‹ Conference sur la tactique de l'infanterieChapitre 4 sur 5 · SD · texte numérisé non relu

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porte vivement en ligne, vers la droite ou vers la gauche, suivant le côté où le général a choisi son point d’appui. Les compagnies du premier bataillon, en se déployant, s’échelonnent naturellement par la gauche ou par la droite; les deux autres bataillons s’échelonnent de même en colonnes de demi-bataillon, et suivent le mouvement en dégageant promptement, la sortie du défilé. — Suivant qu’il importe de soutenir le régiment de tête ou de s’étendre dans toute la largeur du terrain , le deuxième régiment est porté en colonnes de bataillon dans la même direction que le premier, pour lui former une troisième ligne, ou bien est lancé, dans le même ordre que celui-ci, à sa droite ou à sa gauche, pour compléter les deux premières lignes. — Le reste comme dans le cas précédent.

(c) Le terrain est occupé par l'ennemi. — Les Français à Inkermann , Stcinmetz à Nacho'd. — Que fait-on instinctivement dans ce cas? — On commence par jeter ses escadrons, si l’on en a, sur l’ennemi. Poison lance les premières troupes d’infanterie par petits paquets, en désordre, avec de grands cris, dans l’espoir de troubler l’adversaire par cette brusque et bruyante apparition. On gagne ainsi un peu de temps, pendant lequel les autres bataillons arrivent et prennent une formation régulière. — En d’autres termes, on lance des tirailleurs en grandes bandes, et on

les fait appuyer par des lignes plus solides, ce qui revient encore à la même tactique.

2° Offensive. — L’ordre de bataille est pris : il s’agit de l’utiliser pour l’offensive.

L’offensive comprend deux périodes : la préparation et le choc. La préparation est cette période, souvent longue, et qu’on ne saurait abréger impunément, pendant laquelle l’artillerie et la mousquelerie produisent leur effet destructeur. Le choc est cette période, très-courte, pendant laquelle une troupe marche contre une autre troupe, cl qui se résout presque toujours par la retraite de celle qui se laisse intimider par l’allilialc de l’autre.

Dans la première période, la préparation, l’infanterie doit, par son feu, seconder l’action de l’artillerie. Ce feu ne peut partir que de la première ligne, composée exclusivement de tirailleurs. Notre ligne de tirailleurs donnera-t-elle à cet égard des résultats satisfaisants? — Sans aucun doute; car, en parlant des bases que nous avons admises, 100 tireurs, répandus sur 80 mètres de terrain, bien abrités, pouvant apprécier la distance, prenant leur temps pour ajuster, produiront un effet au moins égal à celui des 320 hommes qu’il faudrait placer sur deux rangs coude à coude pour couvrir le même terrain, et qui, laissés à découvert, aveuglés par la fumée, tireraient au hasard et le plus souvent sans épauler. Et cet effet au moins égal s’obtiendra :

1° eu consommant six fois moins de munitions, car on aura trois lois moins de tireurs, et on peut facilement admettre que. chaque tireur brûlera deux fois moins de cartouches ; 2° en évitant tout désordre; 3° en exposant trois fois moins de soldats en première ligne, et en procurant à ceux qui sont engagés une sécurité d'autant plus grande qu’ils sont moins nombreux et peuvent plus facilement s’embusquer.

D’ailleurs, si l’on ne veut pas du feu des tirailleurs, il faut avoir recours à celui des bataillons déployés. Si ces bataillons sont à découvert, ils seront bientôt décimés par le feu de l’ennemi. Si on veut les couvrir, il faudra employer ces tranchées-abris dont on commence à reconnaître les nombreux inconvénients : en effet, la tranchée-abri demande du temps, des outils, et l’on n'en a pas toujours ; elle immobilise les troupes ; elle peut non-seulement devenir inutile à ceux qui l’ont creusée, mais être utilisée contre eux par leurs adversaires, comme les Autrichiens en ont fait sur les hauteurs de Chlum la dure expérience.

Quelles espèces de feux fourniraient ces bataillons? — Des feux à volontés? — Mais le feu à volonté brûle beaucoup de poudre avec peu de profit. — Des feux à commandement? — Je ne doute pas que le feu à commandement, sur un champ de tir, commandé au milieu d’un religieux silence par un olficier plein de sang-froid, exé-

culé par des hommes calmes et exercés, ne donne des résultats terrifiants : en sera-t-il de même en présence de l'ennemi, au milieu du bruit, du désordre, de la fumée, et surtout de l’émotion du combat? — Il faut donc, bon gré mal gré, revenir au feu des tirailleurs.

Les compagnies chargées du soutien de l’artillerie devront employer leurs meilleurs tireurs à priver les canons ennemis de leurs servants et de leurs attelages, pendant que les pièces concentreront leurs feux sur les bataillons ou suiles obstacles.

En supposant la ligne des tirailleurs établie à 600 mètres des premières positions ennemies, on ne saurait admettre, avec la puissance des nouvelles armes dans la défensive, qu’une pareille distance puisse être franchie d’une seule traite. Il faut donc la diminuer avant d’en venir au choc. Comment y parviendra-t-on ? — En profilant des ralentissements inévitables dans le feu de l'ennemi, de la fumée, de l'effet produit par une salve d'artillerie ou de mousqueterie, pour lancer en avant, par petits échelons qui échapperont par leur exiguïté à la vue et aux coups de l'ennemi, les tirailleurs, puis les colonnes de demi -bataillon ; en empêchant les soldats de se laisser entraîner au delà du but par une ardeur irréfléchie, et, pour cela, en assignant à chaque échelon, soit compagnie^ en tirailleurs, soit colonne de demi-bataillon, un point de ralliement bien dis-

linct où le chef précédera sa troupe ou la fera précéder par un ofticier chargé d’en limiter le mouvement. On gagnera ainsi, sans trop de perles, environ 400 mètres, et on réduira à 200 mètres la distance qui sépare les tirailleurs de la première position à enlever. Ce n’est pas autrement qu'au combat de Kœniginhof, livré le 29 juin 1806, l'avant-garde du corps prussien de la garde a réussi, de fossés en fossés, de maisons en maisons, à gagner les abords, puis les faubourgs de Kœniginhof, puis la ville, enfin le pont de l’Elbe (1).

Lorsque le moment du choc, préparé s’il y a lieu, par une diversion ou par un mouvement tournant, sera venu, faire serrer la deuxième ligne sur les tirailleurs, faire avancer la troisième ligne en échelons par bataillons en colonne, sonner la charge et chercher par un vigoureux coup de main à couronner la position. Le désordre de l’attaque amènera promptement la confusion des deux premières lignes : alors apparaît le rôle de la troisième ligne, dont les bataillons complètent le succès, dépassent les autres troupes, et, s'il le faut, se déploient à leur tour pour permettre aux premières lignes de se reconstituer sous celle protection.

Il n’est pas sans intérêt d’insister sur l’avan-

( I) Colonel Lecomte, la fiuerre de 1866, t. i, cinq), xn, p. 363.

tage qu’offre pour ces diverses manœuvres l’ordre en échelons, qui procède par efforts suc- | cessifs et compromet peu de troupes tout en ; couvrant beaucoup de terrain.

Sans vouloir m’appesantir sur les points que i nous avons laissés de côté, je tiens cependant à faire remarquer combien la formation que nous j venons d’examiner permet à la division, grâce à la supériorité de l’ordre profond, de présenter promptement dans une direction quelconque un front aussi redoutable que celui qu’elle présentait dans la direction primitive. 11 suffit pour cela de- faire exécuter simultanément soit un simple changement de direction, soit une double conversion, suivant le cas, à toutes les colonnes peu profondes, si mobiles et si maniables, séparées par des intervalles suffisants, pouvant aisément s’échelonner, qui constituent l’ensemble de notre ordre de bataille.

C'est ainsi qu’on pourra avec la plus grande facilité soit prononcer un mouvement général de conversion, ainsi que dans la journée de Custozza furent appelées à le faire l’armée autrichienne et l’armée italienne pivotant toutes les deux sur leur aile gauche et portant leur aile droite en avant ; soit gagner, à l’aide d’une double conversion exécutée par toutes les colonnes, du terrain vers une aile, comme le fit à Wagram Masséna appuyant vers le Danube, comme le fil à Solférino la division La Motterouge appuyant

(le la route de Mantoue vers les hauteurs de Cavriana ; soit enfin renverser, à l’aide d’un changement de direction simultané, l’ordre de combat, pour s’opposer à un mouvement tournant, comme le fit Napoléon à Lutzen, comme les Prussiens cherchèrent à le faire à Iéna.

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