XX. PHILÉMON ET BAUCIS
J-JA Fable de Philémon et Baucis a assez de rapport avec l'Histoire de Loth sauvé de la ruine de son Pays , et avec la Fable de Simonide que nous venons de rapporter, pour leur être jointe ; on y a mêlé cependant tant de circonstances particulières de l'Histoire d'Abraham, qu'elle paraît y avoir plus d'affinité , et qu'elle mérite de
(1) Valère Maxime , liv. des Exemples mémorables , ch. 8. des Miracles , art. 8. des Etrangers.
(2) Cicer. de Oratore , 11. 352 et 353.
(3) Quintilien , liv. 11. de ses Institutions , ch. 2. de ta Mémoire.
l44 CONFÉRENCE DE LA FABLE, etc.
lui être confrontée séparément, pour se convaincre qu'elle en a été tirée.
Nous allons mettre ici simplement un extrait de la narration qu'Ovide (1) en fait faire par un homme qui en était instruit, pour justifier et inspirer le respect et la crainte qui sont dus aux Dieux.
« On voit , dit-il , au pied d'une colline de la Phrygie , » deux arbres qu'on a enfermés d'une muraille. J'ai été » sur les lieux ; je les ai vus , ( dit celui qui fait ce ré- » cit. ) -Il y a auprès un lac , qui était autrefois une terre » habitée. Jupiter et Mercure , sous la figure d'hommes , » vinrent visiter ce Pays. Ils furent à la porte de mille » maisons voir si l'on voudrait les y recevoir. Ils furent » rebutés partout ; il n'y eut qu'une seule petite maison » d'un bon vieillard, appelé Philémon, et d'une bonne » vieille sa femme , appelée Baucis , où ils furent reçus » avec joie. Ces bonnes gens avaient passé ensemble » une vie sage et pieuse ; ils étaient sans enfans , et se ser- » vaient eux-mêmes , sans chagrin et sans murmure. » Ils marquèrent à leurs hôtes leur empressement, et » dès que ces Dieux déguisés furent entrés dans leur » cabane , ils leur présentèrent les meilleurs sièges » qu'ils avaient ; ils allumèrent du feu ; ils préparèrent » ce qu'ils purent cueillir de meilleur dans leur jardin , » et s'empressèrent de tuer quelque volaille qu'ils avaient » conservée ; ils les entretenaient cependant pour leur » faire attendre plus doucement le repas ; ils l'apprêtè- » rent eux-mêmes le mieux qu'ils étaient capables de le » faire ; ils ajustèrent et couvrirent les lits de ce qu'ils » avaient de plus propre ; ils firent chauffer de l'eau » pour leur laver les pieds. T'jut cela était accompagné » d'un air qui marquait la Jjonne volonté de ces sages » vieillards.
» Après le repas , les ï)ieux se firent connaître pour » ce qu'ils étaient ; ils déclarèrent au mari et à la femme » qu'ils allaient châtier et faire périr tout le Pays de » leur voisinage , à cause de l'impiété de ses habita ns , » et qu'ils seraient les seuls sauvés de cette ruine géné- » raie ; qu'il fallait promptement sortir de leur maison , » et les suivre sur une montagne voisine. Ils ne perdi- » rent pas le temps. A peine étaient-ils arrivés vers le » milieu de la montagne , qu'ils virent tout le Pays sub- » mergé et devenu un lac , à l'exception de leur petite » habitation. Ils étaient, d'un côté, pénétrés de douleur, » pour la perte des gens de leur Pays ; et de l'autre , » ravis d'admiration et de reconnaissance pour leur » conservation. Ils craignaient encore et se répandaient
(!i) Au 8. liv. des Métamorphoses.