‹ Conférence sur la littérature canadienne [microforme]Chapitre 3 sur 5 · ON OT · texte numérisé non relu

ON OT

Aux é] pompeux ne donne pas matière Mais enfin tu fais voir le germe d’un talent - Que doit encourager tout bon gouvernement.

Or sur la liste des gens à pensinn L on trouve tout état, toute profession Le rimeur excepté ? Quelle injuste manie ?

C’est un triste métier que celui de poète, De ceci cependant ne sois point affecté

Cus éerivons tous deux pour la prostérité Nos ñoms seront connus un jour en Canada Chant‘: de Vaudreuil jusqu’à Kamouraska.

Comme on le voit les poétes d'alors comme ceux d'aujourd'hui se plaignaient du prosaïque public et vivaient dans l'espérance d’un avenir meilleur et plus reconnaissant de leurs nobles efforts. Ace jovial ciseleur et versificateur que fut Quesnel succède 2 À D, Marmette, hardi Capitaine de vaisseau, qui à peine débarqué sur nos bords, prend la plume pour chanter entre deux escarmouches, la victoire de Chateau-

guay, l'héroique exploit de son frère d'armes le colonel de Salaberry.

“ La trompette a sonné : l'éclair luit, Pairain gronde Salaberry paraît, la valeur le seconde

Et trois cents Canadiens qui marchent sur ses pos Comme lui d’un air gai. vont braver le trépas.

Lei les Canadiens se couvrirent de gloire

Oui trois cents sur huit mille obtinrent la victoire ?

Les Muses, charmantes compagnes le ses loisirs, avaient soufflé à l'oreille de notre guerrier le

secret du bonheur que philosophiquement, il résumait ainsi :

J’ai pour médecin la nature

Ma pharmacie est mon jardin

Et ma tisane la plus pure

Est selon moi: k meilleur vin.

Partout je trouve la tendresse Partout je vois, j'adore Dieu

Et suis grâce à sa sagesse Content en tout temps en tout lieu

Heureuse : incidence : de cette première effusion de lyrisme et de jovialité moralisatrice, allait

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naître le genre historique inauguré par Champlain et Charlevoix.” L'histoire du Canada, observe l'abbé Casgrain, jouit d'un avantage inconnu aux historiens Européens, qui en remontant le cours des temps, vont se perdre dans les ténèbres de la fable. Au Canada l’histoire a assisté à la naissance du peuple dont elle décrit l'enfance, qu'elle voit à l’âge viril, toute préparée à le suivre, à l'encourager dans les. luttes que récèle encore l'avenir.” On a dit que le fait est à l’histoire ce que l'art est à la poésie. Chez les historiens de la Nouvelle-Franceles deux s'unissent et se complètent car tout en relatant les principaux événements dont ils sont les témoins oculaires, leur âme pratique ne saurait rester impassible au milieu de ette grande nature sauvage qui les entoure. Sur ce point donc le Canada n'est pas en arrière sur aucune nation, si ce n’est que ces travaux historiques sont épars, mais cette lacune même nous semble déjà comblée par les nombreuses productions de nos écrivains contemporains. Après Champlain et Charlevoix, ces premiers historiens de bien des découvertes en Amerique. A MM. DuCalvet Dr Jacques Labrie et Michel Bibeau revient l'honneur d’avoir compilés, remis en lumière dans leur nombreux écrits une foule de faits précieux relatifs à l'histoire de l'œuvre colonisatrice de la Nouvelle-France, sous les deux dominations Française et Anglaise en Canada.

M. DuCalvet, ancien juge de paix de la ville de Montréal, est surtout célèbre par son “appel à la justice de l'Etat,” recueil de lettres aux Roi, qui parut en 1784. Dans les élans de son éloquence, il lui échappe des exclamations pleines de patriotisme, il plaide non seulement la cause d'un citoyen indigné ; mais celle d'un peuple. Il est sans contredit le chef du parti libéral en Canada.

Dr. JACQUES LABRIE, célèbre patriote naquit en 1783. Il fut un des premiers zélateurs de

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l'éducation en Canada : il écrivit la première ‘ Histoire du Canada ” mourut avant de la publier et chose plus malheureuse encore; le manuscrit fut brulé à l'Incendie de St-Benoit. C'est un de nos plus anciens écrivains du Canada il est surnommé le Tite.Live du Canada.

M. Michel Bibaud père Le plus connu des trois) est aussi un enfant du pays, i naquit près de Montréal en 1782, il joua un rôle important dañs notre littérature, fut successivement journaliste, historien et poète satirique à ses heures. C’est contre l'avarice tout d’abord qu’il décoche les premiers traits de son esprit piquant, qui l’eut rendu sur ce point capable d'imiter le classique censeur de “l’'Avare”

M. Bibaud s'exclame ainsi :

Heureux qui, dans ses vers, sait d’une voix tonnante Effrayer le méchant, le glacer d’épouvante

Qui, bien plus qu’avec goût, se fait lire avec fruit Qui méprisant entin Ic courroux des pervers

Ose dire aux humains leurs torts, leurs travers

Je vais dire en vers durs, de dures vérités,

Oui je vais m’armer du fouet de la satire.

Pendant que M. Bibaud tout en explorant le domaine de l’histoire des deux dominations anglaise et française, dénonçait au grand jour de la publicité les défauts de ses Contemporains ; deux talents littéraires, écrivains de mérité et d'érudition (M. L. Plamondon à Québec et M. Denis, B. Viger à Montréal venaient apporter leurs Concours distingué aux premières et naissantes aspirations nationales vers le Beau, le Bon etle Vrai. A propos entre l'ancienne Capitale, berceau de la Nouvelle France, et la grande métropole Canadienne, il eut toujours échange constant de rapports littéraires dont nous n'avons eu qu’à nous louer pour l'intérêt intellectuel du pays.

M. L. PLAMONDON, fut longtemps sécretaire de la Société Littéraire de Québec et toute sa

vie encouragea les sciences et la littérature, ce noble préservatif des passions humaines comme il le disait. Son digne émule M. D. B. Viger témoin de ses généreux efforts pour animer d'un souffle créateur les Âmes artistiques éprises du Beau dans la nature, fut une de nos gloires. Auteur de nombreuses brochures politiques et sociales M. D. B. Viger fut vraiment le père de la Presse Canadienne à Montréal et savait avrémenter sa prose de quelques bribes de poésie pleine de verve gauloise :

A table réunis

Lorsque le vin abonde Quand on boit à la ronde Quel à ser mp d’être assis Aup Î Chassons la noire tristesse, Faisons régner l’allégresse La gaité, l’amitié

Et la sincérité -

C'est le refrain juyeux d'un Canadien Français . qui aime à rire et à chanter, les amours, la gloire et le plaisir. .

Nous voici Messieurs) arrivés en 1829. À cette époque d'effervescence poétique, nulle production de l'esprit n’est réputée littéraire à moins © elle soit en vers. Enfantineillusion, que se chargerait bientôt de dissiper (comme un voile couvrant l'horizon littéraire) les magnifiques beautés en prose d'un Chateaubriand et de tant d'autres sublimes manieurs de la plume. Sur la terre du Canada, comme dans l’ancien monde le même phénomène littéraire se répète : la poésie c'est-à-dire le culte si recherché des hautes pensées sert de marche-p'ed quasi naturel à la publicité politique MM. Bédard et Morin débutent ainsi dans la carrière si glorieuse d'hommes d'Etat à la fois orateurs, journalistes et jurisconsultes distingués.

M. Isidore Bédard natif de Québec est l'auteur de plusieurs poésies qui furent publiées dans le (Cana-

dien.) Son hymne national est plein de noble et patriotique fierté :

Sol Canadien, terre chérie,

Par des braves tu fus peuplé

Ils cherchaient loin de leur patrie Une terre de liberté,

Nos pères sortis de France Etaient l’élite des guerriers

Et leurs enfants, + leur vaillanve

Ne flétriront pas les lauriers

Vers le méme temps un érudit M. Jacques Viger enttait dans le mouvement littéraire dont il devait être une: illustration, Tour à tour maire, capitaine et commissaire des terres il est l’auteur de plusieurs précieuses rem : telle les “Tablettes Statistiques et Saberdache en 1800 in quarto. Jacques Viger semblait être à lu seul une académie des

inscriptions et belles lettres, une société nationale des antiquaires, mais avant tout un archiviste,

En date de 1861 le Répertoire donne la traduction d'un chant indien, ymne de guerre des vieux héros du sol, intitulé : “L’Iroquoise” car n'oublions pas qu’ils avaient ces fils du soleil leurs chansons, leurs hymnes, leur poésie pittorésque leur langange ordinaire même était descriptif, solennel et majestueux comme le vaste et grand royaume de la nature et le pays qu'il habitaient, Toutefois il était difficile de faire passer dans notre langue l'énergie et l'originalité de passions qui caractérise la parole imagée de l'enfant des bois qui devant le progrès, envahisseur de la rivilisation blanche s’écrie :

Vous que l’astre du jour dore de la Inmiêre

Vous pour qui, la nuit, le pale coursier

Lieux ou croit la moisson, lieux ou l’ormeau verdit

Ou le ruisseau serpente, ou le torrent bondit

Vous monts, bois et vallons, vous tous lieux de la terre Apprenez tous qu’on s’arme et qu’on vole à la guerre Uu peuple audacieux, armant notre courroux Désormais pius soumis, va fuir devant nos coups.

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Mais le pe Manitou n'a pas exaucé la prière, les vœux de la jeune Indienne; et le génie civilisateur Eurooéen s'est implanté sur la terre con uise de la Nouvelle France. Ce qui faisait dire à notre historien national que la découverte du nouveau monde est un des événements qui ont exercé l'influence la plus salutaire sur les destinées Européennes et la plus funeste sur les populations indiennes qui peuplaient l'Amérique. À cette assertion faut-il ajouter cette remarque non moins juste : qu'aux ténèbres du paganisme et de l'idolatrie, suce èrent pour ces mêmes nations sauvages les lumières de la Foi chrétienne et les innombrables bienfaits qui en découlent. Precieux avanta économiques et sociaux que ne peut s'empêcher de reconnaître le chef huron Kondiaronk lorsque dans son langage philosophique et descriptif il chante. cette fraternité consolante qui doit exister entre tous les hommes :

“Les hurons, s’écrie-il n'ont pas toujours été la poignée d'hommes que l'on voit dans le village; leurs guerriers aussi nombreux que les étoiles du ciel pendant une belle nuit, faisaient trembler autrefois toutes les nations de l'Amérique du Nord, depuis les

rands lacs jusqu'au bas du fleuve St-Laurent. Si e huron campait au bord d'un lac ou d'une rivière, quel ennemi aurait été assez brave pour en troubler les eaux, Quel chasseur ennemi aurait osé approcher ou camper à un mois de marche de sa bourgade, de son wigwam.

“ Quand un grand chef huron frappait le potean de sa hache les arbres tremblaient comme dans les grandes tempêtes et leur feuilles couvraient le sol, comme à la voix du grand Manitou, un ouragan terrible est passé sur la forêt. Vois dit avec tristesse Kondiaronk en étendanit le bras du côté de son village, vois ce qui nous reste à nous enfants des bois de tant de grandeur et de tant de gloire. Maisce qui

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