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NORMALEMENT CONSTITUÉE

Les théories les plus séduisantes n'ont de valeur que si elles peuvent être misesen pratique. Une tactique, pour pouvoir être jugée, demande la sanction du champ de bataille. Mais, heureusement pour l’humanité, on a pas tous les jours un champ de bataille à sa disposition comme terrain d’expériences. Transportons-nous donc par la pensée sur un champ de bataille imaginaire , et considérons une division normalement constituée, c'est-à-dire avec ses deux brigades d'infanterie (quatre régiments à trois bataillons et un bataillon de chasseurs), ses deux ou trois batteries d'artillerie, et son régiment de cavalerie, puisqu’on est décidément revenu à l'excellente organisation mixte.

11 faudrait examiner si la tactique, dont nous avons cherché à esquisser les principaux traits, étant appliquée à la division, notre grande unité de combat, lui permet le passage facile de l'ordre de marche à l’ordre de bataille; si, l'ordre de bataille étant pris, elle l’utilise soit pour i’atlaque,soit pourla défense; si elle se prête à l’action commune des différentes armes qui entrent dans la composition de la division ; enfin si elle se plie à toutes les combinaisons qui 11e peuvent

manquer de surgir des nombreuses phases par lesquelles une armée est exposée à passer en un jour de bataille.

Un pareil examen, pour être approfondi, nous entraînerait trop loin; il faut donc ou se contenter d'effleurer tous les points, ou se borner à l'étude des points principaux. C’est à ce dernier parti que je crois devoir m’arrêter, et nous allons examiner ce qui est relatif aux deux points essentiels, à savoir : 1° passage de l’ordre de marche à l’ordre de bataille; 2° offensive.

1° Passage de l’ordre de marche à l’ordre de bataille. — Sans supposer notre division isolée, nous ferons cependant abstraction des divisions voisines.

Elle s’avance par une seule roule. La cavalerie tient la tête et éclaire la marche; peut-être même a-t-elle été détachée à l’avant-garde du corps d’armée. Si la division n’est pas intimement liée à celle qui la précède et à celle qui la suit, elle se constitue une avant-garde et une arrière-garde, formées par des bataillons empruntés aux régiments d’infanterie, tête et queue de colonne. L’artillerie, sauf deux ou trois pièces détachées à l’avant-garde, marche au commencement de la colonne principale. En serrant soit pour le bivouac, soit pour le combat, chacun rentre naturellement à son corps et à sa brigade. Cela est simple et rationnel.

Je n’en dirai pas autant de l’ordre de marche,

qui est en même temps l’ordre de combat des Prussiens. Prenant pour point de départ non pas l’organisation divisionnaire, mais bien celle considération qu’il faut une première troupe pour engager l’action, une deuxième pour la soutenir, une troisième pour la décider, ils font de leurs troupes, quel qu’en soit l’effectif, trois parts, dénommées avant-garde , gros et réserve, et n’hésitent pas — pour satisfaire à cette nouvelle règle des trois unités, aussi sacrée pour eux que le fut jadis la fameuse règle des trois unités dans notre théâtre classique — à disloquer de la manière la plus irrationnelle leurs régiments leurs brigades et leurs divisions. L’avant-garde notamment, — qui conserve parfois pendant une partie de la campagne son organisation indépendante, — se compose le plus souvent des troisièmes bataillons, dits de fusiliers, de tous les régiments de la division, ainsi réduits à deux bataillons; ce n’est pas tout, car, pour lui donner un chef, il faut encore enlever un colonel à son régiment ou un général à sa brigade. Cette formation est trop méthodique pour ne pas être trop absolue, et la moindre chance imprévue, telle que l’apparition de l’ennemi sur un des flancs, suffit pour la bouleverser de fond en comble.

Revenons à notre division française, et saisissons— la à l’instant où elle débouche sur le champ de bataille et où doit se faire la transition de l’ordre de marche à l’ordre de combat,

Trois cas peuvent se présenter : (a) le terrain est complètement libre ; (b) le terrain est libre, mais battu par le feu de l’ennemi; (c) le terrain est occupé par l’ennemi.

(a) Le terrain est complètement libre . — Les Français à V Alma. — Rappelons d’abord que la division doit fournir ses trois lignes de tirailleurs et de masses, lesquelles — soit dit en passant — rempliront tout naturellement le rôle des avant * garde , gros et réserve des Prussiens, sans présenter les mêmes inconvénients. Les trois lignes étant en effet appelées à se confondre, il importe qu’elles soient composées de troupes relevant du même chef.

La cavalerie, qui tient la tête, se porte vivement en avant, s’assure que le terrain est libre, et va reconnaître et surveiller les débouchés qui mènent à la position de l’ennemi. — L’infanterie paraît : les deux régiments de la brigade de tête sont dirigés en avant et se partagent le terrain, l’un à droite, l’autre à gauche. Ils se forment, chemin faisant, et en échelonnant au besoin leurs troupes, de la manière suivante : un balai lion en tirailleurs, deux bataillons en quatre colonnes de demi-bataillon, à moins que la corn figuration du terrain ou la qualité des troupes ne permette par exception la colonne de bataillon, la deuxième ligne à 200 mètres de la première. La brigade tête de colonne fournit ainsi les deux premières lignes; comme ces deux lignes sont

intimement liées l'une à l’autre, il n'est pas indifférent qu'elles soient composées de troupes appartenant à la même brigade. Ce système est préférable à celui des brigades accolées, et est surtout avantageux pour la ligne des tirailleurs, qui relèvera d’un seul général de brigade, pouvant facilement faire sentir son impulsion par l'intermédiaire des deux chefs de bataillon. — L'artillerie, accompagnée de deux compagnies de soutien, se porte près des tirailleurs, le plus souvent aux ailes. — Les deux régiments de la brigade de queue forment la troisième ligne, disposée par bataillons en colonne en arrière des deux régiments de l’autre brigade et à 500 mètres de la deuxième ligne. — La cavalerie, une fois l'ennemi reconnu, vient prendre sa place dans l'ordre de bataille. Cette place n'a rien de iixe : ee sera sur une aile, si la division lient une des extrémités de la ligne, ou si elle est séparée par un grand intervalle de la division voisine, comme la division Fransecky à Kœniggrælz; ce sera à côté et en arrière de l’artillerie, si cette arme a besoin d’une protection plus sérieuse par suiie des positions aventurées qu'elle peut être obligée de prendre pour assurer la justesse de son tir; ce sera encore dans un repli de terrain, près des tirailleurs, dans le but de saisir au vol, car la cavalerie est surtout l’arme du moment, l’occasion d’enlever des canons ou de charger une infanterie en désordre.

Il est. cependant un corps de la division auquel aucune place n’a été assignée dans l’ordre de bataille : je veux parler du bataillon de chasseurs. G’est la conséquence des difficultés que rencontre l’emploi des chasseurs comme troupe légère et du peu d’avantage qu’on trouverait même, depuis l’uniformité de l’armement, h les consacrer à ce service. Il ne pourrait en être autrement que si une nouvelle aime plus perfectionnée, mise exclusivement entre leurs mains — est-ce à craindre? est-ce à désirer? — venait les rendre à leur destination primitive.

Tenus ainsi en dehors des trois lignes que présente la division, les cîiasseurs ont un double rôle à remplir : soutien de l’artillerie, formation d’une petite réserve divisionnaire. — Le soutien de l’artillerie réclame deux compagnies ; s’il faut un soutien plus considérable, la cavalerie est là pour le fournir. — Il reste donc quatre compagnies pour former une réserve. On ne manquera pas d’objecter que c’est bien peu ; mais cette réserve n’a rien de commun avec la réserve du corps d’armée , c’est simplement une petite troupe que le général divisionnaire conserve sous la main pour parer aux chances imprévues, . pour fermer une brèche en attendant l’arrivée des renforts. Réduite à de pareilles proportions, la force d’une réserve réside moins dans le nombre des troupes qui la composent que dans l’à-propos avec lequel on fait donner ces troupes.

Ce fut à la tête de quelques compagnies de grenadiers que, le 3 mai 1800, Moreau décida le succès de la journée d’Engen (1).

L'ordre de bataille de la division présentera les dispositions suivantes. (Voir la figure.)

Si l’on jette un coup d'œil sur l’ensemble de cet ordre de bataille, on voit que le front de la division est de 1 kilomètre, et que la profondeur, si l’on tient compte de la réserve, est à peu près égale au front. On sera peut-être tenté de trouver que la profondeur est trop grande, et le front trop petit. Cette objection est plus spécieuse que fondée ; car l’ordre profond, du moment que les premières lignes sont disposées de manière à offrir peu de prise aux coups de l’ennemi, ne saurait être considéré comme une cause de faiblesse; d’ailleurs, avec les immenses armées modernes, qui mettent en ligne jusqu’à 150 ou 200,000 combattants , l’exagération du front est beaucoup plus à redouter que celle de la profondeur.

(b) Le terrain est libre , mais battu par le feu de Vennemi. — Davout. à Auerstœdt. — Les mêmes dispositions ne sont-elles pas parfaitement applicables? — La cavalerie, appuyée par l’artillerie, manœuvre de manière à conserver le terrain sur lequel doit déboucher l’infanterie. — Le régiment tête de colonne, en débouchant, se

(1) Thirrs, Consulat et Empire, t. i, liv. m, p. 310.

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