‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 4 sur 63 · Des Sibylles. [\i · texte numérisé non relu

Des Sibylles. [\i

On a de tout temps été persuadé que parmi ces prédictions de la Sibylle , il y en avait sur la venue du Messie ; et, s'il pouvait s'y en être glissé quelques-unes de supposées , on ne peut contester celles qui ont été citées daus le temps que les livres des Sibylles étaient entre les mains de tout le monde , et qui n'ont pas été contredites par ceux -mêmes auxquels on les opposait alors.

On ne peut non plus attaquer celles qui ont été consignées dans des ouvrages des Païens antérieurs à la naissance de Jésus-Christ. Rien ne peut être plus exact que la manière dont saint Augustin et Lactance , entre autres , en ont écrit.

« Les Sibylles , dit celui-ci (1) , sont célébrées par tous » nos Anciens , comme des Prophétesses que Dieu avait » envoyées aux Gentils ; mais comme il s'est trouvé de d fausses prédictions insérées sous leur nom ; parmi les » leurs , il ne faut recevoir que celles qui sont confir- » mées par le témoignage non suspect de quelque Au- » teur ancien , et nous rejetons les autres. »

Saint Augustin (2) veut bien abandonner les témoignages des Sibylles en faveur de Jésus - Christ et du Christianisme , qui ne seraient appuyés que sur la foi des premiers Chrétiens , comme si l'on pouvait former contre eux tous les soupçons injurieux de les avoir supposés et appuyés par faiblesse ou de mauvaise foi. » Mais les témoignages pris des ouvrages incontestables » des Païens, qui étaient, avant l'accomplissement des » prédictions , tels qu'ils sont entre les mains de tout le » monde, nous suffisent, (dit ce Docteur incompara- » ble , ) parce que les Auteurs qui en font foi , les rap- »> portent contre leurs sentimens et avec uue répugnance » manifeste , avant même qu'il y eût des Chrétiens. » La critique la plus bizarre ne peut demander plus d'exactitude qu'on en voit dans le raisonnement et les sentimens de ces grands hommes , qui ne peuvent être méprisés que par ceux dont ils ne sont pas connus.

Pour se fixer sur ce point , il n'y a qu'à lire les endroits de Cicéron et de Virgile qui contiennent ces témoignages. Cicéron enseigne sérieusement et avec chagrin : « Que ceux qui étaient chargés de rapporter et d'expliquer » au. Sénat les livres de la Sibylle , devaient y déclarer, » ( ce qu'on ne pouvait ni croire ni concevoir , ) Que ces » livres ordonnaient de reconnaître et d'appeler Roi , » -celui qui était le véritable Roi , si l'on voulait être

(1) Dans le liv. 8. de ses Institutions Chrétiennes.

(2) Au ch. m. du liv. 18. de la Cité de Dieu. ^ **

[\1 CONFÉRENCE DE LA FABLE , etc.

» sauvé. (1) Ce que Cicéron trouve ne pouvoir convenir » à aucun homme , et encore moins à son temps ; et il » est d'avis que les Pontifes suppriment et empêchent » qu'on ne lise ces livres , qui tendaient à introduire de » nouvelles Religions , et qu'ils ne souffrent pas qu'on » y propose un Roi, dont ni les Dieux ni les hommes ne » pourraient souffrir l'établissement dans Rome. » Ce qui lui fait trouver ou fausse, ou incompréhensible, cette prédiction qu'il ne peut d'ailleurs contredire.

En effet , elle ne pouvait être expliquée et comprise que par la naissance miraculeuse du Sauveur, dont le temps était fixé fort près de celui où Cicéron écrivait ; en quoi nos Prophéties et celle de la Sibylle convenaient parfaitement avec l'événement. Elle ne pouvait avoir aucune autre juste application.

Virgile donne aussi la torture à son esprit , et épuise vainement la licence de la Poésie , pour détourner le sens de la même ou d'une semblable prédiction de la Sibylle. « On touche , dit-il , au dernier âge auquel ces » prédictions se terminent, après lequel on verra renaî- » tre et renouveler entièrement tout l'univers ; le com- » mencement d'un âge d'or sera le fruit d'une Vierge ; » et un nouvel homme et une nouvelle race d'hommes » doivent descendre du haut des Cieux ; il effacera les » taches de notre crime , et en purgera la terre ; il aura » une vie divine ; il fera jouir les gens de bien de la » société des Dieux, et gouvernera l'Univers dans une » paix parfaite. (2) » Le Poète fait ensuite une description de ces temps heureux, dans le sens de celles qu'en font nos Prophètes , et il ajoute quelque épithète, ou quelque mot du sien , pour en prétexter un rapport imagi-

(1) Sibyllœ versus observamus , quos Ma furens fudisse dicitur. Quorum interpres nuper falsa quœdam hominum fama dictants in Senatu putabatur , eum quem rêver à Regcm liabebamus , appetlandum quoque esse Regem , si suivi esse vcllemus. Hoc , si est in libris , in quem hominem, et in quod tempus est ?... Quamobrem Sibyliam quidem sepositam et conditam habeamus , ut id quod proditum est à major ibus injussu Scnatus ne legantur quidem libri , volcanique ad deponendas potiùs quamad suscipiendas religioncs ; cum antistitibus agomus , ut quidvis potiùs ex Mis libris , quàm regem proférant , quem liomce postliac , née dii nec Iwmincs esse patientur. Cicero , de clivinat. lib. 2. art. 110 , 111 et 112.

(2) Ultima Cumcei venit jam carminis œtas; Magntis ab integro seclorum nascitur ordo ; Jam redit et Virgo , redeunt Saturnin régna ; Jam nova progenies cœlo démit titur alto....

Te duce , si qua manent sceleris vestigia nostri

Irrita, perpétua. solvent formidine terras.

Ille deûm vllam accipiet , divisque videbit

Permixtos heroas , et ipse videbit ur Mis ;

Paeatumque reget patriis virtutibus orbem. Ecloga û. s

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