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Lésions chroniques causées par l'abus prolongé des alcooliques.
Aux désordres passagers que je viens de décrire, produits par l’ingestion d’une trop grande quantité de liqueurs spiritueuses à la fois, ne se bornent pas l’action délétère des alcooliques. Outre ces effets immédiats, bien connus du reste, qui accompagnent chaque excès, et disparaissent avec la cause qui leur a donné naissance, il en est d’autres sur lesquels on est généralement moins renseigné.
Ils sont la conséquence d’un usage répété et longtemps continué, même sans aucun excès, des spiritueux. Le poison opère ici un travail de longue main. C'est de beaucoup le plus terrible et le plus dangereux parce qu'il est moins apparent. L'on s’en défie moins. Et les altérations de l’économie, auxquelles il donne naissance, jettent des racines plus profondes. Sur ce terrain, l'alcool s'attaque non-seulement aux ivrognes de profession, mais autant, et même plus, aux gens réputés sobres, qui font un usage modéré imais cons-
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tant des liqueurs fortes, sans même jamais s'enivrer.
L'ensemble de ces affections morbides constitue une maladie que les médecins modernes appellent a/coolisme.
Lorsque l'alcoolisme prend racine dans la constitution à la suite d’un abus prolongé des boissons énivrantes, il revêt la forme chronique. Il affecte toute l'économie ; aucun appareil n'échappe à l'influence du poison ; aucun organe n'est à l'abri de ses atteintes. Il agit à la fois sur l'état physique, sur l'état mental, sur le moral, et porte son influence délétère jusques sur la descendance. Aussi, les physiologistes ‘trouvent-ils un drgré de similitude entre cette maladie et certaines affections constitutionnelles, telles que les scrofules, etc. “ L'alcool, dit l’un des plus éminents, agit sur l'organisme à la façon des poisons, des virus, qui imnrègnent toute l'économie et créent un état morbide de toute la substance. ”
1. Action de l'alcool sur l'état physique — Pour vous donner, Messieurs, une idée des effets désastreux que l'alcool peut produire
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sur la santé des individus, il me suffit de vous signaler une théorie basée sur des expériences dirigées avec autant d’habileté que de persévérance, et reçue par les savants modernes. D’après cette théorie, l'alcool est absorbé en nature, est inaltérable durant son séjour dans l’économie, et en est éliminé encore à l'état d'alcool. Il entre dans l’organisme, le traverse et en sort sans se modifier, pouvant conséquemment laisser partout des traces de son passage. Ingéré dans l'estomac, il passe dans la veine porte, dans le foie, est versé dans la circulation où il se mèle au sang sans devenir sang lui-même. Par l'intermédiaire de la circulation il se répand dans tous les tissus, imprègne tous les organes, et s'élimine par la peau dans la perspiration, par les reins avec les urines, et par les poumons à l'état de vapeur dans l'expiration, comme l’atteste l'haleine alcoolique qu’exhale le buveur quelques minutes après avoir avalé un verre de boisson.
Une conséquence immédiate de cette théorie, qu’il n’est pas inutile de noter en passant, c'est que l'alcool ne prend aucune
part dans la nutrition. C’est donc se faire illusion que de recourir aux alcooliques comme à un élément réparateur qui soutienne et. réconforte à la manière des aliments. Le propre de l'aliment est de perdre son identité. après avoir été soumis aux forces actives de la digestion ; il cesse d’être lui-même pour devenir partie constituante du sang, et se transformer ensuite en la matière organisée.
L'alcool, au contraire, séjournant en nature dans le sang, comme une substance étrangère, puis rejeté en nature hors de l'organisme sans y avoir subi de transformation, et ne marquant son passage dans l'économie que.
par des effets spéciaux, effets toxiques qni peuvent devenir mortels, proteste par là même contre le rôle alimentaire qu'on a voulu lui prêter. La propriété qu’on ne peut lui contester d’apaiser la faim lui a valu en grande partie son titre aux propriétés réconfortantes qu’on lui attribue vulgairement; mais d’après Lallemand, Perrin et Duroy, qui les premiers ont prouvé l’inaltérabilité de l'alcool dans l’organisme, “si l'alcool parait nourrir et apaiser la faim, son action n’est pas réellement répa-
ratrice ; ses propriétés réconfortantes ne sont dues qu’à la stimulation momentanée qu'il exerce sur le système nerveux. L'inappétence des buveurs ne résulte d’ailleurs le plus souvent que d’une irritation chronique des voies digestives, et non des qualités nutritives des boissons spiritueuses.” —— En tant que l'alcool qu’elles contiennent est concerné, elles ne font que modifier le système, agissant à faible dose comme excitant, à dose moins modérée comme irrifant, à dose élevée comme stupéfiant, jamais comme a/ment ou élément réparateur.
Vous voyez par là, Messieurs, que bien des personnes subissent une impression fausse lorsque, pour fortifier leur constitution débile ou faciliter le travail de la convalescence, elles ont recours à un petit verre de liqueur forte trois ou quatre fois par jour. Outre que cet usage ne contribue en rien au rétablissement de leurs forces, elles s'exposent, en le prolongeant, à tomber sous l'influence
de l'alcoolisme, maladie plus fréquente qu’on
ne le croit communément, et dont je vous ferai connaître bientôt les accidents,
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On a remarqué, en effet, que bon nombre d'individus deviennent alcooliques lors même qu'ils ne s'enivrent jamais. Ils s’alcoolisent en quelque sorte sans secousses, d’une façon lente et uniformément progressive. Et souvent même les individus qui font un usage constant et continu des spiritueux sans se donner le luxe de l'ivresse, sont plutôt aptes à devenir sujets aux effets chroniques de l'empoisonnement alcoolique que des buveurs qui se plongent de temps en temps dans les vapeurs de l'ivresse, et dont les excès sont séparés par des intervales de sobriété, Ces faits m'autorisent À conseiller, comme une mesure de prudence, aux personnes débiles ou convalescentes, de proscrire les eaux-devie de leur régime alimentaire. Le vin, s’il est de bonne qualité, le vin né de la vigne et non d'une opération chimique, ou d'un mélange plus ou moins chargé de principes délétères, est le breuvage dont elles doivent se contenter. Il est reconnu d’ailleurs que le vin est d’une utilité réelle et n'offre pas,
non plus que la bière et les autres boissons
fermentées, les inconvénients que les liqueurs
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distillées entraînent à leur suite. Les diverses substances dont elles sont composées, outre qu'elles neutralisent considérablement l’action pernicieuse de l'alccol auquel elles sont incorporées, réconfortent par leur action directe comme éléments de nutrition. Tant que l'alcool n’a pas été isolé, par la distillation, des divers principes au sin desquels il est engendré dans la fermentation, et avec lesquels il demeure intimement uni, il ne possède qu’à un degré inférieur les propriétés délétères attachées à sa nature de poison toxique.
On aurait tort de se baser sur le fait que l'eau-de-vie est prescrite par les médecins dans certains cas, pour s’autoriser à l’admettre comme nullement pernicieuse. Les alcooliques, comme les autres toxiques, perdent leurs propriétés nuisibles en vertu d'une loi médicale qui veut que l’action des médicasaents soit modifiée par l'état de maladie.
L'Opium, le Sel et le Sené sont prescrits, en certains cas, par les médecins : serait-ce une raison d'adopter ces substances comme des articles de consommation usuelle, dans l'état
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de santé ? Que l’on ait recours aux alcooliques seulement lorsque leur emploi est justifié par une ordonnance médicale, et que l’on respecte les termes de cette ordonnance avec autant de scrupule qu’on le fait à l’endroit des autres médicaments, et l'alcool cessera d'être un agent de destruction. L'on verra disparaître du sein des sociétés humaines, et l'ivrognerie avec son cortége de misères, et l'alcoolisme, cette maladie incommode dont souffrent tant d'individus qui ne s’en doutent point, attribuant leurs malaises à d’autres causes.
Je vous ai mentionné une théorie soutenue par de graves autorités, d'après laquelle l’alcool est rayé de la liste des substances alimentaires, la faculté qu’il a d’apaiser le sentiment de la faim étant due à une stimulation momentanée du système nerveux, ou à une irritation chronique des voies digestives. Plusieurs physiologistes attribuent, en outre, ce rôle purement négatif de l'alcool dans la nutrition à son action sur les phénomènes dont l’ensemble constitue la désassi-
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bonique exhalé, et ralentit, dans la même mesure, l’activité de l'oxydation intra-vasculaire, et, par suite, la production de la chaleur animale. Cette action de l’alcool a pour effet * direct de retarder la métamorphose destructive des organes, qu’il soutient durant un certain temps sans les nourrir : d’où son rôle indirect dans la nutrition. Il n’augmente pas la recette, mais diminue la dépense.
La diminution de chaleur causée par l'alcool dans l’économie proteste contre une erreur populaire qui amène les voyageurs, durant le froid de l'hiver, à entrer dans toutes les auberges qui se trouvent sur la route, sous
le prétexte de se réchauffer par un verre de
whisky. Ces libations déterminent une augmentation passagère bientôt suivie d’une diminution de la chaleur naturelle : ce qui rend, à la vérité, le voyageur moins sensible aux vicissitudes de l'air, mais a souvent pour effet de le faire périr en route, victime du froid qui le maîtrise plus aisément, ou de lui faire contracter des inflammations de poumons,.
Le séjour de j’aicooi dans l'organisme se
prolonge jusqu’à 14 ou 16 heures. Quelle action ne peut-il pas avoir sur l’économie ?
Ce sont les fonctions digestives qui sont appelées à payer, les premières, leur tribut à l'alcoolisme. L'abus prolongé des alcooliques y déterminent une série de désordres qui commencent par la dyspepsie et aboutissent aux lésions les plus graves, souvent ulcéreuses. Le buveur perd l'appétit. Il ne mange guère.
Ce n'est pas que l'alcool lui fournisse des ressources de nutrition. On l’a vu tout-àl'heure. Le besoin d'absorber de nouveaux aliments est émoussé par un état d'irritation devenu bientôt chronique. La digestion se fait mal. L'un des accidents qui caractérisent cette dyspepsie alcoolique est une pituite
accompagnée de vomissements glaireux, dont
le malade se sent pris chaquëé matin à son réveil.
Ce ne serait pourtant qu'un demi mal si ce malaise, déjà trop incommode, devait être le seul prix de l’abus des boissons alcooliques. Les digestions, de plus en plus laborieuses, accompagnées de douleurs aïigües, témoignent avant longtemps de lésions sérieuses
affectant l’intérieur de l'estomac. Les parois de ce viscère s'épaississent, se rident ; la muqueuse devient indurée sur certains points, ramollie sur d’autres, parfois même couverte d'ulcères. Un médecin de Rouen, Leudet, sur vingt-six autopsies de buveurs morts à la suite de leurs excès, a rencontré huit fois les accidents ulcéreux. Il arrive même que le canc:r est quelquefois le redoutable couronnement de ces ravages.
Les effets de l’intoxication ne se bornent pas à l'estomac. Le foie devient affecté par une congestion chronique qui conduit rapidement à la dégénérescence graisseuse, ou foie gras des ivrognes. Cette affection crée un obstacle mécanique à la circulatiou du sang dans la veine porte, et, par suite, diminue la sécrétion biliaire. Cette diminution atteint parfois un degré suffisant pour entraver la nutrition. Le malade succombe alors dans une extrême maigreur.
L'alcool n'épargne guère plus l'organisme lorsqu'il est passé dans le torrent circulatoire, # L'excitation continue qu'entretient dans le
Pr Fat PT TP LES 1? .. Fe 2 M LY stème circulatoire l'abus habituel des alcoo-
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liques, dit Carpenter, est par elle-même une cause prédisposante à l’action morbide. Cette prédisposition est encore augmentée par le contact de l'alcool avec la membrane interne de ce système.” Ici le poison s'attaque au principe même de la vie en s’attaquant au cœur, le foyer principal de la circulation. Il est hors de doute que le passage continu d'un sang mêlé d'alcool à travers cet organe vital ne peut qu'abréger considérablement l'existence des individus adonnés à l’ivrognerie. Avez-vous remarqué qu'après avoir bu un ou deux verres de liqueur forte, votre poulx bat considérablement plus vite? Et en tenant la palpitation dans cette excitation continue par un usage constant des spiritueux, il s'ensuit bientôt des troubles fonctionnels, des altérations de tissu : le cœur subit, comme le foie, la dégénéressence graisseuse ; il se ramollit et devient flasque. L'homme dans cet état morbide peut trèsbien être comparé à un arbre dont le cœur est malsain. Il ne peut demeurer longtemps debout. Je crois pouvoir affirmer que l’abus habituel de l’eau-de-vie abrége au moins d’un quart l'existence des individus.
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De serablables altérations envahissent souvent les vaisseaux de la circulation, et déterminent un état de congestion habituelle, qui se trahit d’abord par des rougeurs disséminées sur le nez et les joues, dégénérant souvent en pustules rouges, puis en indurations tuberculeuses. De là vient la figure repoussante de certains ivrognes.
L'alcool est éliminé de l’économie par la peau, les poumons et les reins. C’est surtout sur ces derniers que s'exerce son influence.
Des observateurs ont trouvé de l'alcool dans les urines jusqu’à vingt heures après l’ingestion du liquide dans l'estomac. Ce contact prolongé engendre des lésions graves dont l'ensemble constitue une maladie spéciale, l'albuminerie, contre laquelle les ressources médicales restent souvent impuissantes. Quelques minutes après l'absorption de l'eau-devie, l'alcool commence à s'échapper, à l’état de vapeurs, par les voies respiratoires. On a démontré que l’influence habituelle des spiritueux sur les poumons favorise le développement des affections pulmonaires en général, engendre une série de troubles morbides. La
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congestion pulmonaire, la bronchite chronique, le catarrhe, la pneumonie, les inflammations et la consomption sont les tristes conséquences du contact renouvelé des poumons avec les vapeurs alcooliques. La voix rauque, rude et caverneuse des buveurs est un premier indice de ces lésions fatales.
Je n'ai encore rien dit des perturbations permanentes, ou de forme chronique, que les alcooliques créent dans le système nerveux.
C'est sans contredit le système nerveux qui.
de tous les systèmes organiques, est atteint le plus fréquemment. Il est généralement frappé le premier, et devient le siége de troubles profonds, de lésions souvent définitives, et de désordres sérieux.
L'individu alcoolisé à la suite de l'abus habituel des spiritueux s'aperçoit qu'il n'a plus la même précision dans le mouvement.
Il est sujet à une sorte d’agitation convulsive connue sous le nom de #rembiement. Les mains sont les premières parties affectées, et la trémulation gagne bientôt les bras, les jambes, la langue et tout le corps. Elle ne tarde pas à se compliquer d’un affaiblissement
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musculaire qui rend les doigts inhabiles et maladroits. Les mains serrent mal les objets ou les laisse échapper ; une débilité générale finit par s'emparer de tous les membres. Le malheureux alcoolique voit parfois se joindre à cela d’autres désordres, tels que les spasmes, les soubresauts dans les membres, les crampes, les accès convulsifs dégénérant souvent en véritable épilepsie. Il n'est pas rare de rencontrer des cas de cette épilepsie alcoolique, qui disparait avec la suppression de la cause déterminante pour reparaître avec chaque retour aux habitudes d’ivrognerie.
Du côté dela sensibilité, des fourmillements se font sentir surtout aux mains et aux pieds, et constituent à la longue un des symptômes les plus incommodes. Its deviennent particulièrement insupportables, le soir, dès que le buveur se met au lit. Aussi, entraînent-ils linsomnie et linquiétude nocturne à leur suite. L'ivrogne émérite ne dort pas ou dort mal. Iise retourne en tous sens et cherche en vain le repos. S'il parvient à trouver un peu de sommeil, cest un sommeil troublé
par des visions fatiguantes, interrompu per