Des augures. ai
cérémonies de la religion , et que c'est des Egyptiens que les Grecs les avaient apprises. (1)
La véritable Religion nous apprend que c'est Dieu, Seigneur du Ciel et de la terre , qui est l'unique auteur et la cause universelle de tout ce qui se fait dans la nature , et que la puissance qu'il a communiquée aux créatures se réduit à produire certains effets parleur entremise et leur application , suivant les règles générales qu'il a établies ; mais il interrompt ou cliange ces règles quand il le juge à propos, et il produit des effets différens à l'occasion des choses qui , suivant l'ordre commun , n'y ont aucun rapport, afin de convaincre les hommes qu'il est l'auteur et le maître de ces règles générales qu'on appelle la nature. Ce sont alors des miracles qui prouvent la puissance surnaturelle et divine.
Ainsi Dieu voulant fortifier la foi d'Abraham, qui lui demandait quelques signes pour avoir l'assurance des grandes et incroyables promesses qu'il lui faisait (2) , daigna lui montrer que ce qui paraissait au-dessus des forces de la nature ne lui était pas impossible , et qu'il n'avait aucun besoin du secours des causes naturelles. Prenez , lui dit-il, une vache, une chèvre , an bélier , tous de l'âge de Vois ans , avec une tourterelle et une colombe. Abraham prit ces animaux, il partagea, comme il lui était ordonné , les trois premiers par le milieu , il disposa à ses côtés les parties semblables de chacun l'une vis à vis de l'autre , mais il ne partagea point la tourterelle ni la colombe, et il empêcha que les oiseaux de proie qui vinrent fondre sur ces bêtes mortes ne les entamassent. Au coucher du Soleil , Abraham s'endormit , et fut saisi d'une horreur violente et d'épaisses ténèbres , dans lesquelles Dieu lui apparut , lui parla , et lui fit voir dans l'avenir que sa postérité serait comme exilée et asservie dans une terre étrangère durant quatre siècles , après lesquels Dieu châtierait le Peuple qui l'aurait tenue en servitude et la tirerait de leurs mains riche et puissante ; que pour lui il mourrait en paix dans une heureuse vieillesse , et que sa quatrième génération viendrait s'établir dans la terre de Chanaan où il était. Après le coucher du Soleil il s'éleva un brouillard obscur, dans lequel Abraham vit un four qui fumait et une lampe allumée qui passait dans le milieu , et qui séparait les parties des animaux. Alors Dieu renouvela ses promesses , fit alliance avec Abraham , qui fut ainsi confirmé dans les espérances que le Seigneur lui avait données.
(1) Est divinandi in temples ratio ab JEgypto adscita ; ipsi igitur Mgyptii exstiterunt principes conventus et pompas et conciliabula factitandi , et ab iis Grœci didicevunt. JUerodote , liv. 2. n. 58.
(2) Chap. 15. de la Genèse.
2l4 CONFÉRENCE DE LA FABLE, etc.
Voilà la source véritable et unique d'où l'Esprit de séduction qui tenait les Nations dans l'idolâtrie , leur a fait puisser l'idée qui n'aurait jamais pu naître d'ellemême dans l'esprit des hommes, de chercher la connaissance de l'avenir dans les entrailles des bêtes et dans le vol , le chant et le manger des oiseaux. Elle est la même dans la copie défigurée et dans l'Original , dans la Fable et dans l'Histoire sacrée , mais ridicule et inconcevable dans celle-là , très- raisonnable et divine dans celle-ci.
Au surplus , Dieu défendit par sa Loi (1) toutes sortes d'augures et de divinations , soit par les songes , soit pat toute autre pratique.
On ne doit pas attribuer à aucune espèce d'augures l'observation des jours qu'on comptait pour malheureux, auxquels les Romains n'osaient entreprendre rien de considérable, ils n'avaient la faiblesse de les craindre , que parce qu'en de pareils jours ils avaient souffert des pertes et qu'il leur était arrivé des disgrâces. (2)