‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 46 sur 63 · XXIV. SENNACHÉRIB · texte numérisé non relu

XXIV. SENNACHÉRIB

L'histoire de Sennacbérib Roi des Assyriens , et la défaite miraculeuse de son armée sans combat et sans aucun accident naturel , sont si fort au-dessus du cours de la nature , que leur établissement sert à confirmer la foi due à l'Historien qui les rapporte avec toutes les merveilles de la toute-puissance de Dieu , opérées en faveur de son Peuple contre les ennemis de son culte.

Ce puissant Roi , dont le nom signifie glaive et destraction , après avoir détruit le Royaume d'Israël , fit des conquêtes dans la Syrie, dans l'Ethiopie et dans l'Egypte, fondit sur le Royaume du pieux Ezéchias Roi de Juda , en attaqua toutes les Villes fortes pour se rendre ensuite maître de Jérusalem. (1) Ezéchias , hors d'état de résister à une si grande puissance, subit les conditions que ce fier conquérant lui voulut imposer , afin qu'il se retirât, comme celui-ci le lui promit, moyennant trois cents talens d'argent et trente talens d'or : mais après qu'Ezéchias eut épuisé tous ses trésors et ceux de la Maison du Seigneur pour payer cette somme , Sennachôrib , loin de tenir sa promesse , envoya une armée formidable assiéger Jérusalem et sommer Ezéchias de se rendre.

11 lui fit représenter que pour se défendre , il ne pouvait se confier ni en ses forces, ni en aucun secours humain ; que le Roi d'Egypte son allié , sur l'appui duquel il avait pu compter , n'était en comparaison du grand Roi des Assyriens que comme un roseau cassé , avec lequel il se briserait lui-même, s'il voulait s'y appuyer.

Ses envoyés ajoutaient qu'Ezéchias devait espérer aussi peu du secours de son Dieu , que de celui des hommes ; que ce Dieu n'avait pas plus de pouvoir de le protéger contre les forces de leur Roi , que les Dieux des nations en avaient eu pour les garantir du joug qu'elles avait subi ; enfin après bien des blasphèmes contre le Dieu des Juifs , ils conclurent , avec menaces , qu'Ezéchias et son Peuple n'avaient d'autres ressource , pour éviter leur entière ruine, que de se rendre à Sennachérib.

Ezéchias consterné avec tout son Peuple , s'étant couvert d'un sac pour implorer la miséricorde de Dieu qui

(1) Vers l'ail du monde 3270 ou 3280.

l68 CONFÉRENCE DE LA FABLE , etC.

était tout leur recours , entra dans le Temple , et députa ses plus considérables Officiers avec les anciens des Prêtres , revêtus aussi de sacs , vers Isaïe Prophète du Seigneur ; ils lui exposèrent leur triste état , les menaces de Sennachérib et ses blasphèmes contre le Seigneur Dieu, et lui demandèrent de prier ce Seigneur tout-puissant, leur protecteur , pour le salut de son Peuple et pour la gloire de son nom.

Isaïe répondit à ces députés , que le Seigneur leur ordonnait de ne point craindre les forces , les menaces ni les blasphèmes du Roi des Assyriens , qui serait bientôt réduit à se retirer chez lui , où. même il périrait par le glaive.

En effet , Sennachérib ayant dans le même temps appris des nouvelles de l'Ethiopie unie à l'Egypte , qui l'obligeaient de tourner ses forces de ce côté-là , voulut presser l'expédition contre Jérusalem ; il députa de nouveau à Ezéchias , avec les mêmes menaces et les mêmes blasphèmes contre le Dieu auquel tout Juda se confiait. Ezéchias rentra dans le Temple , exposa à Dieu l'affliction de son Peuple, leur unique confiance en sa puissante protection si souvent éprouvée , et l'intérêt de la gloire de son Nom ; il le pria de faire voir qu'il était le Dieu vivant , et le seul Dieu, assis sur les Chérubins, le Dieu des Rois aussi-bien que du reste des hommes : et juon semblable aux faux dieux des nations que le Roi des Assyriens avait détruites.

Isaïe envoya dire à Ezéchias , que Dieu avait entendit sa prière, qu'il abattrait bientôt celui qui osait, avec tant d'insolence , lui insulter à lui-même et au Peuple qu'il protégeait (i) ; qu'il ferait voir que cet orgueilleux tenait de lui sa puissance et tout ce qu'il était ; qu'il le mettrait hors d'état de faire aucun mal à Jérusalem, et de tirer une seule flèche sur cette Fille ; et qu'enfin Sennachérib , sans y entrer , serait forcé de se retirer avec confusion.

L'effet suivit de près ces promesses ; la même nuit le Seigneur envoya un Ange qui frappa de mort cent quatre-vingt-cinq mille Assyriens dans leur camp. Sennachérib , au point du jour , ayant vu tous ces cadavres étendus sur la terre , se retira au plus vite à Ninive dans ses états , où peu de temps après il fut tué par deux de ses enfans , lorsqu'il sacrifiait dans le temple à son Dieu Nesroch.

Cette merveille de la toute-puissance du vrai Dieu est si éclatante et si magnifique , qu'étant établie elle ne laisse aucune ressource à l'incrédulité pour douter de

(1) Au k. livre des Rois , ch. 18 et 19.

a4- Sennachérib. iûg

toutes les autres merveilles qui sont rapportées dans nos saints Livres.

Cette Histoire est confirmée par le monument authentique qui la représentait , et que le premier des Historiens (i) atteste qu'on voyait encore de son temps , près de trois cents ans après ce grand événement (2) ; c'était, dans un temple d'Egypte dédié à Vulcain, une Statue de pierre du Roi Sennachérib, qui tenait un rat en sa main, avec cette inscription : Qui que tu sois, apprends , en me regardant , à craindre les Dieux.

Tous ceux qui ont lu cet endroit d'Hérodote , ont été bien persuadés que c'était la même aventure de l'Histoire rapportée dans la Sainte Ecriture. C'est le même nom de Sennachérib Roi des Assyriens , le même temps, et une semblable déroute de l'armée de ce Prince. Hérodote fait le Prince assiégé Prêtre de son Dieu, parce qu'on l'avait confondu avec Isaïe , qui dans l'Histoire Sainte est uni au Roi Ezéchias. Ce sont clans l'une et l'autre Histoire , la piété , les prières et l'état de ces Princes , qui obligèrent leur Dieu à les délivrer miraculeusement. On voit même dans l'Histoire véritable les Egyptiens mêlés avec les Juifs. Une si parfaite ressemblance ( avec la Statue et l'inscription ) n'a pas laissé lieu de douter que dans l'original et dans la copie ce ne fût le même événement. Mais les traditions populaires ne conservent jamais la pureté de l'Histoire ; elles ne manquent pas d'y mêler de quoi l'altérer et la corrompre.

Les Egyptiens, pour s'en faire honneur, l'avaient transportée chez eux ; car, outre qu'ils étaient alliés des Juifs , et particulièrement unis à eux contre le Roi des Assyriens qui étendit ses conquêtes dans la même guerre sur les uns et sur les autres , ils avaient presque autant d'intérêt que les Juifs à cette défaite de Sennachérib , qui se disposait à marcher contre eux avec toutes ses forces , après qu'il aurait pris Jérusalem.

Hérodote rapporte donc, comme il l'avait appris des Prêtres Egyptiens , ( suivant une tradition corrompue par l'intervalle de près de trois siècles , et par une mauvaise explication de l'inscription hiéroglyphique de la Statue , ) queSéthon , Roi d'Egypte et Prêtre du Dieu Vulcain, se vit abandonné de tous les gens de guerre de son Royaume et sans aucun secours , lorsque le Roi Sennachérib vint envahir l'Egypte avec une armée nombreuse. Alors privé de tout moyen de se défendre, il se retira dans le Temple où était la Statue de son Dieu ; il y fit ses lamentations sur son état déplorable , et demanda

(1) Hérodote , en son Hv. 2.

(2) Vers l'an du monde 3540.

I^O CONFÉRENCE DE LA FABLE, etc.

avec des gémissemens le secours de la Divinité qu'il servait : le Dieu, qui en eut pitié , lui apparut , et lui promit son secours. Avec cette confiance il s'avança , accompagné seulement d'un petit nombre de gens qui n'avaient jamais porté les armes ; et quand les ennemis furent près , une multitude innombrable de rats vinrent dans leur camp, et rongèrent toutes leurs flèches , leurs arcs et leurs boucliers ; si bien que le lendemain ce qui se put sauver de cette nombreuse armée (dont la plus grande partie avait péri) étant sans armes, fut obligé de prendre la fuite. "Voilà ce qu'Hérodote conte de la tradition des Egyptiens , pour l'explication de la Statue de Sennachérib et de l'inscription qu'elle portait.

Cette Histoire , qui est la même que celle du Sennachérib de notre sainte Ecriture , est défigurée , parce qu'on n'a pas considéré ou entendu le symbole hiéroglyphique que la Statue tient clans sa main.

Il est assez connu que les Egyptiens , entre les autres Peuples , s'expliquaient, (particulièrement pour ce qui regardait la Religion, ) dans des monumens publics et durables , par des caractères et des symboles hiéroglyphiques qui leur étaient propres. Diodore (1) enseigne que leurs premiers caractères n'étaient pas composés de lettres et de syllabes , mais de la représentation de divers animaux, ou des membres du corps humain , ou des instrumens des arts. Dans le traité de la Philosophie mystique des Egyptiens , donné sous le nom d'Arislote (2) , il est attesté que c'était l'usage des Chaldéens et des Egyptiens. On trouve dans Phérécide de Syros (3) , maître de Pythagore, et dans Hérodote (4), qu'un Roi des Scythes avait envoyé à Darius , qui avait passé le Danube avec une armée pour venir l'attaquer dans ses Etats , ces symboles au lieu de lettres : un Rat, une Grenouille , un Oiseau , et cinq Flèches ; ce qui fut. expliqué par un Mage qui était auprès du Roi des Perses , en cette manière : Si nous ne nous cachons sous ta terre comme des rats , ou sous les eaux comme les grenouilles , ou si nous ne nous envolons comme des oiseaux, nous serons percés par leurs flèches. On désignait notoirement la terre par le symbole des rats. (5) Ainsi ce Rat , dans les mains de la Statue de Sennachérib , signifiait probablement que son armée avait été

(1) Apud eos litteraria , non compositions syllabarum , scd dcscriptàrum imaginian signifwatu. Vers le commencement du liv. 3. de la Bibliothèque historique de Diodore.

(2) Chap.-lS. du livre \L\.

(3) Rapporté par S. Clément , au livre 5. des Stromatcs. (li) Au l\. livre d'Hérodote.

(5) Mures terram dénotant.

i[\. Sennachêiïb. i~]i

abattue et mise par terre , par la puissance du Dieu qu'il avait méprisé, et que son exemple enseignait de craindre , comme l'inscription le criait à tous ceux qui voyaient ce monument. C'est ce que la tradition populaire avait corrompu dans la succession des temps , en y mêlant par l'ignorance , ou par l'oubli du hiéroglyphe , une multitude de rats pour ronger et rendre inutiles les armes de l'armée de Sennachérib. Dans le fond l'effet serait le même , mais une pareille explication change le sens véritable du monument , conforme à l'original de l'Histoire. Les rats signifiaient donc , ou être cachés dessous , ou être étendus sur la terre.

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