XXV. LES CHANGEMENS DU COURS DU SOLEIL
J jES Egyptiens avaient aussi conservé dans leurs antiques traditions la mémoire et les vestiges de deux grands prodiges arrivés l'un en faveur du Roi Ezéchias (i) , et l'autre en faveur de Josuô Chef des Israélites. Ce Roi étant si malade qu'on désespérait de sa vie , îsaïe, pour l'assurer de sa guérison miraculeuse, qu'il lui promettait de la part de Dieu , obtint que ce Roi , ( comme il l'avait souhaité , ) verrait le Soleil rétrograder de dix degrés , contre son cours ordinaire , et que son ombre retournerait en arrière d'autant de lignes sur les cadrans. Ezéchias fut en même temps guéri ; il alla au Temple en rendre grâces à Dieu , et vécut encore en paix quinze années après.
Ce prodige put être remarqué partout ; on aperçut le Soleil revenir et prendre son cours du couchant , comme s'il s'y était levé, et rebrousser vers le levant, comme s'il devait s'y coucher. (2) Le Soleil remonta de dix degrés , par lesquels il était déjà descendu. Le Roi de Sabylone tnvoya des Ambassadeurs (5) à Ezéchias, pour s'instruire particulièrement avec lui du prodigieux changement qu'on avait vu dans le Ciel , et qui avait surpris toute la terre.
Dieu avait fait un prodige de même espèce en faveur et sur l'ordre de Josué (4) , qui par sa seule parole arrêta le Soleil et la Lune pour avoir le temps d'achever la défi) Chap. 20. du liv. A. des Rois.
(2) Isaïe , chap. 38. v. 8.
(3) Ut interro garent de porlcnlo quod déciderai super terrain. 2. Paralip. c. 32. v. 31.
(4) Chap. 10. v. 12. de Josué.
I72 CONFÉRENCE DE LA FABLE , elC.
faite des Amorrhéens , contre lesquels il combattait à la tête du Peuple de Dieu ; ces astres , alors immobiles durant douze heures , firent durer ce jour autant que deux jours ordinaires ; si bien qu'il semblait que le Soleil , comme il fit depuis pour Ezéchias , eût de même reculé durant six heures , et fût revenu dans autant de temps au même point où il s'était arrêté ; sans que cela apportât clans ces deux occasions aucun changement aux choses de la terre , qui semble cependant dépendre si fort du cours des astres.
La mémoire en est gravée dans les traditions anciennes des Egyptiens , qui confirment la foi de ces prodiges par l'attestation de témoins qu'on ne peut soupçonner de vouloir favoriser les Juifs et relever leur gloire.
Hérodote ( liv. 2. ) rapporte que ces traditions des temps reculés , que les Egyptiens donnaient à leur nation , portaient qu'on y avait vu le Soleil changer quatre fois son cours ; c'est-à-dire , aller deux fois se coucher vers l'endroit où il se lève ordinairement, et se lever autant de fois du côté où il a accoutumé de se coucher , sans que ce renversement eût produit aucun changement sur la terre , ni sur les eaux , sans qu'il eût causé des morts ni des maladies ; et il joint ce récit immédiatement à celui du monument de Sennachérib , comme ils se suivent dans l'Histoire Sainte.
Solin (1) Polybistor dit de même que les Egyptiens tiennent des anciennes traditions de leurs ancêtres , qu'ils ont vu autrefois coucher le Soleil où il se lève, et se lever où il se couche. On ne peut souhaiter des témoignages plus authentiques , pour confirmer la vérité de ces prodiges et la foi de nos Saintes Ecritures.