OBSERVATIONS GÉNÉRALES
La cavalerie légère, ainsi que les dragons, peuvent être obligés de combattre à pied pour défendre, jusqu’à l’arrivée de l’infanterie, une position qu’ils ont rapidement occupée. 11 est désirable que, pour bien remplir cette mission, ils soient armés de fusils se chargeant par la culasse, mais le plus légers possible.
il serait à souhaiter aussi que le pistolet-revolver fût donné aux corps de cavalerie qui n’ont'pas de fusil, parce que dans les mains de cavaliers braves, mais non suffisamment exercés, l’usage du révolver est plus facile que celui du sabre et de la lance.
Disons en terminant que la cavalerie gagnerait plus de batailles si elle savait profiter à temps de l’effet que produit son apparence imposante. A l’appui de cette pensée, on pourrait citer de nombreux exemples de l’effet considérable produit par quelques centaines de cavaliers, vigoureusement conduits et lancés à propos. Nous n’en donnerons qu’un; il est extrait des guerres d’Italie. Le jour de la bataille de Rivoli, entre midi et une heure, la victoire semblait presque perdue pour les Français. L’aile droite de Joubert se retirait en désordre vers Rivoli, mais les Autrichiens la poursuivaient avec non moins de désordre. Bonaparte, qui s’en aperçut, lança aussitôt le chef d’escadrons Lassalle, avec 200 chevaux, à travers les troupes de Joubert, contre les tirailleurs autrichiens. Ceux-ci, surpris par cette attaque imprévue, se rejetèrent sur les colonnes qui les suivaient, et Lassalle, poursuivant un succès inespéré, put rétablir nos affaires et nous assurer la victoire.
2° Cavalerie prussienne.
La cavalerie de la Confédération du Nord se compose de 64 régiments prussiens, dont 8 de la garde, savoir :
1 de gardes du corps (cuirassiers)
1 de cuirassiers
2 de dragons 1 de hussards
3 de uhlans
8 régiments de cuirassiers ;
16 de dragons;
16 de hussards;
16 de uhlans.
Total, 64, plus 12 régiments fédéraux, savoir : 6 régiments saxons;
2 id. de la Hesse-Grand-Ducale ; 2 id. des deux Mecklembourg ;
1 id. de Brunswick;
1 id. d’Oldenbourg.
Total, 76 régiments à 5 escadrons.
Les cuirassiers et les uhlans (1) forment la grosse cavalerie ; les hussards et les dragons, la cavalerie légère.
Pied de paix.
L'état-major d'un régiment de cavalerie se compose de trois officiers :
(4) Les uhlans ou lanciers font partie, en Autriche, de la cavalerie légère ; en France, de la cavalerie de ligne, et en Prusse, de la grosse cavalerie.
de la garde;
V Le co mm a il (la ut du régiment qui peut être colonel, lieutenant-colonel ou major (notre chef d'escadrons) ;
2° Un officier supérieur, habituellement major, qui est en quelque sorte le commandant en second ! du régiment;
3° L’adjudant-major, du grade de lieutenant, qui est aux ordres directs du commandant du régiment.
L’état-major du régiment comprend en outre :
1 sous-officier secrétaire ;
1 trompette sous-officier ;
1 médecin major ;
2 médecins aides-majors;
1 vétérinaire;
4 zohlmeister ( officier d’administration remplissant les fonctions de notre capitaine trésorier);
1 armurier;
1 maître sellier.
Chaque escadron se compose de cinq officiers :
1 capitaine commandant ;
1 premier lieutenant ;
3 seconds lieutenants; ,
De 16 sous-officiers, dont les trois premiers sont :
1 maréchal des logis chef ;
4 maréchal des logis chef suppléant ;
1 enseigne porte-épée. Ce dernier prend rang avant tous les sous-officiers dès qu’il a subi son examen pour passer officier.
Le grade de brigadier n’existe pas en Prusse, ià proprement parler. Les gefreite , qui en remplissent à peu près les fonctions, sont de simples cavaliers, destinés à devenir sous-officiers, mais
qui n’onl d’autorité sur les autres soldats que dans le service.
Un escadron prussien renferme 5 officiers, 4 G sous-officiers, 3 trompettes et 117 cavaliers, dont 20 gefreite, plus 7 non-combattants qui sont : 1 aide-vétérinaire, 1 infirmier et 5 ouvriers.
Les cavaliers prussiens ne font que trois ans de service effectif avant de passer dans la réserve, Il leur est cependant permis de faire quatre ans de service, et, dans ce cas, ils sont dispensés de deux ans de service dans la landwehr, dont ils sont alors libérés à 30 ans au lieu de 32. Les nôtres restent cinq ans sous les drapeaux, ce qui constitue un grand avantage en faveur de la cavalerie française.
La force d’un régiment de cavalerie est de 28 officiers, G82 hommes, non compris les uoncombattants, et 730 chevaux environ.
Dans le régiment des gardes du corps, chaque escadron se divise en deux compagnies, et ce régiment a par suite 3 capitaines et 3 maréchaux des logis chefs de plus que les autres.
Une brigade de cavalerie se compose de 2 ou 3 régiments. Elle est commandée par un généralmajor ou par un colonel.
Deux brigades d’infanterie et une de cavalerie forment une division. — Par exception, le corps de la garde et le douzième corps (saxon) se composent de deux divisions d’infanterie et d’une de cavalerie.
Deux divisions forment un corps d’armée.
Pied de guerre.
Quatre escadrons sont mobilisés et le cinquième forme le dépôt.
L’état-major reste le même, plus 13 soldat du train, conducteurs de voitures.
L’escadron mobilisé se compose de 5 officiers, 15 sous-officiers, 3 trompettes et 132 cavaliers, dont 20 gefreite ; total, 5 officiers et 150 hommes de troupe; plus 1 aide vétérinaire, 1 infirmier et
6 soldats du train.
Le régiment renferme 23 officiers, 602 combattants , 52 non-combattants, 713 chevaux et
7 voitures, dont :
1 voiture d’ambulance, — 2 chevaux;
1 forge de campagne, — 2 chevaux ;
4 voitures de bagages, — 8 chevaux ;
1 voiture, équipages d’officiers, — 4 chevaux.
Le corps d’armée mobilisé se compose de :
2 divisions d’infanterie ;
1 division de cavalerie;
1 réserve d’artillerie;
t colonne (ambulances, train, etc ).
Chaque division d’infanterie se compose de deux brigades d'infanterie, d’un régiment de cavalerie et de quatre batteries.
La division de cavalerie, réserve du corps d’armée, renferme deux brigades, ensemble 4 régiments et une batterie à cheval. Le corps d’armée comprend 24 escadrons.
Manœuvres et tactique.
L’unité tactique de la cavalerie prussienne est l’escadron. Il se divise en quatre pelotons et se forme sur deux rangs.
La formation en bataille de l’escadron prussien diffère de la nôtre en ce que le capitaine, suivi d’un trompette, se place à trente pas en. avant de sa troupe, et que ie premier rang de chaque peloton est encadré par deux sous-officiers qui n’ont personne derrière eux au deuxième rang.
Quand le régiment est en bataille, l’étendard, porté par un sous-officier, est placé entre le deuxième et le troisième escadron. — L’intervalle entre deux escadrons n’est que de six pas.
La colonne par trois remplace notre colonne par quatre ; notre formation est préférable, parce qu’elle permet de passer très-simplement à la colonne par deux. — Nous ne voyons la raison de cette colonne par trois que dans la tradition; la cavalerie prussienne s’est formée sur trois rangs jusqu’à la bataille de Rossbach, et la colonne par trois était sans doute la conséquence de cette formation.
La marche oblique par troupe de notre école d’escadron, que les Prussiens appellent demi-colonne, est recommandée par eux pour gagner du terrain vers l’un des flancs de l’ennemi. C’est pourtant un mouvement en échelons obliques d’une exécution difficile, si la marche se prolonge.
La colonne par escadrons est la colonne de combat : quant à la colonne sur le centre (colonne double) , elle est employée comme colonne de manœuvres, mais jamais comme colonne de combat. Elle est surtout en usage pour passer les lignes ou un défilé, tandis que l’ordonnance française ne forme celte colonne que dans le passage d’un défilé en avant.
Mais la colonne de manœuvres le plus en usage dans l’armée prussienne est la colonne d’escadron que la cavalerie française ne prend que pour le
passage des lignes. — Il serait à désirer que celte colonne fût adoptée chez nous, car elle a de grands avantages ; elle permet, en effet, de former le régiment en bataille très-rapidement, de traverser des terrains difficiles, et elle occupe en outre peu de profondeur, ce qui l’expose moins au feu de l’artillerie.
La cavalerie prussienne a quatre allures : le pas (125 pas à la minute), le trot (300 pas), le galop (500 pas) et la charge. On ne compte le pas du cheval que de 2 pieds 4 pouces, au lieu d’uu mètre, comme en France, ce qui explique ces dillérences dans la vitesse des allures des deux cavaleries. r Les manœuvres se font toujours au trot.
Dans la marche en bataille de l’escadron ou du régiment, le guide est au centre. Les chefs des premier et deuxième pelotons, ou les capitaines des premier et deuxième escadrons commandent alors guide à gauche.
Le rcqim.ent de cavalerie attaque de cinq manières différentes :
1° En ligne ;
2° En ligne, en dispersant les quatrièmes pelotons. Le quatrième peloton de chaque escadron se déploie en avant du front de l’escadron,' et la ligne formée par ces quatre pelotons dispersés charge l’ennemi. Les autres pelotons suivent au trot ; le colonel et les capitaines restent avec eux.
Cette attaque s’emploie contre une cavalerie cjaî se replie. Quelquefois, c’est un escadron entier qui se déploie en avant du front du régiment pour exécuter l’attaque. Si le régiment veut ensuite charger en ligne, le colonel fait sonner le ralliement des pelotons dispersés qui dégagent dans ce mouvement le front du gros de la troupe;
3° La charge en iourrageurs.
Le régiment, conduit par le colonel, se disperse en fourrageurs. Le troisième peloton de chaque escadron reste formé et suit au trot. Le deuxième officier supérieur du régiment prend le commandement de ces troisièmes pelotons et garde avec lui l’étendard;
4° La charge en échelons se fait, d’après le règlement prussien, avec 50 pas de distance d’un escadron h l’autre.
Cette distance est tout à fait insuffisante et devrait être portée à 150 ou 200 pas;
5° La charge en colonne par escadrons, ouverte cru serrée.
Dans le premier cas, les escadrons s’espacent à 300 pas de distance pour charger, ce qui est préférable à la distance double du front de l’escadron adoptée par l’ordonnance française; cette distance est certainement insuffisante”, surtout avec les armes nouvelles.
Dans le second cas, les Prussiens, formés en colonne serrée, emploient le quatrième escadron à protéger leurs flancs; la première division de cet escadron se porte, à cet effet, sur le flanc droit, et la deuxième sur le flanc gauche de la colonne, en s’alignant sur les serre-files du troisième escadron.
4e esc. 4e esc.
Le régiment conserve une réserve dans toutes les attaques. Lorsqu’il charge en ligne, celte ré-
serve se compose de deux à quatre pelotons, formés en colonne ou en demi-colonne, à ISO pas en arrière de l’un des flancs de la ligne qui charge.
L'escadron envoie en tirailleurs son quatrième peloton ; quant au régiment, il peut déployer pour se faire couvrir, soit les quatrièmes pelotons des escadrons, soit le quatrième escadron tout entier.
Pour attaquer la cavalerie ennemie, la cavalerie prussienne se forme sur deux lignes. La première est déployée et couverte par des tirailleurs; la seconde sert de réserve et reste en colonne derrière les deux ailes de la première. Elle ne se déploie que pour charger.
La cavalerie attaque les carrés d' infanterie en colonne ouverte par escadrons ou en échelons.
La charge en ligne ne s’emploie que contre une infanterie déjà entamée et flottante. La charge en fourrageurs, contre des troupes battues et en fuite.
Contre l'artillerie , la cavalerie charge les pièces en fourrageurs, pendant qu’une fraction, en ordre compacte,, attaque les troupes qui protègent les batteries.
Une brigade de cavalerie se compose de deux ou trois régiments de même arme ou d’armes différentes, c’est-à-dire d’un régiment de grosse cavalerie et d’un de cavalerie légère.
Les Prussiens distinguent la brigade isolée de celle qui fait partie d’un corps de cavalerie plus nombreux.
La brigade isolée, de deux régiments, se forme sur deux lignes. La première, toujours déployée, entame l’action ; la deuxième, généralement en colonne, est de 3 à 500 pas en arrière de la première, dont elle déborde une des ailes.
Cette brigade peut se composer cle deux régiments de cavalerie légère, mais le plus souvent elle est mixte et place le régiment léger en première ligne, celui de grosse cavalerie en deuxième.
La division de cavalerie se compose de deux ou plusieurs brigades. Elle se forme habituellement sur autant de lignes qu’elle a de brigades. — On lui donne de b artillerie.
Pendant la guerre de 186b , les Prussiens ont réuni momentanément des régiments de cavalerie en corps assez nombreux de plus d’une division. Ils se composaient de 8 à 12 régiments et de 2 à 3 batteries achevai. Ils étaient destinés à précéder Farmée, à l’éclairer au loin, à surprendre les détachements avancés de l’ennemi et à préparer Faction.
Les Prussiens ont reconnu qu’ils n'avaient pas tiré de cette organisation tout le parti qu’ils en attendaient ; et l’on pense qu’ils renonceront à la formation de ces corps nombreux de cavalerie dans les guerres futures.
3° Cavaleries autrichienne et russe.
Cavalerie autrichienne.
En Autriche, la grosse cavalerie se compose de 14 régiments de dragons. Les 12 premiers de ces régiments avaient conservé jusqu’au 1er octobre 1867 le nom de régiments de cuirassiers, bien que la cuirasse leur eût été enlevée après la guerre de 1859.
Quant h la cavalerie légère, elle comprend 14 régiments de hussards et 13 de uhlans.
Tous les régiments sont à six escadrons, et ils
présentent sur le papier un effectif de G90 chevaux.
Les capitaines en second et le porte-étendard ayant été supprimés tout dernièrement, V étal-major d’un régiment comprend sur le pied de guerre les cadres suivants :
\ colonel;
\ lieutenant-colonel ;
1 major ;
* 1 aumônier ;
1 auditeur (chargé de la justice) ;
\ adjudant-major (lieutenant);
1 officier d’approvisionnement ( lieutenant) ;
1 médecin de régiment; •
2 médecins aides-majors ;
1 id. sous-aide;
1 vétérinaire;
\ comptable ;
1 maréchal des logis chfef;
1 trompette d’état major ;
2 trompettes de divisions;
1 prévôt;
1 armurier ;
12 ordonnances d’officiers:
Total. 31.
L’effectif d'un escadron, également sur le pied de guerre, comprend :
1 capitaine commandant;
2 lieutenants ;
2 sous-lieutenants;
2 maréchaux des logis chefs;
A report.. 7
Heport.. . 7
4 maréchaux des logis ;
8 caporaux ;
-1 trompette;
130 cavaliers montés ;
13 id. non montés;
1 bourrelier;
5 ordonnances d’officiers.
Total : 169 hommes et lot) chevaux.
D’après une mesure récente, tous les officiers sont montés aux frais de l’Etat.
Les manœuvres et la tactique de la cavalerie autrichienne ne diffèrent pas assez de celles de la cavalerie prussienne pour que nous les étudiions d’une manière spéciale. Disons seulement que les Prussiens ont emprunté la colonne d’escadron aux Autrichiens, et que ceux-ci font usage comme nous de la colonne par 4.
Cavalerie russe.
La cavalerie russe comprend deux divisions de cavalerie du corps de la garde, chacune de trois brigades et de six régiments.
La première division de la garde se compose de 4 régiments de cuirassiers, et, en outre des Cosaques de la garde, qui forment en temps de guerre , 2 régiments du Don, 2 escadrons de Cosaques de l’Oural et l’escadron de Tatares de Crimée. — Mais en temps de paix, on ne conserve à l’effectif que 2 escadrons de chaque régiment du Don, 1 de l’Oural, et 1/2 escadron de Tatares.
La deuxième division de la garde se compose
de :
1 régiment de grenadiers à cheval;
1 id. de dragons ;
2 id. de uhlans ;
Et 2 id. de hussards.
Il y a encore, en Russie, un second corps d’élite; c’est celui des grenadiers qui renferme la 7e division de cavalerie; elle comprend 2 régiments de dragons, 2 de uhlans et 2 de hussards.
L’armée russe compte encore six divisions de cavalerie composées comme celle des grenadiers.
Le régiment de cavalerie est à 5 escadrons, dont 4 seulement sont mobilisés; et l’escadron présente un effectif de 170 à 180 hommes.
Nous ne pouvons rien dire sur le règlement et la tactique de la cavalerie russe, sur lesquels nous manquons de renseignements.