Orphée et Eurydice; et Simon ide. i/( r
les autres , en noircissent Orphée. Cet horrible trait ne convient nullement à Loth , mais il peint ses concitoyens. Lorsque l'on compare la Fable avec l'Histoire, le rapport consiste tantôt dans une ressemblance directe de la copie avec l'original , tantôt dans une ressernblance qui roule sur des circonstances. Celle-ci est si singulière , et d'ailleurs quadrant si peu avec les autres parties du caractère d'Orphée, représenté sous le langage figuré de la Poésie comme un Législateur respectable , occupé du soin de détourner les hommes du vice et de les porter à la vertu, qu'on ne peut la prendre pour l'ouvrage de l'invention des Poètes , mais plutôtpourun assujettissement à recueillir les restes d'une tradition qui en s' affaiblissant était devenue également désavantageuse à tous les citoyens d'une même Ville.
Comme les Rois du Pont et de Babylone avaient enlevé la femme de Loth , et qu'après avoir été délivrée de leurs mains elle alla à Sodome , qui est une vive image de l'Enfer , on a feint qu'un Aristée , roi d'Arcadie , voulut enlever la femme d'Orphée , et qu'elle fut , dans sa fuite , piquée par un serpent dont la morsure la Conduisit aux Enfers.
La Fable d'Orphée a deux pairies ; la première est sa descente aux enfers: il perça les horreurs qui en défendent l'entrée (0 , et il obtint la liberté de ramener sa chère Eurydice de ces abîmes affreux dont il est défendu de sortir ; mais on joignit à cette faveur la condition de ne se point tourner pour la voir jusques à ce qu'ils fussent assez hors des vallées infernales pour ne pouvoir y porter leur vue. (?) En contrevenant à cette loi , il devait perdre le fruit de la grâce qu'on lui avait accordée.
Dans la seconde partie du tableau , on représente Eurydice déjà sortie des barrières de l'abîme , sur le point d'être rendue en sûreté à la lumière du jour, à la suite de son mari , lorsque celui-ci , par une imprudente curiosité , tourne la tête , pour s'assurer de l'exécution de la promesse qu'on lui avait faite. Dans l'instant qu'il s'est tourné vers sa femme, il lui voit reperdre la vie qu'il venait de lui faire rendre (3) ; ce n'est plus qu'une ombre qui le fait s'épuiser en regrets inutiles.
(1) Tœnarias ctiam fauecs , alta ostia Ditis , Et caliganlem nigrâ formidine lucurh Ingressus , Manesque adiit regemque iremendum ,
Neseiaquc humants precibus ma nsuescerc corda. Virgil. lib. h. Gcorg.
(2) Ne fleelat rctrô sua lamina , donec Aùernas
Exierit miles, aut irrita don a [attira. Ovide, lib. 10. des Métamorphoses.
(3) Uedditaque Eurydice saperas raiicbat ad auras
l/|-2 CONFÉRENCE DE LA. FABLE , etC.
Ces fictions sans fondement ne peuvent avoir été forgées que sur un fond de vérité , dont on voit l'original dans l'Histoire de Lotli et de sa femme.
Elle était enfermée dans Sodome , qui n'a paru qu'un Enfer à ceux qui ont vu le lieu où fut cette Ville infortunée ; les vertus et la justice de son époux , bien éloigné des déréglemens qui y régnaient, furent si agréables à Dieu , qu'avec l'union et le concert de la piété et des prières d'Abraham son oncle , il trouva grâce devant lui. Le Seigneur envoya des Anges pour le retirer avec sa femme de cette Ville condamnée , avant que la pluie de feu et de soufre la réduisît en l'état décrit par tant d'Auteurs, après l'Historien sacré.
Mais cette grâce avait été accompagnée de la défense de tourner la tête vers cette demeure infernale , jusques à ce qu'ils eussent gagné la montagne et fussent hors de cet orage de feu et de soufre. La femme fut trop curieuse et trop impatiente ; elle se tourna vers ce séjour malheureux, où elle entendait un bruit effroyable ; et surle-champ elle perdit le sentiment et la vie ; son corps fut transformé en une statue immobile que tant de gens ont vue plusieurs siècles après. Loth en fut accable de douleur , et se retira sur la montagne qui lui avait été indiquée.
Sur la fin de la fiction on représente Orphée qui haïssait toutes les femmes (2) et qui détournait les hommes de leur commerce : c'est une peinture des débauches infâmes des concitoyens de Loth , comme il a été remarqué.
Ce fut par l'instigation de Bacchus , que des femmes dans leur fureur et dans les ténèbres déchirèrent (5) Orphée; en quoi la Fable semble avoir retenu quelque chose de la dernière aventure de Loth , lorsque ses filles se servirent de son ivresse pour abuser de lui , et pour concevoir à son grand regret deux enfans qui faisaient son supplice , dont la vue et le souvenir déchiraient son cœur, et dont les descendans furent toujours les ennemis irréconciliables du Peuple sorti de la même race que lui.
Ponè sequens , ( namquc liane dederat Proserpina legem , ]
Cùm subita incautum dament ia cœpit amantem,
Ignoscenda quidem , scirent si ignoscere Mânes.
Restitit , Eurydicenquc suam jam lace sut? ipsa ,
Immemor , lieu! victusque animi respexit ,
. ... En iterum crudelia rétro
Fata vocant , conditque natantia lamina somnus. Virgil. 1. II. Geor. (6) En, ait , En lue est vosfri coniemptor , etc. dit une de ces femmes , dans Ovide , à l'entrée du livre 11. des Métamorphoses. (5) . . . Spretœ Ciconum quo munerc maires,
Inter sacra Deâm nocturnique orgia Bacclii ,
Discerptum latosjuvenem sparscreper agros. Virgil. lib. A. Georgw