CRITÉRIUM III! PRINCIPE CHRÉTIEN
leurs principes de conduite : c’est l’image d’un saint. Un saint naît comme les autres hommes ; il est par sa nature enfant de la colère de Dieu, et a besoin de la grâce de Dieu pour être régénéré. Il est baptisé comme les autres enfants d’Adam ; comme eux, il est faible et ignorant dans son enfance, cl comme eux il atteint l’âge de raison. Mais bientôt ses parents et leurs voisins commencent à dire : ’« Voilà un enfant étrange; il ne ressemble pas aux autres enfants. » Ses frères et ses camarades ont pour lui un certain respect dont ils ignorent la cause j ils l’aiment et ne l’aiment pas tout ensemble; ils l’aiment beaucoup malgré sa bizarrerie, et peut-être ils le respectent plus qu’ils ne l’aiment. Mais s’il y avait là un saint prêtre, ou toute autre personne ayant longtemps servi Dieu dans la prière et l’obéissance, il leur dirait : « Cet enfant est vraiment étonnant , il promet de devenir un saint. » Un attendant, il grandit, apprécié on non par ses parents à sa juste valeur ; car c’est le sort de tout ce qui est grand de n’ètre pas compris de suite par les esprits ordinaires. Le temps , la distance et la réflexion sont des conditions nécessaires pour faire reconnaître et apprécier la véritable grandeur. C’est pour cela que l’héritier de gloire dont je parle est peu rcmarqué-d’abord, et qu'on ne commence à l’observer avec soin que lorsque (ce qui arrive quelquefois) un signe , un trait miraculeux appelle l’attention sur lui. 11 a atteint l’âge de raison , et, chose étonnanlc à dire , il n’a jamais succombé au péché. Le premier usage que les autres enfants font ordinairement de leur raison, c’est d’en abuser; ils
n’apprennent à connaître le bien et le juste que pour ne pas le suivre.
Si nous examinons , au rayôn de la pureté divine > la conduite, de notre jeune saint ,' nous trouverons , à la vérité, qu’il pèche en bien des choses; mais nous verrons aussi que ses fautes ne sont ni de propos délibéré , ni très-graves. 11 se préserve de tout péché mortel ; il n’est jamais Séparé de Dieu par le péché. Bien plus , ce n’est que par intervalles qu’il se laisse aller à quelque faute délibérée, quelque légère qu’elle soit; il n’a point l’habitude du péché, pas même du péché le moins grave ou véniel , et résiste énergiquement aux tentations. Il est toujours en la présence de Dieu , et par là il se préserve du mal, car « l’esprit malin ne le touche pas. » Dans les choses moins importantes, il ne diffère pas essentiellement des autres enfants; il est peut-être comme eux Ignorant, étourdi , vif, imprévoyant, emporté; il est enfant: il a les faiblesses, les défauts, les craintes et les espérances de son âgé. Il est peut-être enclin à la colère ; il peut répondre brusquement, offenser ses parents, être léger ‘et capricieux ; il peut ne pas avoir des idées arrêtées telles que les a un homme. Tout cela n’est pas grand’chosc ; ce sont des accidents, des défauts qui n’ont rien d’incompatible avec la présence d’une influence déterminée de la grâce unissant son jeune cœur à Dieu. Oh! si la plupart des hommes pouvaient être aussi religieux dans . la meilleure époque de leur vie que les saints le sont dans la plus mauvaise, bien qu’il y ait eu des saints qui semblent avoir été exempts même des imperfec-