‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 21 sur 68 · CRITERIUM 1)U PRINCIPE CHRÉTIEN · texte numérisé non relu

CRITERIUM 1)U PRINCIPE CHRÉTIEN

rencontré de saints, n’ont jamais lu leur histoire, et ne se sont jamais fait la moindre idée de ce qu’ils sont.

Un saint , je le répète , est sujet aux mêmes tentations que les autres hommes ; ses tentations sont peutêtre plus fortes encore, parce qu’il doit être éprouve comme dans une fournaise, et qu’il lui faut devenir riche en mérites célestes, afin de gagner la brillante couronne qui l’attend en paradis. Malgré cela, il a des tentations, et tout ce qui le distingue des autres hommes, ce n’est pas qu’il sfe trouve à l’abri de leurs attraits, niais qu’il est armé contre elles. La grâce triomphe de la nature ; elle triomphe assurément chez tous ceux qui doivent être sauvés. Pour voir dans l’autre vie la face de Dieu , il faut , tandis que l’on est sur cette terre , se garantir ou se laver de tout péché mortel ; mais les saints s’en préservent avec une attention, une fermeté , une promptitude et un succès dont eux seuls donnent l’exemple. Vous avez lu, mes frères, dans les vies des saints, les étonnants récits de leurs luttes cl de leurs victoires. Ils sont- semblables, comme je le disais tout à l’heure, aux héros des romans de chevalerie, dont ils reproduisent la conduite noble, courageuse, magnanime. Leurs actes sont aussi beaux que la fiction et aussi réels que des faits. Aussi voyonsnous saint Benoît qui quitte Ronie encore enfant et se retire dans les gorges de l’Apennin. Il y passe trois ans dans la prière , la pénitence , la solitude , et pendant tout ce temps le malin esprit ne cesse de l’assaillir de ses tentations. Un jour, la tentation était si forte, que le jeune saint , craignant de ne pouvoir y

résister, se jeta, vêtu de sa simple robe d’ermite, au milieu des ronces et des orties pour changer la direction de ses pensées et châtier la révolte de la chair par des piqûres et des cuissons violentes. Nous admirons aussi saint Thomas, le Docteur angélique , comme on l’appelle , homme aussi saint qu’il était profond dans la science théologique, ou plutôt si profond dans la science théologique parce qu’il était si- saint. « Dès son enfance , il avait cherché la- sagesse ; élevant ses mains et dirigeant ses pensées vers elle, il lui avait livré son cœur dès le commencement. » Aussi, lorsque le ministre de Satan entra dans sa chambre , n’ayant pas d’autre arme sous la main, il prit un tison ardent de son foyer, et chassa ainsi de sa présence le tentateur, rempli de crainte et de confusion. Vous connaissez encore ce jeune martyr qui périt dans les premières persécutions contre les chrétiens. Les païens impies le lièrent avec des cordes , et lui présentèrent ensuite des objets propres à l’induire en péché mortel. Le jeune saint, dans son désespoir, se coupa la langue avec les dents et la cràcha au visage du tentateur, se préservant ainsi de la séduction par l’intensité de la douleur qu’il éprouvait.

Des traits de ce genre , mes frères , nous entr’ouvrent les cieux; ils sont comme un rayon de céleste lumière traversant tout à coup un ciel obscur. Ils enrichissent l’esprit d’idées jusqu’alors inconnues, et montrent à. la foule ce que Dieu peut faire et ce que l’homme peut devenir. A la vérité , tous les saints n’ont pas été dans leur jeunesse comme ceux que je

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viens de nommer. Un grand nombre'n’ont été amenés au repentir par la grâce suprême de Dieu, qu’après une jeunesse passée dans le péché ; mais, après leur conversion, ils ne différaienten rien de ceux qui avaient toujours servi le Seigneur. Ils ne différaient d’eux ni par les dons de la grâce, ni par leur mérite devant Dieu, ni par leur renoncement au monde, ni par leur union avec Jésus-Christ, ni par leur esprit de soumission ; ils n’en différaient en rien , excepté dans la sévérité de leur pénitence. D’autres ont été tirés d’un état assez ordinaire, qui n’était ni le vice ni l’impiété, d’tm état de tiédeur et d’insouciance, pour être élevés à une grandeur héroïque; et ces derniers, très-souvent, ont renoncé à leurs propriétés , à leur fortune, à leur rang, à leurs titres , à leur renommée, pour suivre Jésus-Christ. Des rois sont descendus de leurs trônes , des évêques ont abandonné leur dignité et leur influence, des savants ont déposé leur orgueil scientifique, pour devenir de pauvres moines, pour se nourrir de mets grossiers, se vêlir d’un humble capuchon, pour prier et veiller pendant que les autres dorment, pour mortifier leur langue par le silence , leurs membres par le travail; et pour se soumettre au joug de l’obéissance absolue à un supérieur. Dans les premiers temps du Christianisme, on'vit lçs martyrs, parmi lesquels dés enfants et des jeunes filles, qui endurèrent les plus cruelles tortures, les supplices les ’plus divers plutôt que de renier la foi de Jésus-Christ. Ensuite, vinrent les missionnaires qui allèrent chez les païens, qui , pour sauver lésâmes, s’aventuraient sans crainte parmi

CINQUIÈME CONFÉHENCE.

les tribus sauvages, exposant leur vie et la perdant très-souvent pour étendre l’empire de leur Maître cl Sauveur; mais, par leur mort comme pur leur vie, ils parvenaient â amener des nations entières dans le giron de l’Eglise. D'autres se vouaient, en temps de' guerre, à l’œuvre du rachat des prisonniers chrétiens, qu’ils tiraient des mains des vainqueurs païens ou mahométans ; d’autres soiguaient les malades dans les maisons et les hôpitaux en temps d’épidémie ou de peste ; d'autres consacraient leur existence à l’instruction des classes pauvres; d’autres se vouaient à l’éducation de l’enfance; d’autres, à de continuelles prédications et au devoir du confessionnal; d’autres, à l’ctudo et if Ja méditation; d’autres enfin, à une vie d’intercession et de prières» Les saints diffèrent considérablement entre eux, leur variété même est une preuve qu’ils sont l’œuvre de Dieu; mais, quelque varié qhe soit leur caractère, et quelle que soit la ligne qu’ils ont suivie dans l’accomplissement de leur mission céleste, ils y ont été des héros; ils sont parvenus à être si bien maîtres d’eux-mêmes , ils ont si bien crucifié leur chair, ils ont si bien renoncé au monde , ils sont si doux , si bons, si sensibles, si méséricordicux, si pieux, si Zélés , si actifs, si oublieux des injures ; ils ont éprouvé de si grandes et de si continuelles souffrances; ils ont apporté une si infati- . gable persévérance dans l’accomplissement de leurs travaux; ils ont fait de si côurageuses confessions, opéré tant de miracles; ils ont remporté des victoires si étonnantes , que leur vie est pour nous un modèle

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