‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 26 sur 68 · BUT DE LA VIE · texte numérisé non relu

BUT DE LA VIE

rieux de ne pouvbir jouir des plaisirs de son âge ; s’efforçant de se persuader tfù’il allait mieux, lorsque son mal empirait; irrité contre ceux qui ne lui apportaient pas des paroles de consolation et d’espérance; s’éloignant toujours plus.de spn Créateur. à mesure que seS Souffrances devenaient plus vives. Puis enijn son dernier jour arriva ; il mourut et fut (l’infortuné-!) plongé en enfer. C’çst ainsi qu’il acheva sa carrière et sa mission.'

Tel fut le sort de votre modèle , de vqtre idole, ô jeunes gens frivoles qui m'écoutez, s’il y en a dàns éette.enéehilé, et qui cherchez, à imiter les manières de ceux dont je viens de parler, bien que- vous n’ayez ni leurs richesses , nLlcur qualité. Vous n’èteS pas nés, mes frères, dans l'opulence, nr. dans les rangs de l’»r riétocratie ; vous n’avez pas été-élevés dans les établis- • sements dcslinés aux fils de famille ; vous n’avez point d’amjs dans. les classes élevées ; vous n’avez pas été .instruits' des manières nipiis le ton de la haute société; vous n’avez pas/eüo .variété de connaissances, cette susceptibilité chevaleresque du point d’hohneur, cette pureté dé goût, cette urbanité envers les autres, en un mot, vous .p’hyez .pas' ce poli que le inonde regarde comme- le. type de ja perfection. Vous n’avez jamais approché des cours ni fréquenté les palais des grands ; et, pourtant, quoique étrangers à l’éducation et aux manières du riche, vous l’imitez dans ses péchés. Vous croyez que c’est un des traits caractéristiques de rhommo comme il faut qùe de faire fi de la religion , de ridiculiser scs ministres et les personnes'.

pieuses, de confondre dans le même dédain les catholiques et lçs méthodistes, d’acquérir une teinture superficielle de toutes .choses , de jeter les yeux sur un grand nombre de publications frivoles lorsqu’elles ont du succès, de pouvoir dire que vous avez lu le dernier roman, que vous avez entendu Je musicien ou vu le comédien en vogue ; vous croyez que c’est faire preuve de bon ton que d’être aa courant des nouvelles /J 11 jour, de connaître de nom , ou personnellement si faire se peut, les hommes célèbres où puissants, de pouvoir les saluer quand ils passent, de vous promener en long et en large dans Ifes rneS en portant la tète haute, de regarderons le blanc des yeux tous ceux que tous rencontrez, de dire cl de faire des choses plus répréhensiblcs'encorc, dont les extravagances que je viens de signaler ne sont que le symbole. Et c’est pour cela qne vous croyez être venus sur la terre ! 11 semblerait donc que le Créateur vpus a envoyés en ce momie, ô mes enfants! pour être de mauvais copistes de l'impiété polie et opulente ; pour être semblables à une vieille parure fanée, ou à un parfum ayant perdu sa fraîcheur et qui offense l’udorat,! Oh ! si vous pouviez voir combien de pareil Tes prétentions paraissent absurdes aux yeux de tous, si Ce n’est aux vôtres l Toutes les professions sont honorables; personne n’est ridicule nour vivre conformément à son état et a sa position ; tout homme sensé et modeste est respectable, ;î quelque classe qu’il appartienne, s’il sc montre bien élevé; mais l’ostentation, l’àOectation, l’ambition va- - nileufO, sont' méprisables dans tous les rangs de la

rw*

. bct df. la Vif. ■ ' 141 :

société, dans tontes les conditions. 0 nies enfants! jugez ces vices comme ils méritent de l’être", repoussez.;les, mépriSez-les, ô vous que j’aimoet à qui je voudrais être utile ! Oh! puissiez-vous sentir que vous avez une âme immortelle LOh ! puissiez-vous avoir pitié de vos âmes! Puissiez-vous, avant qu’il ne soit trop tard, yous jeter dans lés liras de celui qui est la Source de tout ce qui est vraiment grand , magnifique, beau , brillant", agréable, ol trouver en ce Dieu, que vous dédaignez si follement et si cruellement f ce que vous cherchez ailleurs sans savoir où le rencontrer !

Le Fils de Dieu., lui seul , « reflet de la lumière éternelle , miroir sans tache de sa majesté , » est la source du bien et de la. félicité ppur les riches comme pour les pauvres, pour lés grands comme pour les petits. Fussiez-vous -jes égaux des plus puissants de là terre, .vôus n’en auriez pas. moins besojn de lui; fussiez-vous aussi humides que" les derniers des mortels , vous n’en seriez pas moins exposés à l’offénscr. Le pauvre peut pécher; le pauvre peut négliger aussi bien que le riche la mission que Dieu lui a assignée.

Ne croyez pas,, mes frères, que ce que j’ai dit contre la clasèe supérieure et contre la classe moyenne ne 1 puisse s'appliquer à vous, parce vous seriez pauvres. On pourrait être à là fois aussi pauvre que Lazarè etaus si coupable que le mauvais riche. Il n’est pas nécessaire d’ètrc riche et Aélrç noble pour sc. ravaler au niveau de la brute sans raison et" sans conscience. Les bêtes brutes n’ont point de trésors ; elles n’ont point de luxe; elles ne s’habillent pas de pourpre et de fin lin ;

ülgitized

f 42 . SIXIÈME fcONFÉHEffCE.

elles n’ont ni une table splendide , ni une multitude de domestiques ; elles n’ont pas besoin de -tout cela pour être des brutes'. Jüllcs.lé sont par 'une loi de leur nature; ellés sont plus pauvres que les hommes les plus misérables. 11 n’y a pas de vagabond ni de mendiant qui soit aussi pauvre qu’elles ; elles diffèreüt de lui , non en ce qu’elles ne possèdent rien , mais en ce qu’elles n’ont point d’âme, en.ee que le mendiant a une mission et qu’elles n’en ont pas, en ce que le mendiant peut pécher et qu’elles ne le peuvent pas. O mes frères ! vous le savez" , on pfeut s'enivrer avec line boisson, peu coûteuse aussi bien qu’avec une liqueur très-chère; on petit chercher à satisfaire ses goûts avec de l’argent volé t quand on n’en a pas à sol . On peut, sans être noble, niais en étant simple. paysan ou artisan, porter atteinte aux lois Sociales, profaner la sainteté des devoirs eje la famille, et peut-être même le simple artisan commet-il èe crime plus' fréquent-, ment que le grand seigneur. H n’entre' pas dans les bénédictions du pauvre d’aVoir moins de tentations que le riche, caril'cri a tout autant; mais sa position .lui fait subir plus prontpteinent le châtiment de ses fautes. La pauvreté est mère dë bièn des souffrances’ et de bien des peines , qui sont comme des messagers de Dieu invitant L’âme aù repentir; mafs, hélas! si lé pauvre se livre à ses passions, s’il néglige Ja religion, ■s’il rejette le repentir, s’il refuse de faire un effort sur lui-même et'.s’il meurt sans conversion , 'peu importe qu’il ait été pauvre dans ce monde, qu’il ait été moins, hardi que le riche, qu’il se soit flatté d’obtenir sou

pardon , de .Dieu , qu’il ait (ail appeler un prêtre à l’heure de la njort, et qu’il ait reçu les*derniers sacrements; Lazare sera plongé en enfer avec le riche, et n’aura eu de consolation pi dans couionde ni dans le monde à venir.

Mes frères , la seule question importante est, celle de savoir si un homme, quelle qu’ait été sa condition dans cette vie , a rempli la mission que Dieu lui avait confiée: Permettez-moi do m’adresser à nue autre classe dé personnes, et voyons ce qu’elles 'me répondront si je leur pose -cet te question. /Elles chercheront à l’éluder ep disant-: à Vous ne nous laissez point d’alternativé; selon vous, on doit être, un pécheur ou un saint. .Vous nous, présentez ,1e modèle de Motfe-Sei* gndur, voqs étalez à nos yeux la culpabilité et la perte da, pécheur; mais nous ne voulons aller si loin ni dans une voie ni dans. l’autre; nous ne prétendons pas à devenir des kaints, et nous ne cherchons pas à être des péçheûrs. Nous ne Voulons ni désobéir à la volonté de Dieu, ni -renoncer. à la nôtre. U y a certainement un méyen terme, un milieu sur pour concilier d’une manière satisfaisante ces deux volontés : nous voulons jouir des plaisirs dans ce monde' et dans l’autre; nous nous préserverons de tout péché r mortel* mais nous iie sommes pas obligés de -nous tenir do même en garde, contre les -péchés véniels , ce serait peiqe< inutile que do l’essayer, il n’y a que. les saints qui- puissent eu venir là; d’est l’ouvrage d’une yîe en-, tiëre; il faudrait que- nous n’eussions pas d’autres oc 1 cupa lions. Nous ne sommes pas des moines, nous

14i ' ' SIXIÈME CONFÉRENCE .

yivotls dans le monde ; nous sommes dans les affaires , ndus avons de la famille.,- iîous avons des enfants, nous pe nous appartenons pas. 11 est consolant de se préserver de tout péché. mortel; c’est ce que nous faisons , et cela suffît à notre salut. 11 est important de conserver la grâce de Dieu ; que -peut-on désirer de plus? Nous faisons nos pâqUes régulièrement ; l’accomplissement de ce devoir fait notre consolation et notre force. Si nous mourions, nous serions eh état de grâce, et nous échapperions au sort qui attend' leâ damnes; mais si nous voulions aller plus avant, ou nous arrêterions-nous? Qui noqs marquera la limite jusqu’où nous devons aller? La ligne de ; démarcation. Votre le péché mortel et lo péché veniel est bien distincte , nous La connaissons ; mais ne voyez-vous pas que si nous voulions combattre 1 nos* péchés véniels, nous Q en finirions >pas? 'car il faudrait hitler contre, les plus graves aussi bien que contre les plus légers. Si nous nous mettons à combattre, notre- colère , ne faudra-t-il pas que ndus réprimions aussi la vanité ; puis ensuite nous tenir eh garde contre l’avarice ? Pourquoi rie pas nous abstenir aussi de mentir, de jasep de choses inutiles, de perdre notre temps, de trop manger? Après tout , il nous est impossible d’éviter le péché véniel , à monts d’avoir le privilège -de M Mère de Ûiôu , et il y aurait presque hérésie à croire que cela peut être. Vous ne prétendez pas que nous nous convertissions!,' cela va sans dire, ear nous sommes convertis, et il y a • très-longtemps que nous le sommes. Vous voulez que ■ nous aspirions à quelque chose de vague et d indéfer-

Page 1