‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 17 sur 68 · CRITÉRIUM DU PRINCIPE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

CRITÉRIUM DU PRINCIPE CHRÉTIEN

scélérat célèbre tombe justement sous le glaive de la loi, oïl en fait une sorte de martyr; en s’arrache les lambeaux de ses habits; on conserve ses autographes comme des reliques précieuses; on veut voir les instruments, ensanglantés qui lui ont servi à accomplir son crime. Ce qui intéresse les hommes, ce n’est pas de savoir si tel individu a été bon, sage, saint, ou s’il a été vil, méprisable, odieux; ce qui excite la curiosité du public, c’est que tel homme a été célèbre, c’est qu’il a fait quelque chose d’extraordinaire, c’est qu’il a été (s’il est permis de parler ainsi) canonisé par les mille bouches du journalisme. Tous les hommes ne peuvent parvenir à se faire connaître; ceux qui rendent le plus grand hommage à la célébrité n’en sont pas avides pour leur propre compte ; je ne parle pas jci de la manière dont les hommes agissent , mais seulement de leur manière de penser. Il s’est rencontré de temps en temps des êtres tellement dominés par la passion de la célébrité, qu’on les a vus se porter aux actes les plus criminels pour faire du bruit. Ils savaient qu’ils faisaient mal ; ils n’avaient aucune haine contre les victimes de leur crime, et, en le commettant, ils ne cherchaient qu’à satisfaire leur soif insatiable de célébrité. « Voilà tes dieux, ô Israël ! » Hélas ! ce peuple si grand et si noble, né pour aspirer aux grandes choses et les révérer, il se traîne à tâtons, à la lueur de la torche qui éclaire ses mines souterraines ; il poursuit les feux follets qui courent sur les marécages; il ne se comprend pas lui-même; il méconnaît ses hautes destinées , et ne s’aperçoit pas de son abjection, de ses

besoins, parce qu’il ne jouit pas des lumières glorieuses des cieux pour voir, consulter et admirer !

Mais quel changement s’opère dans l’esprit des pécheurs, quand la main paternelle de Dieu les mène, par quelque voie merveilleuse de sa providence, à l’orifice du puits, et de là les conduit. à la pure lumière du jour! Quel changement s’opère crf eux, lorsqu’avec les veux de l’âme, avec l’intuition que donne la grâce , ils voient Jésus , ce soleil de justice ; le ciel , rempli d’anges et d’archanges , dans lequel il habite ; la brillante étoile du matin, qui est la bienheureuse •vierge Marie; ce torrent inépuisable de lumière qui tombe du ciel pour- éclairer la terre , et qui, en tombant, se décompose en une infinité de nuances qui sont les saints ; lorsqu’ils voient, dis-je, la mer sans bornes , image de l’immensité divine, et, pendant la nuit, la lune tranquille et sereine, symbole de l’Eglise; les étoiles silencieuses, pareilles à de bons et saints pèlerins qui se rendent solitairement au séjour de l’éternel repos ! Telle fut la surprise, tels furent les transports des disciples bien-aimés que Notre-Seigneur mena un jour au sommet du Thabor. Il laissa le monde malade, la foule tourmentée et inquiète , au pied de la montagne; il conduisit ses apôtres sur la cime et se transfigura à leurs yeux. « Sa face resplendissait comme le soleil , et son vêtement était blanc comme la lumière. » Ils levèrent les yeux , et virent deux figures brillantes qui se tenaient l’une à sa droite , l’autre à sa gauche : c’étaient deux saints de l’ancienne alliance, Moïse et Élie , qui conversaient avec fui. Cette vision était vrai-

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