MOTIF DU PREDICATEUR
de nous comme bou lui semble , mes frères, cela ne nous empêchera pas de dire ce que nous pensons et ce que le Dieu éternel pense et dit du inonde. Nous avons le droit de nous former un jugement sur le monde, autant que le monde a le droit d’en former un sur nous, et nous entendons user de ce droit. Car si, d’une part, nous savons qu’il nous juge mal, de l’autre nous savons, par le témoignage de Dieu, que nous le jugeons bien. Tandis qu’il s’efforce de rapporter notre zèle à un motif, à un principe qui lui appartient , je vais vous prouver sans beaucoup de peine , si vous voulez me prêter votre attention , que c’est notre horreur pour ces motifs et ces principes, notre compassion pour les âmes soumises à leur influence , qui nous rendent si industrieux, si actifs, qui nous décident à nous établir dans une ville qui ne nous offre aucun avantage temporel, mais ou les erreurs religieuses abondent , et dont la nombreuse population nous est chère par ses âmes que nous voudrions sauver.
O mes frères, le monde, si préoccupé de ses intérêts matériels et des plaisirs des sens, ne comprend guère quel est le véritable état de l’âme humaine , quelle est sa position vis-à-vis de Dieu, quelle est son histoire dans le passé, quelles sont ses espérances dans l’avenir. Le monde se crée une manière particulière d’envisager les choses et n’en sort pas. 11 ne se donne jamais la peine de rechercher si cette manière de voir est juste , il ne s’enquiert pas s’il existe quelque règle extérieure, quelque source d’information pour arriver à savoir la vérité sur les choses qui forment le sujet de ses juge-
ments. Il admet comine exact tout jugement formé à la première vue , bien qu’il ne soit porté que sur des apparences. 11 ne se donne pas la peine de penser à Dieu ; il vit au jour le jour, et (dans la mauvaise acception du mot) « il n’a pas de souci du lendemain. » Ce qu’il voit, ce qu’il goûte, ce qu’il touche , suffit à ses désirs ; là est la limite de ses connaissances et de ses inspirations; ce qui exerce quelque influence sur la société , ce qui est utile est seul respectable à ses yeux. L’efficacité est pour lui la règle du devoir; le succès est la preuve de la vérité. Il croit à ce qu’il voit; il nie ce qu’on ne peut lui faire voir. II enseigne, par conséquent, qu’il ne faut pas de grands efforts pour être sauvé; qu’il n’a pas commis de grands péchés, ou que ces péchés lui ont été pardonnés; qu’il peut avoir pour l’éternité uue entière confiance en la miséricorde de Dieu , et qu’il doit éviter tout ce qui ressemble à l’abstinence, à l’abnégation, à l’empire sur soi-même, à la mortification, comme étant des pratiques outrageantes et.de nature à discréditer cette miséricorde. Voilà, sur notre condition dans cette vie terrestre, la doctrine que le monde enseigne , par ses nombreuses sectes et ses philosophies. Mais, d’un autre côté, quelles sont les doctrines de l’Eglise sur cette même question ?
L’Église enseigne que l’homme fut fait dans l’origine à l’image de Dieu, qu'il était le fils adoptif de Dieu, l’ami de Dieu, l’héritier de Dieu, l’héritier de la gloire éternelle , et qu’en attendant les béatitudes de l’éternité, il jouissait dans celte vie de grâces nom-
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bretises et de privilèges étendus. Elle enseigne en outre que, maintenant, l’homme est un être déchu , placé sous la malédiction du péché originel, privé de la grâce divine ; il est l’enfant de colère, et, ne pouvant par lui-même arriver au ciel, il est dans un danger imminent de tomber en enfer. Je ne veux pas dire qu’il est condamné à la perdition par quelque loi nécessaire, car il ne peut périr que par sa volonté et ses péchés, et Dieu lui accorde, même dans son état de nature, une foule d’inspirations et de secours pour le conduire à la foi et à l’obéissance. 11 n’y a pas un seul fils d’Adam qui ne puisse être sauvé, en tant que son salut dépend de l’assistance divine; mais lorsqu’on considère la puissance des tentations , la force des passions , l’ascendant de l’amour-propre et de la volonté, l’empire de l’orgueil et de la paresse dans chacun de ses enfants, qui oserait affirmer, de telloàmeen particulier, qu’elle sera capable dë se maintenir dans l’obéissance sans une abondance, une profusion de grâce sur laquelle on ne peut raisonnablement compter? car une pareille faveur ne serait point en rapport , je ne dis pas avec les droits (car il n’y en a pas), mais avec les besoins stricts de la nature humaine. On peut prévoir presque en toute assurance que l’homme né dans le monde , s’il arrive à l’âge de raison , tombera en péché mortel et perdra son âme, malgré les secours généraux de la grâce de Dieu. Ce n’est pas une faible assistance, un secours de peu de valeur que celui par lequel l’homme est arraché en quelque sorte de ses propres mains et délivré de ses passions. 11 a besoin
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pour cela d’un remède plus qu’ordinaire. Quelle pensée sérieuse ! quelle lumière cette pensée jette sur l’état actuel de l’homme ! Qu’elle nous le présente sous un aspect différent de celui sous lequel le monde le considère ! Qu’elle est poignante, qu’elle est puissante sur le cœur de ceux qui l’acceptent!
Examinez de près, mes frères , examinez avec attention l’histoire d’une âme née dans le monde et élevée selon ses principes, et vous acquerrez la conviction et la preuve de ce que je vous dis. Le pauvre enfant passe ses deux , trois ou cinq années d’innocence, heureux en ce qu’il ne peut encore pécher; mais enlin (jour redoutable !) il commence à faire la distinction entre le bien et le mal. Hélas! un peu plus tôt, un peu plus tard, car il n’arrive pas toujours au même âge, ce jour cruel doit venir. L’enfant acquiert la faculté, la grande, la terrible, l’effravante faculté de juger qu’une chose est mauvaise et de la faire malgré cela. Il sait très-positivement qu’il offensera son Créateur et son juge en agissant ainsi ; et, quoiqu’il soit réellement capable de s’abstenir du péché, il est cependant libre de le commettre. Il jouit de la terrible liberté de commettre un péché mortel. Jeune comme il est , il a néanmoins de son pédié une notion aussi nette que celle de l’Esprit malin au moment de sa chute, et il y succombera avec un consentement aussi parfait que le sien. Le jour est venu et ne se passera peut-être pas ; ses premières heures ne seront peut-être pas écoulées sans que le jeune homme exerce celte redoutable faculté, ne fasse fæ qu’il ne
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devrait pas faire, ce qu’il n’a pas besoin de faire, niais ce qu’il est cependant libre d’accomplir!
Parmi les personnes de notre connaissance , s’en trouve-t-il une dont nous puissions affirmer que si elle était restée dans l’état de nature, elle aurait fait usage de la grâce à elle accordée, et que si elle se trouve actuellement dans cet état, elle a profité de celle qui lui est départie, de manière à éviter le crime d’offeuser Dieu et la punition attachée à ce crime? Non , mes frères. Une ville aussi grande que celle où nous sommes présente un spectacle e (frayant. En parcourant scs rues, combien ne rencontrons-nous pas de nos semblables qui n’ont peut-être jamais été baptisés! Et le leste, comment se compose-t-il, si ce n’est d’hommes qui, quoique baptisés, sont pour la plupart ou des pécheurs qui n’ont pas su conserver la grâce que Dieu leur a donnée, ou même qui , dès les premières années de leur vie, se sont échappés du bercail, seul lieu de salut! La raison et le péché se sont développés ensemble, et ont dès le principe marché de concert. Pauvre enfant! il n’est point changé aux yeux de son père et de sa mère ! ils ne s’aperçoivent pas de ce qui • s’est passé dans son coeur; et peut-être que, s’ils le savaient, ils ne s’en effraieraient pas, car ils sont, comme lui, en état de péché mortel. Eux aussi, avant de se connaître, ont commis des péchés, des péchés mortels, et ils ne se sont jamais réconciliés avec leur Dieu ; ils ont vécu de longues années dans cet état, sans en comprendre l’horreur. Puis ils se sont unis par les liens du mariage; ce jour fut un jour de joie pour eux;
mais ce fut un jour de deuil pour les anges. Leur condition est modeste ou brillante , leur existence temporelle est heureuse ou malheureuse; mais leur union n’a pas obtenu les bénédictions de Dieu. Ils ont donne le jour à un enfant; ce dernier n’a pas été condamné à l’enfer dès son berceau , mais il est né sous de mauvais auspices. On pouvait facilement prévoir qu’il suivrait la voie de toute chair ; le moment fatal est arrivé; nos présages funestes vont se réaliser. Cet enfant a mangé du fruit défendu; il a dévoré avec délices le fruit de l’arbre de mort et de j>écbé ; les portes de l’enfer se sont ouvertes pour lui, mais il n’a pas entendu le bruit qu’elles ont fait en tournant sur leurs gonds; il ne les a pas vues s’entre-bâiller ; il n’a pas d’veux pour Voir ses flammes ; mais les habitants de l’ablme fixent Iéurs regards sur lui ; sa place est irrévocablement marquée parmi eux ; à moins que son Créateur n’intervienne par quelque moyen extraordinaire, il est
Cependant, quoiqu’il soit l’esclave du péché , son esprit se développe toujours; son intelligence s’ouvre; le temps passe; il apprend peut-être une foule de choses ; il a de belles dispositions ; on s’applique à les cultiver. 11 peut avoir des manières engageantes; sou humeur surtout est légère et enjouée comme celle de la plupart des enfants. 11 est élevé pour le monde; il forme ses jugements; il arrête ses principes; il se fait des opinions et un certain caractère. Ce caractère est plus ou moins aimable ; il possède plus ou moins de vertu naturelle; peu importe : lecœurestatteintd’un