‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 53 sur 63 · Des Sacrifices · texte numérisé non relu

Des Sacrifices

lion , et ils distinguaient ceux qu'on était obligé d'offrir pour des crimes commis par ignorance et sans dessein. Nous en avons des exemples dans ceux que Jason offrit à la mère des Dieux après la mort de Cyzicus Roi des Dolions , qu'Apollonius de Rhodes (1) fait tuer par Jason dans un combat de nuit qu'ils donnèrent entre eux sans se reconnaître , pour avoir occasion de faire expier ce meurtre involontaire et d'en faire purger Jason par des Sacrifices. De môme , dans Hérodote (2) , Adraste Prince Phrygien ayant tué sans dessein et par accident un de ses frères , et ayant été chassé de son Pays, va à la Cour de Crésus Roi des Lydiens , afin de se faire purger de ce meurtre involontaire. On en voit d'autres exemples pris sur l'Original sacré , qui avait fait la distinction des Sacrifices ordonnés pour l'expiation de ces fautes d'ignorance.

Les cérémonies et toutes les sortes de Sacrifices, selon les différentes occasions , rapportées par Denys d'Halicarnasse (3) telles que les pratiquaient les Romains , qui , dit-il , les avaient apprises des Grecs , comme il en a fait la remarque , et qu il a retrouvées pour la plupart dans plusieurs endroits d'Homère (4) , sont conformes à celles des Juifs ordonnées par Moïse et réglées suivant leur ancien usage dans le Livre du Lévitique. Il en est de même des purifications et des lustrations des Prêtres et de ceux qui offraient ou faisaient offrir des Sacrifices.

La loi des Holocaustes dans le Lévitique , a été la règle des mêmes Sacrifices parmi les Païens : toute la victime devait être consumée par le feu, sans qu'on en réservât rien. Mais sans s'arrêter aux autres ressemblances de cette espèce , examinons ce qu'il y a de plus singulier dans les cérémonies et dans l'usage des Sacrifices et du culte divin. La conformité des copies avec l'Original établira d'une manière encore plus convaincante qu'elles ont été prises sur le divin modèle et sur les usages de la Religion des Juifs.

Par la Loi de ce Peuple (5) il devait y avoir devant l'Autel un feu perpétuel que les Prêtres étaient obligés d'entretenir. De même les Prêtres de Delphes étaient obligés d'entretenir un feu perpétuel dans ce Temple ; (Plutarque (6) nous l'apprend; ) et les Vestales avaient

(1) Dans son Poème des Argonautes , liv. 1. et suivans*

(2) Hérodote , liv. 2.

(3) Livre 7. de ses Antiquités , vers la fin. [h] Au 1. et au 2. livre de l'Iliade.

(5) Au 16. cb. du Lévitiqne , v. 12 et 13.

(6) Au commencement du Traité sur le mot El.

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à Rome le même emploi , comme on le voit dans Virgile (1) et dans tous les Historiens.

Les Prêtres du vrai Dieu ne devaient pas approcher d'un lieu où était un cercueil , ni toucher le corps d'un homme mort (2) ; ou s'ils l'avaient fait , ils devaient se purifier. Ainsi il était défendu aux Prêtres des Idoles de regarder un cadavre (3) ; et si cela leur était arrivé , ils devaient se purifier, avant de reprendre leurs fonctions.

Le Prêtre ne pouvait se revêtir de ses orneméns sacerdotaux ni toucher les choses saintes , qu'après s'être lavé. (4) De même les Païens n'offraient des Sacrifices qu'après s'être lavés. « Je ne puis sacrifier ni porter les » mains sur ce qui est sacré, qu'après m'être lavé avec » de l'eau pure , dit Enée (5) ; » et Didon à sa nourrice : « Faites venir ma sœur pour offrir un Sacrifice , et » qu'elle s'y dispose en se lavant tout à l'heure dans » de l'eau de la rivière. (6) » Le Prince Turnus se dispose de même à faire ses offrandes aux Dieux. (7)

On employait chez les Hébreux les cendres d'une génisse qui avait été consumée par le feu de l'holocauste, pour purifier les hommes en répandant ces cendres sur eux. (8) Cet usage avait été conservé par les Païens ; et à Rome la plus ancienne Vestale , après avoir immolé des veaux et les avoir fait consumer dans le feu , purifiait le Peuple avec la cendre qu'elle répandait sur lui. (9)

Tous ceux d'une même Tribu s'assemblaient pour faire conjointement des Sacrifices solennels , comme l'usage en est marqué dans les Livres des Rois. (10) De même à Rome, ceux d'une même famille faisaient des fêtes communes pour sacrifier aux Dieux qu'ils reconnaissaient pour leurs protecteurs ; ce qui était marqué par le nom qu'ils avaient, donné à ces Sacrifices, (11)

Il est ordonné par Moïse (12) de la part de Dieu, que

(1) JEtcrnumque adytis effert penctralibus ignem... Enéide , liv. 2. Centum aras posuit vigilemque sacrauerat ignem. Enéide, liv. Û.

(2) Exod. c. 23. et Levitic. c. 21. v. 2 et 11.

(3) Fenestella , cap. 1. de flamine diali. Lucien , de la Déesse de Syrie.

(Il) Cum lotus fuerit, induetur. Lévitique , ch. 16. v. 5.

(5) Donec me flumine vivo ablucro. Enéide, liv. 2.

(6) Die corpus properet fluviali spargere lympliâ. Enéide , liv. û.

(7) Ibid. liv. 9.

(8) Cinis vitulœ aspersus inquinatos sanctifient ad purificaiioncm carnis. Epître aux Hébreux, c. 9. v. 13.

(9) lgnc cremat vitulos , quœ natu maxima virgo est.

Lace palis populos purget ut ille cinis. Ovid. au !\. liv. des Fastes , v. 637.

(10) Liv. 1. des Rois , eh. 20. v. 6.

(11) Proxima cognati dixere Caristia cari ;

Et venit ad socios turba propinqua Deos. Ovide , au 2. liv. des Fastes.

(12) Au 5. des Nombres , v. 14 et suivans ; et Josèphe , liv. 3. ch. 10.

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si un mari soupçonne sa femme d'infidélité , il peut l'obliger d'aller devant le Prêtre, qui , après un Sacrifice , lui fera boire de l'eau avec des imprécations , et si elle est coupable , elle en recevra sur-le-champ une punition éclatante. De là est pris ce qu'on lit dans Diodore, (liv. 1. ) qu'auprès d'un Temple de la Sicile, dédié aux Dieux du Pays , étaient des lacs d'une eau bouillante dont on faisait boire à ceux qui étaient accusés ; ensuite on les faisait jurer sur la vérité du fait dont on les accusait , et s'ils juraient faussement, leur parjure était accompagné d'une punition subite du Ciel. Aristote, en son traité des choses merveilleuses , et Macrobe en ses Saturnales ( ch. 17. ) , attestent ce prodige. Pline ( liv. 31. c. 2. ) en rapporte autant de semblables eaux près d'un temple de la Bithynie ; et après eux Alexandre d'Alexandre (0 dans ses curiosités.

De ce qu'il était défendu au Pontife de découvrir sa tête (2) , les Sacrificateurs Païens tenaient aussi leur visage couvert , comme Virgile (5) le remarque d'Hélénus qui sacrifiait ; d'où on leur avait donné le nom de Flamen , à cause du voile qui leur couvrait la tête , dit Fenestella. (4) H leur était défendu d'avoir la tête découverte , dit encore Pomponius Lœtus. (5) Comme dans la Loi de Moïse (6) les Prêtres ne pouvaient épouser que des Vierges , il était de même ordonné aux Prêtres Païens de prendre des femmes qui n'eussent pas été mariées. (7)

La fille d'un Sacrificateur convaincue d'avoir péché contre son honneur , était brûlée toute vive parmi les Juifs. (8) Ainsi à Rome les Vierges Vestales étaient pour un pareil crime enterrées toutes vives. (9)

La défense faite aux Prêtres Païens (10) de se servir de la farine qui eût été mêlée avec du levain , était prise de semblables défenses faites pour les Prêtres et les Sacrifices des Hébreux. (n>

Dieu , pour éprouver et rassurer Abraham (12) , lui fit couper en deux une vache , une chèvre et un bélier qu'il devait immoler , lui en fit séparer les parties en les pla-

(1) Alexander ab Alexandre , Genialium dierum , lib. 5. c. 10.

(2) Pontifex caput suum non discooperiat. Levit. c. 21. c. 10.

(3) Purpureo velare comas adopcrtus amictu. Enéide , liv. 3.

[h) Dictas Fiamcn quod capiie velato erat. Fenestella , de Sacerdot* Roman, c. 5. de Flamiue Diali.

(5) De Sacerdotiis , cap, de Flaminibus. (0) Chap. 21. du Lcvitique.

(7) Aulu-Gelle, liv. 10. ch. 15. Alexand. ab Alexand. liv. 6. ch. 12,

(8) Chap. 21. du Lévi tique, v. 9.

(9) Fenestella , de Vestalibus.

(10) Aulu-Gelle , liv. 20. ch. 15.

(11) Au ch. 23. de l'Exode, et au ch. 2. du Lévitique.

(12) Chap. 15, de la Genèse.

îiO^ CONFÉRENCE DE LA FABLE , etc.

çant également de chaque côté , le lit passer 'bu milieu entre ces parties divisées , et lui fit voir en cet état ce qui devait arriver à sa postérité. Ce n'est que de là qu'a pu être pris par les Païens Grecs et Romains l'usage de couper en deux parties égales les victimes , et de passer au milieu de ces divisions.

Dictys de Crète (1) représente Agamemnon qui partage l'hostie qu'il devait immoler, en place les parties séparées vis-à-vis l'une de l'autre, et marche au milieu d'elles ; il décrit ensuite une pareille cérémonie dans un Sacrifice , pour confirmer par la religion un traité entre les Chefs des Grecs et ceux des Troyens.

Quoique l'ouvrage de cet Auteur passe pour supposé , cet endroit fait cependant foi pour les usages des Païens. Ce même usage est attesté par Tite-Live et par Plutarque. (2)

Dieu faisait quelquefois descendre le feu du Ciel sur les victimes qui lui étaient offertes , dans des occasions où sa sagesse et sa puissance trouvaient à propos de se manifester , comme on le voit dans le Lévitique (3) , dans les Paralipomènes (4) , et comme il le fit en présence dit Roi Achab dans le célèbre défi que le Prophète Elie donna aux quatre cent cinquante Prêtre de Raal. (5) Les Païens n'ont pas négligé de copier un endroit qui leur a paru et qui est en effet si merveilleux.

Pausanias (6) raconte que dans deux villes de la Lydie il y a deux Temples, et sur leurs Autels des cendres d'une couleur différente de celle des cendres ordinaires ; et que le prêtre ( qu'il appelle un Magicien ) y étant entré , et ayant placé du bois bien sec sur le foyer , après avoir mis la tiare sur la tête , invoque je ne sais quel Dieu , récite quelques mots d'enchantemens en langue barbare inconnue aux Grecs ; après quoi le bois s'allume de lui-même, sans qu'on y ait porté du feu; ce que cet Historien croit être un effet de la magie. (7)

La magie consistait apparemment ea ce que les cendres n'étaient pas encore bien éteintes ou cachaient du feu , ce qui leur donnait cette couleur singulière.

Telle était la supercherie où les Prêtres avaient été réduits pour imiter le feu miraculeux descendu du Ciel dans les occasions que nos saints Livres rapportent.

Solin (8) , de même , conte qu'il y a dans la Sicile une colline consacrée à Vulcain , où, après que les Sacrifica-

(1) Liv. 2. de son Histoire de la guerre de Troie.

(2) Livre 39. des Questions Romaines de Plutarque.

(3) Lévitique , ch. 9. v. 2û.

(ft) Livre 1. des Paralip. ch. 21. v. 26. et liv. 2. ch. 7. v. 1.

(5) Livre 3. des Rois , ch. 18. v. 38.

(6) Pausanias , dans lesEliaqucs, sur la fin. , ,

(7) Non tamenmagorum artis cvpcrs. Pausanias, au môme endroit»

(8) Polyhistor , c. 11. de Sicilià.

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