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l’on torturait, que l’on crucifiait par caprice et par plaisir. Pour eux, aucune jouissance, aucun droit. Devant les lois, ils ne pouvaient mi plaider, ni obtenir justice, ni être époux, ni pères. Ils ne vivaient que pour souffrir ; les brutes elles-mêmes n'étaient point si cruellement traitées. Pour exprimer leur abjection profonde, la langue latine créa les expressions les plus barbares. [Le maître pouvait sans crainte assouvir sur eux toutes ses féroces passions. Un mot de
sa part suflisait pour les envoyer au dernier supplice.
— Une croix pour cetesclave,lisons-nous dans Juvénal.—Mais par quel crime a-t-11 mérité ce châtiment ? Où sont les témoins? où est la plainte ?—11 n’a rien fait; n'importe. Je veux qu’il meure, je l’ordonne :
ma raison, c’est que je le veux :
Nic volo, sic jubeo, sit pro ratione voluntas, ®
Et c’est ainsi, messieurs, que nobles, sénateurs,
philosophes et poètes traitaient des millions de créa-
(1) Plagipatidæ, ferritribaces viri.
(2) J'uv., VI, 219-223.
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tures douées d’une âme immortelle. Rappelez-vous que le Sénat de Rome ne permit jamais aux esclaves de porter un habit spécial: il craignait qu’ils ne vinsent à se compter, et que de ce moment, ordre public
ne fût compromis.
Je ne poursuivrai pas ce navrant tableau. Cependant, il faut bien signaler encore Îles combats de gladiateurs, ces délices du peuple romain. Représentez-vous ces jeunes hommes pleins de force et de vie, la fleur de l’Afrique, de la Germanie et de la Thrace. Ils venaient dans le cirque saluer César avant de mourir: “ Ave Cesar, morituri te salutant ; ” puis ils s’en allaient lutter contre d’autres hommes, ou des bêtes furieuses. Et la foule battait des mains,
lorsqu'elle les vovait tomber baïgnés dans leur sang !
Quelles mœurs, grand Dieu! et quel abîme où viennent s’engloutir les plus beaux sentiments de
l’Ame humaine !
J'en ai dit assez, messieurs ; il me tarde de vous faire contempler un spectacle plus honorable pour l'humanité, et plus consolant pour nous. Ce temps de dégradation profonde, et d’humiliant égoïsme ne devait pas durer. Il était résolu aux conseils éter-
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SUR LA CHARITÉ 37 nels que, dans le cours des âges, brillerait une ère de réhabilitation pour les pauvres, les enfants, les malades, les vieillards et les esclaves. Un autre enseignement mille fois plus sublime que celui de l'antique sagesse devait retentir dans le monde; les peuples, régis par des lois saintes, éclairés d’une lumière plus pure, édifiés par d’héroïques exemples, parleraient une langue nouvelle, et produiraient des actes d’un
dévouement inconnu.
Déploie maintenant tes ailes, à Charité divine ! descends sur notre terre, et permets-nous de contempler d’un regard attendri, le cortège de tes œuvres adimirables.
Un jour, dans une ville où Rome avait envoyé avec ses aigles victorieuses un de ses proconsuls ; sur une route autrefois foulée par les pieds des prophètes, et dont les peuples devaient plus tard baiser avec respect la poussière, cheminait péniblement un homme entouré d’une populace en délire. Chargé d’un ignoble fardeau, il gravissait une montagne où une vieille tradition plaçait le tombeau du Père des humains,
Epuisé par les innombrables coups de fouet qu’il avait reçus, il succombait souvent, le front conire terre, etses bourreaux le frappaient alors avec la plus féroce cruauté. Quelques femmes, quile suivaient de loin dans sa marche douloureuse, pleuraient de pitié ; pour lui, il souffrait tout sans proférer une plainte. Il était tout couvert de sang: 1l y avait du sang sur sa blonde chevelure, du sang sur son visage, du sang sur tous ses membres; et cependant, ses traits conservaient toujours leur majestueuse beauté. Encore à la fleur de l’âge, condamné au supplice le plus infâme, il s’en allait mourir.
Vous demandez son crime? On ne pouvait lui en reprocher aucun. Il passait pour le fils d’un ouvrier modeste. Né pauvre, il avait longtemps vécu caché, gagnant humblement sa vie dans une de ces boutiques que le premier des orateurs romains vouait au mépris.
Plus tard, les foules s'étaient précipitées à sa suite, car ii guérissait les malades, nourrissait ceux qui avaient faim, donnait sans jamais recevoir, défendait et chérissait les petits enfants.
Une doctrine incomparable tombée de ses lèvres avait étonné les grands et fait tressaillir les humbles
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