschaffenbourg , où il n’était guère attendu. Le prince Alexandre de Hesse, surpris, se hâta d’envoyer au-devant des Prussiens des troupes qui furent battues à Laufach (13 juillet), à Aschaffenbourg (14), et qui ne purent empêcher l’entrée du général de Falckenstein à Francfort, le 16. — Les fédéraux, impuissants à défendre la ville, durent se retirer au sud du Mein et se
mettre en marche vers la Tauber, pour opérer enfin leur jonction avec les Bavarois.
L’armée prussienne demeura cinq jours à Francfoit, qu’elle traita, chacun le sait, non comme une j ville allemande, mais comme une ville conquise à l’étranger ; on ne pouvait lui pardonner d’avoir été le siège de la Confédération favorable à l’Autriche. Puis, cette armée, renforcée de 37,000 hommes, et commandée en chef par le général de Manteuffel, se remit, le 21 juillet, à la poursuite j des fédéraux. Le 24, ce général rencontra le ; 8e corps fédéral sur la Tauber ; il le battit à Tau berbischoffsheim et à Werbach, il força ensuite le passage de cette rivière. Le 25, il refoulait de ? * nouveau ce corps d’armée à Helmsladt et à , Gerchsheim ; les Bavarois postés à 4 kilomètres, près de Rosbrünn, ne prirent pas de part à faction; enfin, attaqués à leur tour, le 26, sur ce point, ils furent rejetés sur Wurtzbourg, que l’armée prussienne serra aussitôt de près et ca- li nonnale 27. La nouvelle de l’armistice de Nikolsbourg, le 28, vint interrompre les hostilités au moment où l’on entamait des négociations pour la ' reddition de la forteresse de Marienberg, située \] en face de Wurtzbourg. Cet armistice tirait les fédéraux d’une fort mauvaise situation, car, par la jonction de l’armée prussienne du Mein et du 2e corps de réserve qui venait de descendre de Uof sur Nuremberg, ils allaient être coupés des pays qu’ils étaient chargés de couvrir. Aux termes de la convention, les Prussiens occupèrent Wurlzbourg ; ils étaient déjà à Mannheim et à Heidelberg.