‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 5 sur 63 · Des Sibylles · texte numérisé non relu

Des Sibylles

nairc avec la naissance du fils dePollion, à qui, par flatterie, il a dédié cette Eglogue. On ne peut pas douter qu'il n'ait adouci et retranché de cette prédiction ce qu'il pouvait le moins détourner et appliquer à un hoinme , quelque grand qu'il voulût le peindre ; cependant, en y laissant ce qu'il a cru pouvoir le mieux plier à ses vues , il n'a pu l'approprier à son sujet. Le juste rapport de ce que nous venons de voir de Virgile et de Cicéron , avec la naissance du Messie, saute de lui-même aux yeux, et n'a pas besoin de réllexions recherchées pour le justifier.

L'Empereur Constantin , dans le beau discours (1) qu'il prononça dans l'Assemblée de l'Eglise , emploie et explique de même ces endroits de Cicéron et de Virgile, comme des preuves non suspectes et incontestables de la prédiction de la Sibylle pour la naissance de Jésus-Christ.

Tacite, dans sa descripiion du Siège de Jérusalem; conte des prodiges surprenans qui le précédèrent, « dont » peu de gens, dit-il, étaient surpris , sur ce qu'on était » généralement persuadé , par des Prophéties répan- » dues partout, qu'environ ce temps-là l'Orient devait » devenir illustre par-dessus tous les autres Pays , et en » particulier que c'était de la Judée que devait sortir le » Maître de l'Univers, (a) » Suétone en dit autant. (5)

Voilà comme les prédictions de la Sibylle étaient, d'un commun aveu, conformes à celles de nos Prophètes; comme Dieu avait éclairé sur ce point capital ceux qui étaient ensevelis dans les ténèbres du Paganisme (4) ; et comme il y faisait éclater des signes de ce grand Mystère. (5)

Quoique Tacite et Suétone veuillent faire l'application de ces Prophéties à Vespasien , comme Virgile l'a voulu pourPollion , il est évident qu'il n'y a aucune apparence à ces prétentions , et que les sens et les termes de ces prédictions ne peuvent souffrir cette violence. Vespasien n'était ni Juif, ni même de l'Orient, d'où devait venir le grand Personnage prédit : il était Romain ; et aucune partie de ces prédictions ne peut convenir qu'au Messie.

(1) Rapporté par Eusèbe , chap. 19 , 20 et 21.

(2) Pluribus persuasio inerat , antiquis saccrclotum Utteris conti~ neri , co ipso tempore fore, ut valescerct Oricns , profectique Judω rerum potirentur. Au livre 5. de l'Histoire de Tacite ,n. 13.

(3) Precrebuerat. Oriente toto vêtus et constans opinio esse in fatis , ut eo tempore Judœâ profecti rerum potirentur. Suétone , au chap. lt. de la Vie de Vespasien.

(Û) Populus qui ambulabat in tenebris , vidit lucem magnam; habilaniibus in regione timbrée mortis , lux orta est cis. Ch. 9. d'Isaïo , v. 2.

(5) Et elevabit sigiiwni in nationibus procut. Au chap. 5. du même Prophète, v. 20.

44 CONFÉRENCE DE LA FAELE , etc.

Après cela , qu'on rejette , si l'on veut, les autres Prophéties attribuées aux Sibylles sur la naissance de Jésus- Christ ; il n'y a rien à perdre pour ce qu'on veut établir de la Sibylle , ni à gagner pour ceux qui veulent les rejeter, sous prétexte qu'elles ne sont pas appuyées de témoignages non suspects.

On voit bien que le temps marqué par ces grandes Prédictions était à peu près celui que ces Auteurs désignaient et il ne serait peut-être pas hors d'apparence de penser que les Démons , sur la connaissance de ces Oracles dont ils n'étaient pas les auteurs , avaient avec soin préparé leurs artifices , pour leur donner quelque couleur grossière de rapport en faveur d'un de ceux qui étaient superstitieusemeni attachés à leurs culte , tel que fut Vespasien. Ils pouvaient avoir obscurci la vue d'un homme; avoir, dans un autre , embarrassé le mouvement d'une main ; pour les guérir ensuite en présence de cet Empereur , de la façon que nous l'avons remarqué , et pour faire croire qu'il opérait ces miracles. En amusant ainsi les yeux du vulgaire , ils voulaient le détourner de chercher ailleurs l'accomplissement de ces Prédictions qui faisaient du bruit dans tout l'univers.

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