‹ Conférence de l'Honorable Monsieur L.S. Beaubien [microforme]Chapitre 5 sur 6 · EC · texte numérisé non relu

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puis, dans ces lointains endroits, il n'en est pas comme dans nos vilaines villes, où l'on ne connaît pas son voisin de l'autre côté d'un mur de dix-huit pouces,

La conversation fut donc vite entamée. Je reconnais du coup le fils de M. Lalande, établi depuis ces dernières années au Nominingue ; un beau brin de jeune homme, soit dit en passant et sans qu'il m'en. tende, à la figure intelligente et animée,

Je lui demandai des nouvelles du silo construit sur la ferme l'automne précédent. Je les avais vus à l'œuvre dans cette construction et j'avais même donné un petit mot d'avis, ‘“ Ah! Monsieur, me répondit-il, nous avons fait du beurre tout l'hiver tout coinme durant l'été, Cet automue nous doublerons la capacité de notre silo, et la production du beurre, bien sûr, sera doublée aussi.”

En vous parlant, Messieurs, d'expérimentation en fait de silo, de ses résultats pour le pays, j'ai cru que je vous rapporterais les paroles de ce jeune homme tout en commençant ; que je vous dirais où je les ai entendues, le ton de satisfaction même avec lequel elles ont été prononcées. C'est qu'à mon avis elles renferment une grande leçon, comme elles manifestent un grand résuitat populaire,

Je vous diraï que je me les suis répétées longtemps avec satisfaction et qu'elles constituent réellement un des meilleurs souvenirs de mon agréable excursion de l'automne dernier, sur mes fermes du Nominingue, (1)

S'il en est ainsi du silo dans les nouveaux é ablissements, là-bas, au loin, sur les bords de la forêt vierge, où les dures souches aux longues racines et les repoussis obstruent la culture, que ne devons-nous pas en attendre dans les vieux établissements de nos paroisses où le maïs peut être cultivé, non pas à la pioche, mais avec toutes les facilités que procurent les instruments améliorés ! C’est la réflexion que je me faisais, tout en achevant de parcourir mon chemin de colonisation.

(1) On me permettra une digression qui, pourtant, n'en est pas une au fond. J'ai parlé de M. Lalande ; un modéle pour plusieurs. I n'avait pas trop sujet de se laindre de son succès comme marchand à St-Jérome : mais la bénédiction d'Abraam fui avait donné nne nombreuse famille, fait aussi fréquent que consolant, parmi notre population. [1 pouvait établir convenablement un ou deux enfants mais il ne le pouvait pour tous. Pour ne pas faire de jaloux parmi ceux qu'il aimuit également à son heureux foyer, il résolut de donner à tous un même héritage taillé sur les terres de Ta couronne. Il réalise son avoir dans le vieux village, dit adieu aux connaissances, devient le propriétaire d'un vaste domaine aux bords du grand et beau Nominmgue, et sa confortable résidence, bâtie sur la hauteur, domine l'immense nappe d'eau, C'est Ti que sous le regard du père et de la bonne mère tous les enfants vont devenir les uns après les autres et les uns À côté des autres, propriétaires heureux et prospères, Au vieux village, ça aurait été pitance pour chaque peut-être et dispersion pour tous. Aux terres nouvelles, c'est abondance, le bonhepr, l'union traternelle. Combien d'autres bons pères de famille pourraient'en faire autant, qui aujourd'hui, voyant grandir leurs familles, sont à interroger Lu venir d'un œil inquiet. Si ce que je raconte en ce moment peut en tirer un seul d'embarras, tout en aidant à nos colonisateurs dévoués, je m'estimerai heureux de cette digression pour vous dire ce qui advint de la famille, nombreuse, henreuse et vaillaute de M. Lalande.

Pendant que je suis au pays du colon, c'est le moment de vous dire que le silo vient admirablement à son secours,

Quand, à la redoutable St Louis, son sarrasin est surpris par la gelée, il le confié le jour même à son silo préservateur, et l'hiver, le bétail mangera tout ensemble paille et grain de cette récolte qui autrement aurait été une perte complète, Si la guette est en baisse, le lait cou lera abondamment,

L'automne, les panaches des navets semés sur /e noir vont grossir la récolte destinée au silo, ‘Tout cela aide grandement le colon dans ces premiers moments souvent durs à passer, au bord de la forêt, surtout s'il n'est pas riche, S'il est arrivé sur son //, n'ayant que sa hache et ses deux bras vigoureux tant que vous voudrez, le silo devient sa banque d'épargne et elle ne lui coûte guère, L'un l'a creusé dans Île sable rouge du côteau, l'autre l'a construit sur le sol, de pièces équarries sur trois faces Moussées dans les interstices ; le tout recouvert de ces auges forestières où de planches rustiques. Le blé d'Inde est cou ché avec soin à la main longitudinalement ; on ne peut encore faire la dépense d'un hache-paille,

M. Lalande a placé son silo comme nous, dans sa spaeieuse grange laquelle entre parenthèse, cette année, n'est plus spacieuse du tout, “ Le silo, me dit-il, m'a permis d'augmenter mon troupeau et il me faut maintenant allonger ma grange pour loger toutes les bêtes que je puis nourrir.” Les tas de fumier grossissent aussi, et ses récoltes en proportion de eette abondance d'engrais, Ainsi tout s'enchaîne pour sa prospérité,

Au moyen du silo, le père de famille déjà sur l’âge, a pu établir sur la terre achetée de /'agent de la Couronne, son fils et sa jeune famille, leur donnant du coup tout le confort de la maison paternelle ; du lait pour les petits enfants dès le commencement, Voici en deux mots l'histoire de cet établissement :

Après avoir été choisir un beau lot dans le bois franc, père, fils et cousin tout sont montés à l'autoinne eferdocher, On revient hiverner au village pour retourner en mars et abattre. La neige disparue, on ewpile. Le feu passé, on choisit le meilleur endroit pour le semis du bléd'Inde et des navets. Le reste du dése /, comme d'ordinaire, est occupé par le sarrasin et l'avoine. On construit ensuite la maison, l’étable et le fourni! en pièces, et les lits carrés et en bois rond pour les petits en fants, car l'on va descendre joyeusement chercher la chère bru dont on s'est bien ennuyé quelque peu.

Voici la sortie d'Egypte ! le grand'père, la grand'mère, les enfants et les petits enfants partent pour la terre promise, emmenant tout le petit roulant, un bœuf, trois vaches, trois moutons, deux jeunes gorets et quelques poules. On arrive sur les bords du lac, au milieu de l'éclaircie ou l'on trouve les grains levés, On les protège par un bout de cloture d'embarras et les bestiaux sont mis au pâturage dans la forêt, où ils trouvent amplement leur nourriture.

Le bon grand'père qui fournit à la jeune famille les aliments néces-

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