‹ Conférence de la fable avec l'histoire sainteChapitre 55 sur 63 · Des Sacrifices · texte numérisé non relu

Des Sacrifices

ce second Roi augmenta beaucoup ce culte et tout ce qui en dépendait , qu'il y ajouta et le fixa par des règles écrites. C'était aussi une opinion commune , que Kuma était très-instruit des livres et de la religion des Juifs (1), parce que les Peuples d'Italie avaient eu bien des liaisons avec les Grecs et avec les Pbéniciens ; que ce Roi s'était fait une étude de recbereber de tous côtés ce qui regardait les religions , et qu'on aperçoit des conformités considérables dans la religion Romaine avec la Juive, outre ce qu'il avait renfermé dans les livres de la Sagesse , qu'il fit ensevelir avec lui , et dont nous avons déjà parlé.

Denys d'Halicarnasse , dans l'endroit que nous en avons cité (2) , rapportant les solennités observées par les Romains dans leurs Sacrifices , et après avoir montré qu'elles étaient les mêmes que celles des Grecs , conclut celte description par un raisonnement très-juste , et par lequel nous devons aussi conclure ce que nous avons prétendu établir par tous les rapports que nous venons d'observer « Ce seul argument , dit-il , me per- » suade et me convainc , que les Romains sont descen- » dus des Grecs , que leurs premiers fondateurs étaient » Grecs et avaient porté à Rome leurs observances et » leurs cérémonies ; parce qu'autrement ils auraient » bien pu rencontrer dans quelque petite partie des » observances et des cérémonies qui eussent quelque » ressemblance avec celles des Grecs ; mais il n'est pas » croyable qu'ils les eussent rencontrées et copiées dans » toutes ces parties et dans toutes ces circonstances. »

Nous devons conclure par ce même raisonnement, ( outre les autres raisons que nous en avons données,) qu'une aussi grande conformité dans le fond essentiel et dans un si grand nombre de singularités des Sacrifices ne peut venir que de ce que les usages et les cérémonies des Egyptiens , des Grecs et des Romains ne sont que des copies un peu défigurées des usages et des lois des Sacrifices ordonnés aux Hébreux , d'abord sans loi écrite, ensuite par les lois que Dieu donna à Moïse et qu'il fit écrire pour eux , afin qu'ils n'y pussent rien changer par la succession des temps et par leur mélange avec les autres Peuples.

Saint Justin , dans cette belle Apologie qu'il présenta à l'Empereur Antonin le Pieux , attribue de même les cérémonies des Païens dans le culte de leurs Dieux, à l'artifice des Démons qui ont voulu copier celles du culte

(1) Suivant le témoignage de S. Clément, «apporté ci-devant.

(2) Livre 7. sur la lin.

STO CONFÉRENCE DE LA. FABLE , CtC.

qu'on rendait au vrai Dieu. C'est ce qu'il est aisé de sentir et de connaître ; c'est , comme nous l'avons vu , ce qui a paru de môme à saint Augustin , et à tous ceux qui ont voulu et qui veulent l'examiner avec une attention sérieuse accompagnée de bonne foi.

.€>@®®®®®®®®®®®®®®®©®®®®®®®®®©®e®®®©©f> XXIX. DES AUGURES.

JLe Collège des Augures était à Rome le corps de la plus grande considération et de la première dignité. Ils étaient réellement les maîtres des Magistrats , des Rois et de toutes les grandes affaires de la paix et de la guerre, puisqu'on ne pouvait les résoudre ni les entreprendre que d'après leurs réponses. Ils déclaraient les volontés des Dieux, les secrets du Destin, les évenemens futurs qui dépendent de mille causes étrangères et inconnues , et ils faisaient profession et semblant de prendre ces réponses et la connaissance de l'avenir , de la diversité du vol , et du chant des oiseaux , de leur manière de manger, et des entrailles des bêtes.

Cicéron , qui était de ce corps , nous enseigne (0 ce que nous devons penser et ce qu'ils pensaient eux-mêmes de leur profession. Il ramasse le jugement qu'on en doit faire dans ce bon mot de Caton : « Qu'il ne pouvait pas » comprendre comment deux Augures qui se rencon- » traient pouvaient s'empêcher de rire l'un de l'autre. »

On ne peut non plus mieux faire concevoir le ridicule de cet art, dont on se servait pour gouverner le Peuple , que par la discussion que cet Orateur philosophe en fait.

« Quelle relation , dit-il , peuvent avoir le fiel , le foie » et le poumon d'un poulet et d'un taureau , avec le gé- » nie Divin qui conduit toutes choses , avec tous les » hommes de différentes nations , et avec tous les acci- » de n s d'où dépendent les succès d'une guerre, d'une » négociation , ou de quelque autre entreprise , et quelle » connaissance de l'avenir en doit-on attendre ?

» Ne pourrait-on pas trouver les parties de ces ani- » maux belles et saines , et en même temps celles d'un » autre défectueuses ou corrompues ?

» Dans le même animal , si un homme qui l'a choisi » trouve le foie ou le cœur gâté , un autre les aurait-il » trouvés sains et entiers ?

» Mais , ajoute Cicéron , combien avons-nous de ré- » ponses des Augures, fausses, et qui toutes nous ont

(1) Lib. 2. de Divinat. cap. 5.

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