Des Augures
» trompés dans celte guerre civile , dont elles nous pro- » mettaient un succès tout différent ?
» Il est vrai, dit -il encore (1) , que la raison et » l'expérience ont bien détrompé les hommes de ces » erreurs , niais la religion , la politique , la coutume , » l'autorité du Collège des Augures en ont soutenu » l'usage auquel nous sommes soumis , pour ne rien » changer à l'ancienne religion , qui contient le Peuple , » et pour conserver le gouvernement établi.
Tel est le témoignage de Cicéron ; témoignage irréprochable et de la plus grande autorité , dont l'aveu démontre que les Augures faisaient profession de répondre sur l'avenir d'après les lumières qu'ils disaient tirer des entrailles des bêtes , du chant et du vol des oiseaux, quoique obligés de confesser qu'ils n'y pouvaient trouver aucune ombre de connaissance soit naturelle , soit artificielle , encore moins inspirée, d'autant que les objets de leur culte n'étaient que des divinités chimériques. Aussi serait-il inconcevable comment l'idée de découvrir l'avenir par une voie si éloignée aurait pu naître dans l'esprit des premiers qui feignirent de s'en servir et qui osèrent la proposer, s'ils n'y eussent été conduits par quelque exemple et soutenus par quelque autorité. N'eût-il pas été plus naturel de consulter les astres , quelques phénomènes , ou même les élémens répandus dans tout l'univers , plutôt que le vol des oiseaux et les entrailles des bêtes ?
Mais on découvre la raison et l'origine de cette pratique dans un fait véritable pris de l'histoire d'Abraham, d'où l'on peut par conséquent se persuader que les fausses religions l'ont empruntée , suivant leur usage de former mille superstitions ridicules sur les anciennes traditions altérées.
Aussi tous les Auteurs reconnaissaient (2) que cet art prétendu des Augures était premièrement venu du Pays des Chaldéens , d'où il avait passé aux Egyptiens , ensuite aux Grecs , et par-là aux Toscans ( qui étaient des Grecs amenés dans l'Etrurie par Tyrrhénus , fils d'Atys , Lydien ; ) enfin de ces derniers aux Romains. (5) Ceux-ci faisaient profession de reconnaître les Toscans pour leurs maîtres dans cet art ; ils envoyaient leurs jeunes
(1) Errabat multis in rébus antiqultas , quas vel usu jam , vel doctrine! , vel aatiqu.it ate immutatas videmus. Retinentur autem, , et ad Opinionem vulgi, et ad magnas utilitates Reipub. mos , religio , disciplina ,jus Auguvum , Collegii aucloritas. Cicero , lib, 2. deDiviuatione, O. 70 el 71.
(2) Cicero, lib. 2. de Divinat. in princip. Herodotus , in Eulcipe. Diotivs. Ilalicarn. lil>. 1. versus fiuem , el H!>. 2.
(3) FeueslelJa, de Saccrdotib. Roman, cap. l\. Pomponius Lxtus, daHouiunis Magistrat, et Sucerdot. can. de Aueur»
2 12 CONFÉRENCE DE LA FABLE, etc.
gens les plus qualifiés en Toscane pour l'apprendre (i) ; ils avaient eux-mêmes fait une loi expresse (2) d'avoir recours aux Augures Toscans dans les cas difficiles et qui embarrassaient les Romains. Cet usage est attesté par Lucain. (3)
Dcnys d'Halicarnasse nous apprend , au commencement de son premier livre des Antiquités Romaines , sur le témoignage des plus anciens écrivains , que Rome et l'Italie étaient composées originairement de nations Grecques qui s'y étaient établies en divers temps ; que les premiers étaient venus d'Arcadie sous OEnotrus , et qu'ils avaient porté les religions et le culte des Grecs dans l'Italie , où ils avaient été perfectionnés. Justin (4) assure que les Grecs avaient occupé , non-seulement une partie , mais presque toute l'Italie ; et Jules Africain, qui vivait dans le troisième siècle, raconte dans sa Chronique rapportée par Eusèbe (5), que les Athéniens étaient une colonie des Egyptiens.
i Mais ce que Pline (6) et Alexandre d'Alexandre (7) nous enseignent , nous conduit plus avant dans les connaissances que nous cherchons. Ils rapportent que les Cariens furent les premiers des Grecs qui apprirent de leur Roi Car ou Caras , l'art des Augures par le vol des oiseaux. Or Hérodote , dans son second livre , nous apprend que les Cariens avaient envoyé et établi des colonies en Egypte , et Bochard (8) fait voir qu'un des premiers établissemens des Phéniciens fut dans la Carie , dont le nom et celui de Car , qu'ils donnent à leur Roi , est Phénicien et veut dire agneau ou bélier , de la grande quantité des troupeaux dont cette Province abonde. Ainsi l'on voit commentée sont les usages des Egyptiens et des Phéniciens , qui ont passé aux Grecs parles Cariens.
Elien;ditque les Barbares ( parmi lesquels il compte les Egyptiens ) enseignent qu'il y a des Dieux , dont la providence veille sur nous , et qui , par leur bonté pour les hommes , leur font part de la connaissance de l'avenir par le ministère des oiseaux, par les entrailles des bêtes , etc. Mais Hérodote assure encore plus précisément , que tout l'art de la Divination était venu des Egyptiens , ainsi que les assemblées , les pompes et les
(1) Strabon , liv. 5. de sa Géographie.
(2) Alexander ab Alexandro , lib. 5. in princip.
(3) Hoc propter plaçait Tascos de more vetusto Acciri vatcs. Pharsal. lib. 1. v. 58Zi.
[h] Au commencement du livre 20 de son Histoire.
(5) Livre 10. de la Préparation Evangélique , ch. 13.
(6) Pline , liv. 7. ch. 56.
(7) Alexander ab Alexand. gcnialium dier. lib. 5. cap. 13.
(8) In Chanaan , lib. 1. c. 7.