‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 50 sur 63 · XXVIII. DES SACRIFICES · texte numérisé non relu

XXVIII. DES SACRIFICES

Uieu n'avait pas besoin de Sacrifices. Il ne les a voulus , que pour donner aux hommes ce moyen de reconnaître sa souveraineté sur toutes ses créatures , par cette marque de leur soumission et par l'aveu de leur néant devant lui : il ne pouvait donc les agréer qu'autant qu'ils étaient accompagnés de la fidélité et de la bonne volonté de ceux qui les lui offraient. C'était, ceux-là dont il déclare que l'odeur lui était agréable ; mais lorsqu'ils lui étaient offerts par des esprits révoltés contre lui , ou par des cœurs corrompus, il les rejetait, et il proteste par ses Prophètes, qu'iis lui étaient en abomination. (1) C'est de là qu'un des sages Législateurs Païens (2) , Zaleucus deLocres, disciple de Pythagore, qui avait si long-temps étudié sous les Prêtres Egyptiens les connaissances que ceux-ci tenaient des Hébreux, avait pris ce qu'il inséra dans ses lois : «Que ce n'était pas par des sacrifices somp- » tueux, mais par la justice et par la probité, qu'on » pouvait se rendre les Dieux favorables. »

C'est particulièrement par les Sacrifices , que le Démon a voulu , pour ainsi dire , contrefaire Dieu et s'attirer le culte qui n'est dû qu'à la Divinité , en se faisant rendre par les hommes cette reconnaissance de leur soumission et de leur dépendance. Si les hommes n'eussent premièrement sacrifié au vrai Dieu Créateur, par son inspiration et par son ordre ; ni les hommes ne se seraient jamais avisés de cette espèce de culte pour leurs fausses Divinités , ni les Démons n'auraient pu avoir le désir ni la pensée de porter les hommes à leur offrir des Sacrifices. Ils ne pouvaient les ambitionner , comme l'a remarqué saint Augustin dans son merveilleux ouvrage de la Cité de Dieu (3) , que parce que ce culte reconnaissait la souveraineté du Maître auquel on le rendait. Aussi les Démons n'étaient pas délicats sur les dispositions de ceux qui leur sacrifiaient ; au contraire , ils témoignaient agréer et désirer de préférence les Sacrifices des hommes les plus dépravés et les plus scélérats. Ils en inspiraient , ou en ordonnaient , pour les desseins les plus mau-

(1) Quô milii multitudinem victimarum ? Nolui , etc. Inccnsum abominatio est mihi. Isaïe , ch. 1. Victhnœ impiorum abominabiles Domino. Prov. 15. v. 8.

(2) Rapporlé au livre 12. de la Bibliothèque de Diodore de Sicile.

(3) Non ob aliud fallaccs Dœmones superbe sibi sacrificia exigunt , nisi quia vero Deo ileberi sciunt ; non enim cadaverinis nidoribus sed divinis honoribus gaudent. De Civilate Dei , lib. 10. c, 1°

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vais et les plus impies. Ils voulaient enfin , de ceux qu'ils tenaient dans leur esclavage , des Sacrifices , nonseulement contre la piété , mais encore contre l'humanité, en se faisant immoler même des hommes. Ce sont les suites de la corruption de la vérité et de la Religion.

L'Histoire Sainte nous fait connaître l'origine des Sacrifices ; elle est presque aussi ancienne que celle de l'univers , et remonte aux premiers hommes qui ne pouvaient s'être égarés du véritable culte , ni méconnaître Dieu qui leur faisait la grâce de leur parler encore familièrement. Caïn fils d'Adam , qui s'adonna à la culture de la terre , offrait au Seigneur les prémices des fruits qu'il recueillait. Abel son frère, qui s'était fait pasteur de brebis , lui sacrifiait des premiers nés et des plus gras de ses troupeaux. Le Seigneur qui discernait les dispositions intérieures de ces deux frères , témoigna qu'il agréait les Sacrifices d'Abel , en les consumant par le feu qu'il envoyait du Ciel comme pour en faire monter l'odeur vers lui ; et qu'il n'était pas satisfait de ceux de Caïn , sur lesquels il ne faisait pas descendre ce feu du Ciel. C'est le sentiment commun des Commentateurs de l'Ecriture et des Pères de l'Eglise , fondé sur le témoignage que Dieu donna depuis en plusieurs occasions d'éclat en faveur des Sacrifices quand il voulut faire connaître qu'il les agréait. C'est ce qu'on voit clans le Lévitique (1) , clans les Livres des Paralipomènes (2), et dans le troisième Livre des Rois. (5)

Quand les eaux du déluge se furent retirées , Noé , au sortir de l'Arche , offrit en holocauste au Seigneur, sur un Autel qu'il lui éleva , des animaux et des oiseaux de chaque espèce, de ceux qui n'étaient pas réputés immondes. (Zi)

Abraham , dans le temps duquel il n'y avait pas encore de Loi écrite , offrait aussi des Sacrifices d'animaux ; et après que Dieu content de sa soumission , l'eut arrêté sur le point d'immoler son fils , ( suivant l'ordre qu'il ne lui en avait donné que pour l'éprouver , ) il sacrifia en holocauste , au lieu de son fils , un bélier que Dieu fit trouver devant lui. (6)

Job de même , avant la Loi écrite , après que ses enfans avaient fait des festins entre eux, offrait pour eux des holocaustes à Dieu. (6) C'étaient des Sacrifices de bêtes qu'on faisait toutes consumer par le feu; c'est ce que signifie le mot Grec Holocauste.

(1) Li'vi tique, chap. 9. v. 24.

(2) 1. Liv. ch. 21. v. 26. et 2. liv. ch. 7. V. 1.

(3) Liv. 5. des Rois , ch. 18. v. 38.

[h) Au 8. ch. de la Genèse , v. 20 et 21. (5) Au 22. ch. de la Genèse , v. 13.

(0) Chap. 1. de Job , v. 5.

a8. Des Sacrifices. 19 c

Il est très-vraisemblable que, dès le temps d'Abraham , les Sacrifices s'étaient aussi introduits avec l'Idolâtrie dans les \atious en l'honneur des faux Dieux qu'elles adoraient; et sans doute dès que le Démon eut pu faire abandonner à quelques hommes le culte cl la connaissance même de Dieu, pour se faire honorer au lieu de lui sous diverses figures , il ne tarda pas à usurper et à se faire déférer l'hommage des Sacrifices, parce que les hommes , portés par leur nature même à la Religion , ne pouvaient se passer d'un culte extérieur , sans le secours duquel le Démon n'aurait pu les retenir dans leurs égaremens. Or il ne pouvait mieux faire que par l'imitation du même culte que Dieu s'était fait rendre depuis le commencement du monde , et que la tradition enseignait aux Nations avoir été rendu à celui qu'on avait reconnu pour l'Auteur et le Maître de toutes les créatures.

Moïse, Législateur des Juifs , trouva donc l'usage des Sacrifices établi non-seulement chez les Hébreux descendans d'Abraham, habita ns de l'Egypte depuis trois siècles, mais aussi parmi les Egyptiens d'origine. Cela paraît en ce que les Hébreux mêmes , dès qu'ils furent dans le désert et que la retraite de Moïse sur la montagne put leur faire penser qu'ils ne le reverraient plus , immolèrent des victimes à la Statue du Veau qu'ils avaient fait fondre , comme ils l'avaient vu pratiquer dans l'Egypte. (1) Mais par les lois que Moïse donna à ce Peuple , telles qu'il les recevait de Dieu même (a) , il régla l'usage de ces Sacrifices, afin qu'il fût constant, et qu'on ne put ni y ajouter ni en retrancher.

Il les commanda premièrement de la part de Dieu par cet ordre : Vous ne vous présenterez pas devant moi les mains vides (5) , dit le Seigneur. Ensuite il leur prescrivit toutes les règles et les cérémonies des Sacrifices desquelles ils ne devaient pas se départir. Ce qu'il ne fit pas pour leur en donner de nouvelles , mais pour fixer celles qui étaient déjà en usage parmi eux, que leurs prédécesseurs avaient reçues par la tradition et observées religieusement , et pour les prémunir contre les altérations dont les Nations idolâtres avaient corrompu ce qu'elles avaient emprunté de la vraie Religion. (4) U n'y a que le Dieu des Juifs , le seul vrai Dieu.

(1) Au 32. ch. de l'Exode.

(2) Au 12. du DeutOronome , v. dernier.

(3) Non apparebis in conspeetu mco vacuus. Exod. c. 23. v. 15.

(k) Hic est Detis noster , et non œstimabitur alias adversus eum. Hic adinvenit omnem viam disciplina , et iradidil illam Jacob puero sua, et Israël dilecto suo. Post hœc in terris visas est , et cum hominibas conversât us est. Baruch , cap. 3. v. 30 et scq.

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qui soit l'auteur de la Religion et qui ait enseigné les règles du culte qui lui est du. Il en a donné lui-même la connaissance à la race d'Abraham et à son Peuple élu , et il est ensuite venu converser avec les hommes , dit le Prophète Baruch.

Ainsi, bien loin de copier les Egyptiens, qui n'étaient eux-mêmes que des copistes du divin modèle , Moïse défendit expressément à son Peuple d'imiter leurs cérémonies dans les Sacrifices et dans tous les;exercices de la Religion. Vous ne sacrifierez, leur dit-il (1), ni suivant l'usage des Egyptiens parmi lesquels vous demeuriez , ni comme vous verrez faire dans le Pays de Chanaan où je dois vous établir, et vous ne vous conformerezni à leurs règles ni à leurs coutumes. C'est pour vous en préserver , et pour vous distinguer de ces Nations , que Dieu vous donne par ma bouche ces saintes Lois.

Pour se convaincre qu'il n'établissait rien de nouveau et qui ne fût conforme à ce qui avait été pratiqué de tout temps par ceux qui avaient conservé la pureté du culte du vrai Dieu , il suffit de remarquer la distinction des animaux mondes et immondes dans le Sacrifice que Noé fit après le Déluge , de même que Moïse la règle par ses Lois. (2) Dieu avait ordonné à Noé de faire entrer dans l'Arche un bien plus grand nombre d'animaux et d'oiseaux mondes propres à être sacrifiés , que d'immondes (5) ; et quand il sortit de l'Arche , il les sacrifia suivant cet ordre. (4) Ainsi non-seulement les Sacrifices , mais également leurs règles , précédaient de tous les temps la Loi de Moïse.

On voit aussi par-là qu'il n'y a pas raison de penser qu'on n'ait immolé des animaux qu'après le Déluge , et lorsqu'on a commencé d'en manger , puisqu'Abel immolait des premiers nés et de la graisse de ses troupeaux; ce qui peut être confirmé par cet endroit de l'Apocalypse , où le Sacrifice du Divin Agneau , figuré par ceux de l'Ancien Testament, est dit avoir commencé dès l'origine du monde. (6)

Noé, sortant de l'Arche , immola des animaux immondes en holocauste (6) ; et dans ce temps les bommes n'étaient pas encore dans l'usage de manger des animaux ; ce ne fut par conséquent ni après l'usage de la

(1) Juxta consuetudinem Terrœ Mgypti , in quâ habitastis , non facietis ; juxta morem Regionis Chanaan , ad quam ego introductarus sum vos, non agetis , nec in legit irais corurn. ambulabitis. Ch. 18. du Lévitique , v. 3 et 12.

(2) Chap. 11. du Lévitique.

(3) Chap. 7. de la Genèse , v. 2.

[h) Chap. 8. de la Genèse.

(5) Agni qui occisus est ab origine mundi , Apocalyse , ch. 15. V. 8. (0) Genèse , ch. 7.

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