LA GRACE DE L'ENTEXDEMENT
Lorsque Dieu créa l'homme , il lui donna des facultés supérieures à sa nature, à l'aide desquelles cette nature fut rendue plus parfaite. De même qu'un fort stimulant, qui ne renferme aucun suc nutritif, de même qu'un parfum ou un breuvage ravive nos forces physiques, rend nos perceptions plus fines et donne de l'énergie à nos efforts, ainsi, ou plutôt dans un sens bien plus élevé et d'une manière plus variée encore, la grâce surnaturelle de Dieu donne une signification, un but, de la fermeté, de la certitude, aux différentes facultés de ce composé d'âme et de corps qui s'appelle l'homme. La chute de l'homme lui fit perdre ce don divin gratuitement accordé, et, au lieu de s'élancer vers le ciel, il tomba à terre , sans force, dans un état d'épuisement et d'impuissance. Or, lorsque Dieu se dispose, pour l'amour de Jésus-Christ, à
rendre sa faveur à une âme égarée, son premier acte de miséricorde est d'accorder à cette âme une portion de cette grâce, prémices de cette puissance souveraine, énergique, qui rétablit et relève sa nature, qui le rend capable d'accomplir sa tâche , tout en en remplissant une plus élevée que la sienne propre.
Or, l'ignorance de la vérité spirituelle est un des défauts qui ont été la conséquence de la chute de l'homme, et la perception des choses spirituelles est un des dons que Dieu lui accorde dans sa restauration. De sorte que , avant d'être appelé à participer à la grâce de Jésus-Christ, l'homme ne peut que raisonner, argumenter, conjecturer et tirer des conclusions sur la vérité religieuse; mais, après avoir reçu cette grâce, il voit la vérité. « Vous êtes bien heureux, Simon, fils de Jean, dit Notre-Seigneur à saint Pierre, quand celui-ci confessa l'Incarnation ; car ce n'est pas la chair et le sang qui vous ont révélé cela, mais mon Père qui est dans les cieux. » « Je vous rends grâces, ô mon Père , Seigneur du ciel et de la terre, de ce que vous avez caché ces choses aux sages et aux prudents, et de ce que vous les avez révélées aux petits. . . Nul ne connaît le Fils, excepté le Père, et nul ne connaît le Père, excepté le Fils et ceux à qui le Fils veut bien le révéler. » Saint Paul dit, dans le même sens : «L'homme charnel » ou naturel « n'aperçoit pas les choses de l'esprit de Dieu. » Et ailleurs il ajoute : « Nul ne peut dire le Seigneur Jésus que dans le Saint-Esprit. » Saint Jean dit aussi : « Vous avez une onction du Saint , et vous connaissez toutes choses. » Les Pro-
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phètes avaient promis le mùme don avant la venue de Jésus-Christ. « Je vous rendrai , dit Isaïe , tous vos fils disciples du Seigneur, et la paix se répandra sur vous comme des flots. » « L'homme , dit Jérémie , n'instruira plus son voisin et son frère , en disant : Connaissez le Seigneur; car tous me connaîtront, depuis le plus petit d'entre eux jusqu'au plus grand. »
Vous pourrez me demander, mes frères, « que signifie tout cela? Sommes-nous ou ne sommes-nous pas des hommes? Avons-nous, oui ou non, perdu une partie de notre nature par la chute d'Adam ? La raison ne fait-elle pas partie de la nature de l'homme? Ne voitelle pas aussi clair que les yeux? Ne pouvons-nous pas, par la force naturelle de la raison, comprendre toutes sortes de vérités, toutes les vérités relatives à ce monde , à la société humaine, aux royaumes de l'espace, à la matière , à l'àme? Pourquoi la religion seule serait-elle incompréhensible à la raison? Pourquoi ne pourrionsnous pas comprendre le Dieu Tout-Puissant et le ciel? Si nous pouvons examiner, étudier, approfondir l'une de ces choses, nous pouvons approfondir l'autre; si nous pouvons imaginer une chose , nous pouvons en imaginer une autre. Comment serions-nous incapables d'arriver aux vérités de la religion sans le secours surnaturel de la grâce? » Voilà une question qui est de nature à suggérer d'utiles réflexions, et je vais essayer d'y répoudre.
Vous me demandez s'il faut autre chose que des yeux pour voir les vérités de la révélation. Je vous réponds, sans hésiter, que nous avons aussi besoin de lumière.
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L'œil le plus perçant ne distingue rien dans l'obscurité. Votre esprit est l'œil; la grâce de Dieu est la lumière; et il vous serait aussi difficile de faire usage de vos yeux, dans ce monde matériel, sans le secours du soleil, que de faire usage de votre esprit, dans le monde spirituel, sans le secours de la lumière d'en haut. Or, vous êtes nés privés de cette sainte lumière spirituelle, et tant que vous en resterez privés, vous ne verrez pas, vous ne pourrez pas voir réellement Dieu . Je ne prétends pas que vous serez entièrement privés de toute idée de Dieu, ni que vous serez incapables de parler de lui. Je veux dire que vous ne pourrez faire plus que de raisonner sur lui. Vos pensées et vos paroles ne s'élèveront pas au-dessus de la sphère du raisonnement. J'accorde donc ce que vous désirez. Vous prétendez pouvoir raisonner sur Dieu par la seule force de votre esprit : oui, sans doute, vous le pouvez; mais inférer qu'une chose est, ce n'est la voir, ni par rapport au monde physique , ni par rapport au monde spirituel.
Supposez un homme privé de la vue dissertant sur les formes et les couleurs , et vous comprendrez mieux ce que je veux dire. Un aveugle peut acquérir beaucoup de connaissances de différents genres, et connaître très-bien des objets visibles qu'il ne lui est pas donné d'apercevoir. Il peut être capable d'en parler coulamment et aimer à en parler; il peut même parler de la faculté de la vue, comme s'il voyait, au point de faire croire qu'il voit réellement; il parle des hauteurs, des distances , des directions, de la dis-
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position des lieux, des formes, des apparences, aussi naturellement que les autres hommes. Il ne se rend pas compte de l'extrême privation (ju'il éprouve, et si vous me demandez comment cela se fait , je vous repondrai que cela vient de ce qu'il a entendu parler de ces choses, et il répète ce qu'il a entendu dire; cela vient aussi de ce qu'il ne peut s'empêcher de parler des sujets dont tout le monde s'entretient, et d'en tirer des conclusions. 11 finit ainsi par se persuader qu'il sait ce qu'il ignore.
L'aveugle entend des conversations autour de lui ; on peut lui faire des lectures ; il se forme une idée vague des objets visibles , et , quand il en parle, ce qu'il en dit est assez exact pour ne pas permettre de soupçonner tout d'abord qu'il connaît si peu ce dont il parle. D'inductions en inductions, il se met en état de causer des choses qu'il ne voit pas, mais qu'il suppose devoir être ainsi, en admettant que d'autres sont telles qu'il se les représente. Par exemple , s'il sait que le jaune et le bleu forment le vert, il peut affirmer, sans crainte de se tromper, que le vert est plus semblable au bleu que ne l'est le jaune. Si on lui a dit qu'un homme a cinq pieds et quelques pouces, et qu'un autre a six pieds , il pourra, s'ils se trouvent tous deux devant lui , affirmer, comme s'il les voyait , que le dernier est plus grand que le premier. 11 ne juge pas par ses yeux ; mais sa raison les remplace. Il y a peu de temps , on s'est beaucoup occupé dans le monde d'un savant qui a découvert une nouvelle planète. Comment a-t-il fait pour arriver à ce résultat? passait-il
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ses nuits entières exposé à la fraîcheur de l'air pour observer le ciel avec ses instruments , jusqu'à ce qu'à l'aide d'un télescope puissant, il aperçût dans l'éloignement, à travers les vapeurs, ce nouveau corps céleste? Loin de là ; on raconte, au contraire, qu'il est resté tranquillement assis dans son cabinet , faisant des calculs sur le papier, non la nuit, mais le jour, et qu'il est parvenu, sans regarder une seule fois les astres , à démontrer, d'après la position connue du soleil et des planètes, d'après leur nombre, leurs positions, leurs mouvements, leurs influences, qu'il devait y avoir une planète inconnue dans un certain endroit, et que les astronomes l'y découvriraient s'ils tournaient leurs instruments de ce côté. Voilà un homme qui lisait dans le ciel, non avec le secours des yeux, mais avec celui de sa raison. La raison peut donc, en quelque sorte, remplacer la vue ; il en est, sous plusieurs rapports , de même avec les autres sens. Vous savez combien les aveugles s'aperçoivent facilement de la présence de leurs amis, et avec quelle faculté ils devinent les sentiments des personnes qui leur sont inconnues, par le ton , la voix et les pas , au point qu'on dirait qu'ils comprennent les regards, les gestes, le maintien des gens, comme s'ils les voyaient, et cette faculté extraordinaire étonne ceux qui croient pouvoir cacher leur façon de penser à un aveugle.
Cet exemple vous explique comment l'homme, abandonné aux ressources de la raison naturelle, peut comprendre en partie les objets surnaturels et surtout en parler. Il y a un corps flottant de vérités catholi-
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fjues répandues dans le monde ; elles ont été transmises d'un siècle à Tautre par la tradition ; elles sont propagées par la prédication de pays en pays, de génération en génération, et se trouvent semées dans toutes les parties du monde ; elles ne sont intégrale^ ment et en toute pureté que dans l'Eglise; mais des parties grandes ou petites s'en détachent de temps en temps, se répandent au loin et pénètrent dans des lieux qui n'ont jamais été éclairés par la grâce. Les hommes peuvent s'emparer de ces vérités éparses et les professer, lorsque le hasard les leur a présentées. Des fragments de la révélation, tels que le dogme de la sainte Trinité ou celui de l'expiation, par exemple, sont la religion qu'on leur a enseignée dans leur jeu-* nesse ; c'est pourquoi ils conservent ces vérités, ils leâ professent, sans les voir réellement, comme les voient les catholiques, mais comme les ayant reçues de In bouche d'autrui, et ils les répètent par imitation.
Voilà comment il arrive souvent que des hommes placés en dehors de l'Eglise catholique écrivent des sermons et des instructions, font des livres de dévotion, composent des hymnes et se livrent à d'autres travaux religieux contre lesquels il n'y a rien ou peu de chose à dire, qui sont le fruit, non pas de leur esprit , mais de sérieuses études , et souvent aussi des traductions fidèles faites sur des originaux catholiques. Les cérémonies et les vérités catholiques sont si belles , si grandes, si consolantes , qu'elles se font aimer et admirer d'un amour naturel , de même qu'un paysage et un chef-d'œuvre de mécanicjuc sent des objets d'ad-
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miration. Ainsi, Ton voit des hommes d'une imagination vive professer telle ou telle doctrine, adopter telles ou telles cérémonies, accepter tels usages, et cela à cause de leur beauté, sans se demander si ces choses sont vraies, sans en avoir Tintelligence. On les voit décorer leurs églises, développer et perfectionner leur liturgie , allumer des cierges, répandre des fleurs, brûler de l'encens, faire des processions, non par sentiment de foi, mais par poésie. La croyance catholique, venant de Dieu , est si harmonieuse , si conséquente avec ellemême , toutes ses parties se tiennent si bien, se correspondent si bien, qu'un esprit sagace qui en connaît une partie peut en deviner d'autres par induction, par le seul travail du raisonnement. Ainsi un bon logicien peut avoir la certitude que si Dieu est infini et que si l'homme est fini , il doit y avoir des mystères dans la religion. Il ne comprendra peut-être pas pour cela le sens mystérieux de la religion , mais il le juge nécessaire; il est amené à cette conclusion par la force de la logique, et il la maintient pour échapper à une contradiction. Il y a des hommes qui , entendant parler d'une doctrine, disent : « Puisque cette doctrine a pour elle l'évidence et la raison, je dois l'adopter. » Ils ne la voient réellement pas ; ils n'en ont pas la perception , et pourtant ils l'adoptent , ils la professent , parce qu'ils sentent qu'il serait absurde de faire autrement dans les conditions où ils sont placés. L'homme se charge la mémoire d'une vaine formule au lieu de contempler avec les yeux de l'âme Dieu lui-même ,
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source de toute vérité, et la doctrine même qui émane de sa bouche.
Il est possible , avec une grande pénétration , de deviner des doctrines dont on n'a jamais ouï parler. Ainsi, avant de savoir ce qu'en dit rÉcriture, on peut se former l'opinion que le péché est contre Dieu une offense grande au-delà de tout ce qu'on peut imaginer, car sans cela pourquoi Jésus-Christ aurait-il souffert? C'est-à-dire qu'on voit que, dans le système de la doctrine chrétienne, le péché doit être un grand mal. Un logicien conclurait facilement que nos corps doivent ressusciter, de ce que le Dieu [éternel a honoré la chair humaine au point de s'en revêtir comme d'une partie de lui-même; il déduirait nécessairement la résurrection et les peines éternelles, comme simples conséquences des vérités à lui connues. C'est ainsi que des savants, qui sont hors de l'Eglise, peuvent composer des ouvrages utiles sur les preuves de la religion, écrire des traités pour défendre des doctrines particulières, ou expliquer le système général du catholicisme ; dans ces divers cas, la raison devient la servante de la foi ; mais elle n'est pas encore la foi; la raison ne s'élève pas au-dessus d'une vue ou notion de l'intelligence ; elle affirme, non comme saisissant la vérité et la voyant , mais comme étant d'avis, comme jugeant ainsi, comme y arrivant par conclusion.
Voilà tout ce que l'homme , aidé des lumières de la nature, peut faire; il est capable de sentir, d'imaginer, de raisonner, de tirer des inductions; il peut, par tous
ces moyens, aller jusqu'à accepter en totalité ou en partie la vérité catholique ; mais il ne peut la voir, il ne peut l'aimer. 11 pourra cependant embarrasser des personnes religieuses qui ne se rendront pas compte du secret par lequel il a pu arriver à ce résultat. Elles ne comprendront pas que l'on puisse parler si bien , à moins d'être inspiré par l'Esprit de Dieu, quoiqu'on se trouve hors de l'Eglise. Il en est ainsi des œuvres de plusieurs anciens hérétiques qui ont écrit sur l'Incarnation, lien est de même des hérétiques modernes qui ont traité de la doctrine de la grâce. Ils s'expriment parfois avec une telle beauté de style et une telle profondeur d'idées , qu'on ne peut s'empêcher d'admirer ce qu'ils disent sur ces sujets , bien que l'on sache qu'au fond ils n'en parlent pas d'une manière exacte. Mais, mes frères, les sentiments qu'ils expriment peuvent être bons et justes en eux-mêmes, et cesser de l'être chez eux. Ce sont des vérités isolées qu'ils sont parvenus à déduire d'un ordre de faits sur lesquels ils ne voient et ne comprennent rien, et leur hérésie, sur d'autres points touchant de près à l'acceptation de ces vérités, prouve suffisamment qu'ils ne voient pas ce dont ils parlent. Un aveugle, discourant sur les formes et les couleurs , peut dire des choses justes; mais il en dira de fausses , et ces inexactitudes suffiront pour montrer qu'il ne possède pas réellement le sujet dont il parle quelquefois d'une manière irréprochable ; car s'il jouissait du sens de la vue , non-seuletncnt il serait exact sur la plupart des points, mais il ne îfe tromperait sur aucun. Supposons, par
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exemple, que cet aveugle sache que deuv^ édifices sont de la même hauteur. 11 peut se faire qu'il en conclue hardiment qu'ils se présentent à nos yeux sous le même aspect et dans les mêmes proportions, ne sachant pas que l'un d'eux étant plus éloigné peut paraître plus petit que l'autre, d'un tiers ou d'un quart. Ainsi, lorsque des hommes qui sont hors de l'Eglise , et qui n'ont pas l'expérience pratique de la dévotion des catholiques pour la très-sainte Vierge Marie, mère de Dieu, lisent nos prières et nos litanies , lorsqu'ils voient leur longueur et l'énergie de leur langage , ils affirment, en toute confiance, que la très-sainte Vierge est, à tous égards, l'objet de notre adoration, à l'exclusion du Dieu suprême ou concurremment avec lui ; car ils ne comprennent pas que Celui « en qui nous vivons , nous nous mouvons et nous sommes , » qui nous crée une seconde fois par l'infusion de sa grâce , qui nous nourrit de son corps et de son sang, est plus près de nous , est plus intime avec nous que toutes les créatures. Ils ne savent pas que les saints, les anges, la très-sainte Vierge elle-même, sont nécessairement à une certaine distance de nous en comparaison de Dieu, et que , quel que soit le langage dont nous usons envers eux , quand bien même nous emploierions les mêmes expressions qu'en nous adressant à notre Créateur, elles ont un sens proportionné à la position de celui à qui nous nous adressons. Ainsi ces faiseurs d'objections sont confondus par leurs objections mêmes, qui prouvent qu'ils ne savent et ne voient rien de Tobjet sur lequel il» raisonnent.
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Je crois avoir suftisainineiit expliqué ce (ju'on entend lorsqu'on dit que l'homme abandonné aux lumières de la nature croit les vérités divines, comme on a une opinion, et non comme un point de foi. La gnice croit; la raison pense. La grâce donne la certitude ; la raison est toujours incertaine. Il est à remarquer que ce trait caractéristique de la raison est si bien senti par les personnes mêmes dont je parle , que , quelque extension qu'elles donnent à leurs opinions, quelles qu'elles soient, sachant qu'elles n'ont point de convictions réelles et déterminées relativement à la vérité révélée , elles abordent audacieusement la difficulté, en regardant comme une folie d'admettre la certitude de la vérité révélée et comme un mérite d'en douter. Par exemple : « la sainte Eglise catholique » est un point de foi , car c'est l'un des articles du Symbole des Apôtres; cependant ces personnes regardent comme des impatients ceux qui s'inquiètent de leur incertitude sur la question de savoir où est cette Eglise et ce qu'elle dit. Elles savent très-bien qu'aucun être vivant ne pourrait avoir une foi et une confiance entières en l'Etablissement anglican, à moins qu'il ne fût dans un état de grossière ignorance ou qu'il ne fît violence à sa raison ; elles savent que la majeure partie de ses membres n'ont aucune foi en lui, et que les autres ne savent rien en dire, sinon qu'il vient indirectement de Dieu , et que le parti le plus sûr est de rester dans son sein. Ces personnes-là n'ont point de foi ; elles ont seulement une opinion sur cet article du Symbole. Elles sont donc obligées de dire , pour
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justifier leur conduite, que la foi n'est pas nécessaire , qu'un état de doute suffit , et qu'on n'est pas tenu à autre chose. Elles attribuent à l'impatience d'un esprit inquiet les efforts de ceux des membres de leur communion qui , cherchant à exercer leur foi en la sainte Église catholique, comme vérité révélée, — ainsi qu'elles le font elles-mêmes pour la sainte Trinité ou la Résurrection de Notre-Seigneur, — cherchent et demandent de tous côtés ce qu'ils ont à faire pour cela. Elles vont même jusqu'à faire un crime aux catholiques de manifester quelque confiance dans l'Eglise et son enseignement. 11 arrive que ceux qui quittent une secte protestante pour entrer dans l'Eglise catholique voient s'évanouir l'incertitude , l'hésitation d'esprit qu'ils montraient avant leur conversion, hésitation qui se trouve remplacée par une confiance pleine et ferme ; ils avaient des doutes sur leur ancienne religion , ils n'en ont point sur la nouvelle. Ils n'ont plus de craintes , plus d'anxiétés, plus de difficultés, plus de scrupules. Ils parlent comme ils pensent, et le monde ne comprend pas que c'est là un effet de la grâce que ces âmes ont reçue (comme nous pouvons humblement le croire). Il ne comprend pas, bien qu'il ait une connaissance parfaite de la région de l'ombre de la mort dans laquelle il est plongé, qu'il n'en a aucune de la cité dont le Seigneur Dieu et l'Agneau sont la lumière, et, mesurant ce que les catholiques possèdent à ce qu'il ne possède pas, il les traite de présomptueux, de fanatiques , d'extravagants. Le monde regarde ce changement d« religion comme un changement en pis et la
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preuve manifeste que cette démarche a été une faute et une folie, lorsqu'elle a produit exactement l'effet qu'elle devait produire en étant un changement en mieux.
Le monde nous dit que la certitude, la confiance, la hardiesse de langage, ne sont pas des choses chrétiennes ; mais est-ce là plaider une cause ou porter un jugement d'après des faits? Qu'est-ce qui distinguait les martyrs des premiers temps de l'Eglise? Etait-ce la confiance ou le doute, le zèle ou la froideur, la fermeté ou l'irrésolution? La religion de Jésus-Christ futelle propagée par la ferveur de la foi et de l'amour, ou par l'argumentation philosophique? Regardez les premiers martyrs, mes frères : qu'étaient-ils? Pour la plupart, de jeunes garçons, de jeunes filles, des soldats et des esclaves. — « C'étaient, dira le monde, des personnes à têtes chaudes, qui auraient mené une vie sage si elles n'avaient préféré mourir ; ou bien c'étaient des rebelles qui déchiraient les décrets impériaux, qui troublaient l'ordre public , qui n'étaient contents que lorsqu'on les jetait dans la fosse aux lions, et qui, étant chassés d'une ville pour avoir prêché la nouvelle religion , allaient la prêcher dans la ville voisine. » Le monde aveugle s'exprime ainsi à l'égard de ceux qui voyaient l'Invisible. Oui ! c'est la vue spirituelle de Dieu qui les faisait ce qu'ils étaient. Personne n'est devenu martyr pour une conclusion, pour une opinion : la foi seule fait les martyrs ! Celui qui connaît et aime les choses ^de Dieu ne peut les nier ; il peut avoir peur des supplices et de la mort, mais sa foi est
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encore plus grande que sa peur, et elle triomphe do cette peur comme le soleil triomphe de la poussière et des brouillards qui parfois obscurcissent sa lumière , comme la roue d'^un char triomphe des obstacles qu'elle rencontre dans sa course rapide. Les martyrs voyaient, et comment auraient-ils pu s'empêcher do parler de ce qu'ils avaient vu ? Ils pouvaient frissonner devant la peine; mais ils n'avaient pas la puissance de ne pas voir. Si les menaces avaient pu détruire les vérités célestes, elles eussent fait taire la voix de leur conscience. 0 mes frères, le monde est curieux et intelligent; il sait beaucoup de choses; il parle avec élO" quence et profondeur ; mais y trouverait-on un homme qui consentît à souffrir le martyre pour une idée tirée du chaos de ses opinions? Quelques-unes sont vraies; d'autres sont fausses ; mais trouvez une personne qui veuille périr pour l'une d'elles ! Les enfants du monde parlent haut ; ils déclament contre la doctrine qui enseigne que Dieu venge les crimes des hommes ; consentiraient-ils à mourir plutôt que de confesser cette même doctrine? Ils font des tableaux magnifiques de la miséricorde infinie de Dieu; consentiraient-ils à mourir, plutôt que de nier cette miséricorde? S'ils n'y consentent pas, c'est qu'ils n'ont pas même l'enthousiasme, l'obstination, l'esprit de parti nécessaire pour défendre leurs opinions ; bien moins encore ont-ils la grâce. Ils parlent sur une opinion et par induction. Il y a des écrivains qui recommandent d'avoir confiance en la communion légalement établie, qu'ils considèrent comme une branche de l'Eglise catholique;
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ils peuvent soutenir que cette opinion peut être défendue avec succès; mais ce n'est cependant chez eux qu'une opinion ; car dites-leur : Combien y en a-t-il parmi vous qui soient prêts à mourir, plutôt que de la rétracter? regardez-vous comme un péché de douter de l'église officielle? ou plutôt, ainsi que je l'ai déjà dit, ne trouvez-vous pas qu'il est permis, qu'il est naturel, nécessaire, convenable, sage et humble de concevoir ces doutes ? N'avez-vous pas meilleure opinion de l'anglican qui doute, pourvu qu'il ne pousse pas ses doutes trop loin et qu'il n'aboutisse pas à l'incrédulité?
Ces mêmes personnes, qui parlent si sévèrement de ceux qui abandonnent la communion dans laquelle ils sont nés , quoiqu'elles n'y aient pas une bien grande foi elles-mêmes , sont portées à considérer un pareil acte comme un affront fait à leur secte , bien plus encore que comme un malheur pour celui qui en sort. Elles regardent cet acte comme un outrage criminel fait à leur parti et à leur cause , outrage plus ou'moins grave , selon le tort qu'il leur cause dans des circonstances données,. Ce n'est pas la séparation de l'individu qui est un grand péché à leurs yeux, mais le dommage qu'elles en reçoivent. Si celui qui s'éloigne a de l'importance , et s'il est utile à leur cause , d'une manière ou d'une autre , ces personnes protestent contre sa démarche ; s'il leur est désagréable et importun, s'il va trop loin (comme elles le disent) , s'il donne du scandale , s'il est devenu le centre d'une influence fâcheuse , s'il trouble en quoi que ce soit l'ordre de leur
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