CRITÉRIUM DU PRINCIPE CHRÉTIEN
tions que je viens de signaler 1 II y a eu des saints que Dieu semble avoir pris sous sa sainte garde dès le jour de leur baptême , dont il paraît avoir dès lors ouvert l’intelligence par sa grâce toute-puissante , de telle sorte qu’ils ont pu offrir à leur Sauveur, dès leur enfance , « un sacrifice vivant , saint , agréable. » Mais enfin, quels qu’aient été les actes de faiblesse et de péché des saints , ces fautes faisaient exception dans leur vie ; la religion présidait à' toutes leurs actions , à toutes leurs pensées, et, tandis que les autres enfants sont distraits , inattentifs , et ne peuvent s’appliquer à prier, les jeunes saints ne vivent que de prières , et font de cette manne céleste leur pain et leur vin quotidiens. Ils fréquentent les églises, ils aiment à se trouver en présence du très-saint Sacrement ; on les voit devant la sainte image ; ils ont des visions de la trèssainte Vierge ou des saints auxquels ils sont dévoués. Ils vivent dans une intime familiarité avec leur ange gardien; ils ont horreur de l'apparence- même de la , mondanité- et de l’impureté. Us jouissent ainsi par avance du spectacle du monde invisible; ils réalisent en eux les vagues idées et les rêves de ce monde surnaturel que célèbrent les- poètes et les romanciers, monde dont la jeunesse est si amoureuse , vers lequel elle aspire si ardemment, avant que le péché ne la corrompe.
Le jeune saint grandit, exposé aux mêmes tentations que les autres enfants , peut-être même les- siennes sont-elles plüs fortes. Les hommes du monde, les hommes charnels, les hommes incrédules, ne croient
pas possible de vaincre les tentations qu’ils éprouvent, et auxquelles ils succombent. Ils expliquent leur conduite , en disant que le péché est inhérent à leur nature et que par conséquent ce n’est pas leur faute s’ils pèchent : ce qui revient à dire que le péché n’est pas péché. Aussi , quand ils lisent l’histoire des saints et des personnes d’une éminente piété, ils prétendent ou qu’ils n’avaient pas des tentations comme eux, ou qu’ils ne les ont pas surmontées. Ils considèrent les saints ou comme des hypocrites, commettant en secret les péchés qu’ils condamnaient en public; ou, s’ils ont assez de pudeur pour ne pas avancer de semblables calomnies , ils soutiennent que les saints n’ont jamais éprouvé de tentations ; ils voient en eux des êtres d’un tempérahient froid, d’un esprit simple, qui ne sont jamais sortis de leur enfance, qui avaient des vues étroites , qui ne connaissaient ni le monde ni les hommes. A leurs yeux les saints sont des êtres insignifiants et méprisables tant qu’ils n’exercent aucune influence sur les autres, dangereux et odieux à cause de leur ignorance quand ils acquièrent quelque autorité. Mais non , -mes frères , lisez les vies des saints , vous verrez combien celte opinion est fausse et erronée. 'Ces personnes qui prétendent connaître si bien le inonde et la nature humaine, ignorent un phénomène important et très-commun ; elles ignorent les effets de la giyice -sur le cœur de l’homme; elles ne savent pas ce que c’est que la seconde nature et le don surnaturel que l’esprit tout-puissant accorde ' à notre première nature déchue; elles n'ont jamais