JASON ET LES ARGONAUTES
VjRITïas ( dons un Diologue de Platon ) (1) redisant ce que Solon avait raconté à son aïeul des belles connaissances et des plus anciennes Histoires du monde , enseigne que les Prêtres Egyptiens , de qui Solon les avait apprises , avouaient les tenir par tradition de leurs ancêtres , qui les avaient reçues de ceux qui étaient instruits de l'origine et des premières Histoires de l'Univers. Il dit que les premiers hommes et leurs enfans , occupés de la recherche des choses nécessaires et du défaut des commodités de la vie , n'avaient eu ni le soin , ni le loisir de conserver par des Histoires ou par d'autres monumens étendus et réglés , la mémoire exacte et fidèle de ce qui s'était passé de considérable. Ils avaient seulement sanvé de l'oubli, par des traditions confuses , quelques faits éc'.atans et des lambeaux des aventures les plus remarquables , avec quelques noms de personnages illustres. C'est ce qui s'était conservé dans leur postérité : ces noms et un souvenir confus ou des restes altérés des faits les plus célèbres des premiers temps. Aussi Solon se souvenait que dans le récit des plus anciennes Histoires , ces Prêtres nommaient plusieurs personnages des mêmes noms qu'on n'avait connus dans la Grèce que par ceux qui les avaient portés depuis.
Solon remarquait encore que les premiers Egyptiens , qui avaient écrit ces Histoires , et qui les avaient prises d'un autre peuple , et d'une langue différente de la leur, avaient transporté et traduit en leur langue ces mêmes noms en d'autres à peu près du même sens , comme Solon leur avait aussi conservé dans la langue Grecque la même signification qu'ils avaient dans les langues d'où il les avait tirés.
Hérodote , dans son second Livre , nous apprend que cette observation des noms et de leur signification , était même un point de Religion pour les Grecs , à qui l'Oracle de Dodone avait ordonné d'employer , pour les Dieux de leur Théologie et pour ce qui y avait du rapport, les
(1) Dialogue intitulé Critias.
QO CONFÉRENCE DE LA FAÎÏLE , etc.
mêmes noms qu'ils avaient reçus clés Egyptiens et de toutes ces nations qu'ils appelaient barbares. Josèphe, dans son Histoire des Juifs , livre 1. chapitre 5 , rapporte que quelques-uns de ces premiers noms s'étaient conservés cbez les Nations , et que d'autres y avaient été changés , principalement chez les Grecs , qui avaient voulu abolir dans la suite les anciens noms qui leur pnraisaient barbares , pour leur en substituer d'autres en leur langue , en leur conservant néanmoins la signification des anciens.
Ainsi les Grecs , si curieux , dont les Savans allaient puiser dans de longs voyages en Egypte les connaissances de l'antiquité des premiers temps, et qui regardaient les Bibliothèques des anciens écrits , recherchés et ramassés de toutes parts , comme un des plus précieux ornemens de leur pays (i) , avaient composé leurs premières et leurs merveilleuses Histoires fabuleuses , des Histoires les plus éclatantes des Hébreux , qu'une tradition défigurée avait fait passer dans la Grèce , des Egyptiens et des Phéniciens chassés de leur pays par les Hébreux. De ce nombre étaient particulièrement les aventures mémorables de Moïse , de Josué , et du peuple Hébreu sous leur conduite , dans la sortie de l'Egypte , dans le long voyage du Désert , et dans la conquête de la Palestine.
Démétrius , dans Eusèbe (2) , raconte au Roi Ptolémée Phiîadelphe , que des Orateurs Grecs avaient travaillé à travestir en leur langue quelques endroits de l'Ecriture des Juifs : et qu'un Poète tragique de sa connaissance , nommé Théodote , avait voulu accommoder quelques aventures de la même Ecriture , à une Fable de ses Tragédies; mais qu'il n'avait pu la finir, et qu'il avait été obligé de la laisser imparfaite.
L'économie de la longue suite des aventures de Moïse et de Josué , avec l'imitation des noms , fut rapportée et conservée dans la plus ancienne expédition fabuleuse célébrée par les Grecs , qui est celle de la Toison d'or , par laquelle ils ont voulu immortaliser leurs premiers Héros sous le nom d'Argonautes. Ces aventures avaient passé dans la Grèce, comme nous l'avons dit: premièrement , de l'Egypte , par Orphée ; et depuis , de la Pbénicic par Cadmus'et par ceux de sa suite ; car après que Josué se fut rendu maître de la Palestine , Cadmus , avec une troupe de Phéniciens ou Chananéens , fuyant Josué et les Israélites, se sauva en Grèce dans la Béo-
(1) Bibliothecœ , qui proprius est Aihenarum ornalus. ïn Ai'istidis crai. Panalhcnaicâ.
('2) Clmp. 3. du livre 8, de la Préparation Evai)g<jlique.