‹ Conférence sur les propriétés délétères des liqueurs spiritueuses [microforme]Chapitre 4 sur 8 · RARES · texte numérisé non relu

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ment: perversion de l'intelligence qui n’est plus maîtresse d'elle-même ; bouleversement dans les idées qui s'entremêlent, se choquent, deviennent incohérentes et se traduisent par un bavardage inepte. Chacun découvre alors son caractère. L'homme enclin à la colère s'irrite, menace, frappe. L'homme fait pour les affections tendres, soupire, proteste de sa fidélité à toute épreuve, de son dévouement sans borne. L'homme triste verse des larmes, parle de la mort, de l'éternité ; le sot se met à rire et fatigue tout le monde de ses inepties. Désordre des fonctions organiques : la vue s'obscurcit, parfois est double ; il y a vertige ; la langue s’embarrasse, les paroles ne se prononcent qu'imparfaitement. Désordre dans le mouvement : l’ivrogne trébuche ; sa marche est incertaine, vacillante ; il va de travers ; les mains ne saisissent que maladroitement.

Cette perversion ne tarde pas, si les libations sont continuées, à être suivie d’une dépression générale de toute l'économie. C’est la troisième phase de l'ivresse. La raison achève de se perdre dans un délire qui se

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traduit par des demi-mots dépourvus de tout sens ; l’œil est hébété, hagard ; les paupières s’'apesantissent, se ferment à demi ; l'individu dans cet état n’a plus la force de marcher ni même de se relever. Il conserve peut-être encore juste assez de puissance musculaire pour rapprocher de ses lèvres en tremblant et avaler une dernière dose. Le verre lui tombe des mains. Le malheureux entre dans l'ivresse complète ou la suspension de toutes les fonctions organiques et intellectuelles. Son intelligence est absorbée par un sommeil léthargique dont rien ne saurait le retirer.

C'est une véritable apoplexie, que les physiologistes appellent comateuse. L'œil est vitreux, atone, sans vie. L'ivrogne n'offre plus qu’une masse inerte ; on ne remarque, dans tout son être, d’autre mouvement que celui d’une respiration difficile et irrégulière : il est ze mort. Vous voyez, Messieurs, par cette description, quatre degrés dans l'ivresse : d’abord, une excitation générale à laquelle succède bientôt la perversion, le désordre ; vient ensuite la dépression, qui se résout en une sws- Dension de toutes jes fonc ü ins absorbées dans

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un sommeil apoplectique. Ces quatre degrés se retrouvent également dans l'intelligence, la sensibilité, le mouvement et, en général, dans toute l’économie.

L'homme ivre-mort entre fréquemment dans des convulsions violentes. Plus souvent encore il passe du sommeil de l'ivresse au sommeil de la mort. Parfois la mort est très rapide et même foudroyante, surtout lorsque le sujet est exposé à un froid intense, ou est passé brusquement d’un milieu à température chaude dans ua milieu froid. Il succombe sous le coup d’un asphyxie, d'une congestion, ou de j’apoplexie. Un cinquième des individus qui entre dans l'ivresse au quatrième dégré ne reviennent pas à la vie.

C'est le résultat moyen des rapports de plusieurs physiologistes éminents, faits à la suite d'observations sérieuses et persévérantes sur les victimes de l’empoisonnement alcoolique.

A part les désordres nerveux qui se manifestent par l’ivresse, l'ivrogne se plaint souvent de violentes douleurs du côté du foie, sur lequel l'alcool exerce une action des plus

énergiques. Et si l'empoisonnement par un excès alcoolique ne se termine pas toujours par la mort, il détermine généralement une maladie dont les symptômes se font remarquer un, deux et même trois jours après que l'ivresse est passée. La bouche est pâteuse, la salive épaisse et visqueuse, la langue chargée d’un enduit blanchâtre qui indique le désordre dans l'estomac. L’appétit est nul.

Les digestions se font mal. Des nausées, des vomissements, des aigreurs, des coliques et bien d’autres dérangements fonctionnels sont le triste lot du pauvre empoisonné. La maladie est plus ou moins grave selon la dose absorbée et l'habitude contractée par un long usage des liqueurs. C’est un véritable erapoisonnement. Et, s’il n’est pas toujours mortel, il ne manque jamais d’affecter plus ou moins toute l'économie, surtout le système nerveux, les organes de la digestion, le foie et même les reins.

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