‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 45 sur 63 · Iphiçènie , et Idométiée. iG · texte numérisé non relu

Iphiçènie , et Idométiée. iG

quelles les Filles d'iraël célébraient tous les ans la mort de la fille de Jephté.

Cette Biche ou cette Ourse ont été imaginées sur les courses que la fille de Jephté fit durant deux mois sur les montagnes et dans les forêts, qu'elle remplissait de regrets sur elle etsur sa famille, de mourir sans postérité.

Les Dieux, après cette obéissance rendue à leurs ordres , donnèrent aux Grecs un départ heureux (1) et une glorieuse victoire.

La raison et le succès du Sacrifice, ce Sacrifice même, ou l'enlèvement de ces Princesses sur le point d'être immolées , la figure de Biche courant dans les forêts et sur les montagnes, leur retraite dans un Temple pour y être consacrées le reste de leurs jours au service divin , sont d'une môme origine ; le fruit de ce Sacrifice fut également une grande victoire , et la raison en avait été un vœu imprudent , fait par les pères de ces célèbres victimes.

C'est ce qui a été copié aussi fidèlement dans la Fable d'Idoménée, Roi de Crète, moins diversifiée dans les différens Auteurs qui l'ont rapportée , et qui roule chez tous , d'une manière uniforme , sur un vœu tout-à-fait semblable à celui de Jephté. Rien ne peut approcher de la représentation qui est faite de cette Fable dans l'incomparable ouvrage des Aventures de Télémaque , qui s'est si fort élevé au-dessus de celui {2) des Aventures d'Ulysse son père.

La ressemblance de cette copie avec son original est si sensible , que plusieurs l'ont reconnue ; nous n'en rapporterons que les traits essentiels , sur lesquels on peut aisément la conférer avec l'original.

Idoménée , Roi de l'Ile de Crète , et l'un des Princes Grecs qui étaient au fameux Siège de Troie , s'en retournant après le siège fini , fut surpris par une tempête si furieuse , que les plus habiles Pilotes désespéraient de pouvoir éviter le naufrage. En cet état, où l'on ne se voit aucune ressource humaine , on a recours au Ciel ; chacun faisait des vœux , et Idoménée adressant les siens au Dieu de la mer , lui promit solennellement que s'il lui procurait le retour dans son Ile , il lui sacrifierait la première personne qui s'y présenterait devant lui.

Sur la nouvelle de son arrivée, le plus empressé , pour aller au-devant du Roi , fut son fils. Ce Prince infortuné

(1) Acceptant venlos à tergo mille carinœ ,

Mullaquc pevpcssœ Pkrygiâ poliunlur arenà. Ovid. Metamarph.' lib. 12. v. 37.

(3) L'Odisscc d'Homère.

l66 CONFÉRENCE DE LA. FABLE, etC,

se présenta le premier aux yeux de son malheureux père , qui ne pouvant le regarder , et fuyant sa vue, fut quelque temps sans oser lui apprendre le malheur commun, qui faisait sa tristesse : après l'avoir déclaré, il voulut se percer lui-même de son épée. Les assistans arrêtèrent sa main ; ils lui représentèrent ensuite que pour satisfaire a une promesse imprudente , les Dieux ne pouvaient agréer qu'un père donnât la mort à son fils , et qu'on pouvait les apaiser par d'autres sacrifices. Le fils cependant faisait voir une constante résolution de mourir pour dégager la promesse de son père ; et pour détourner de sa tête la vengeance du Dieu méprisé. Idoménée prend un moment qu'on le laissait libre, et plonge son épée dans le cœur de son fils ; on retient encore sa main qui tournait l'épée contre luimême.

Après ce coup dénaturé , la fureur le saisit. Ce Roi auparavant très-sage ne sait pendant quelque temps ce qu'il fait ni ce qu'il dit. Les Dieux eux-mêmes se déclarent contre un sacrifice si impie , par une peste qu'ils envoient dans cette lie ; le peuple frappé d'horreur pour cette barbarie , de pitié pour le fds poignardé , et de crainte pour les marques de l'indignation divine, ne reconnaît plus son Roi et ne veut plus lui obéir. 11 n'y a de salut pour lui qu'à quitter la Crète et à remonter sur ses vaisseaux , accompagné de ceux qui lui étaient demeurés fidèles. Enfin revenu à lui-même, il aborde en Italie , où il fonde un nouveau Royaume , contraint de quitter celui que sa naissance et les lois de son Pays lui avaient donné après Minos et Deucalion son aïeul et son père.

Virgile a conté comme ce roi avait été chassé de son Royaume (1), et qu'Enée apprit que le Trône en était vacant. Télémaque parcourant les mers , pour chercher son père, trouva la Crète dans cet état, et les Cretois occupés à s'élire un Roi à la place d'Idoménée.

Otez les épisodes , les ornemens et les suites de ces Fables , le fond et l'essentiel ne sont que la copie de l'Histoire de Jephté.

(1) Fama volât pulsum regnis cessissc paternis Idomenea ducern , desertaque littora Cretœ ; Hoste vacare domos , sedesque adstarc rclictas. JEneid. lib. 3. v. 121.

CONFÉRENCE DE LA FABLE , etc. 1G7

Page 1