MÉDÉE
Moi 1 Moi, dis-je, et c'est assez.
Cette tragédie de Mcdée, qui est la première tragédie de Pierre Corneille, est également la première de ses pièces qui ait trouvé grâce devant Voltaire.
Dans la fameuse édition de Kohi en 1704, publiée par lui au profit de la petite nièce de l'illustre poète dramatique, l'inexorable commentateur rejette dédaigneusement à la fin du dixième volume, derrière et après les œuvres de Thomas Corneille, toutes les comédies premières de son grand aîné.
Il donne pour raison de sa sévérité que « Corneille n'est point un grand homme pour avoir
fait de mauvaise>^ comédies, bien moins mauvaises que celles de sou temps, mais pour avoir fait des tragédies infiniment supérieures ».
Eh ! non ! sans doute, Messieurs, ce n'est pas par Mélite, ce n'est pas par Clitandre, ni par La Veuve, ni par La Galerie du Palais, que Corneille est monté au rang suprême qu'il occupe dans notre littérature nationale. Mais notre littérature nationale n'a atteint les sommets où l'ont élevée Molière, Racine et Corneille lui-même que grâce aux échelons successifs primitivement franchis par le maître incontestable et osons le dire par le père du théâtre français. Cela méritait mieux, je crois, que cette méprisante relégation et le médiocre auteur de Nanine,
(« — Non, il n'est rien que Nanine n'honore », — )
de V Enfant prodirjue, du Dépositaire, de VI ndiscret, du Comte de Boursoufle et de tant d'autres pochades encore plus oubliées, n'était peut-être pas très qualifié pour refuser aux productions initiales du glorieux précurseur la place et le rang qu'elles sont en droit d'occuper.