‹ Conferences adressees aux protestants et aux catholiques par le r.p. JohnHenry NewmanChapitre 27 sur 68 · BUT DE, LA VIE · texte numérisé non relu

BUT DE, LA VIE

miné, qui n’est ni la perfection -ni le péché, et qui, sons nous procurer aucun avantage réel j nous sèvrerait des plaisirs de la. vie, et nous embarrasserait dans raccçmplisscmcnt do tousdcs devoirs de ce monde. » Voilà ce que ces personnes me répandraient ; mais , en les supposant ici présentes, je leur dirai : Vos prémisses sont meilleures que votre raisonnement, et vos conclusions sont insoutenables. Vous avez une idée juste du but dans lequel Dicil vous a envoyées dans ce mondé : c’est pour gagner le ciel. Il est vrai que vous seriez heureuses si vous y arriviez, et vous ne désireriez rien de mieux; mais il n’est pas moihs vrai, ditesvous, que vous ne pouvez vivre sans commettre, dès péchés véniels. 11 est vrai anssi-que vous n’ètes pas obligées de chercher à devenir des saints; cafr ce n’est pas un péché que dé ne pqs viser à la perfection. Tout cela est exact et ne sort pas de la question ; mais cela no prouve pas qu’avec lés, sentiments et les idées que vous avez exprimés, vous ayez fait assez d'efforts pour aller même en purgatoire. Là pratique de Votre religion Vous présente-t-elle quelques difficultés; ou la trouvezvous facile de tous points? Ne goûtez-vous de plaisir .qu’à vivre selon votre caprice , ou votre bônhèur estil de faire la volonté de Dieu? En un mot, votre religion consistc-t-dle à- accomplir ime oeuvre ? die n’offre pas ce caractère, elle-nc mérite, pas le nom de religion. Voici déjà, avant que nous n’examinions votre argumentation, une preuve qu’elle est faussé; car elle impliquerait qno, tandis que Jésus-Christ' est > venu accomplir une oeuvre, tandis que scs apôtres, tous

les saints ,.'tous les pécheurs ont line œuvre à accomplir, vous, au contraire, vous n’avéz rien à faire , par la raison que vous n.’ètes ni des pécheurs', ni des saints ; on, si vous avez eu quelque chose à faire' autreîois', vous vous en êtes débarrassées à la hâte, et vous n’ayez actuellement plus rien sur lès bras. Vous avez fait Votre salut avant l’heure; volts n’avez plus a vous occuper de rien, èt.Votrc séjour sur la terre ge trouve trop prolongé. Les jours de labeur sont passés-, et Votre éternel jour de repos 'est commencé. Est-ce que Dieil , par hasard, vous a envoyées dans ce monde pour ne rieii faire, tandis qu’il a assigné lertr. tâche à tous les autres hommes? Est-ce qu’il ne vous a pas imposé d’autre loi. que de jpuir dé ce monde oit vous n’ètes que des pèlerins otr des hâtes de passage? Etes-vous plus que les fils d’Adam, qui ont été condamnés à gagner leur pain à la sueur de leur -froilt jusqu’à, ce qu’ils entrent dansla poussière dont ils sont sortis? Ah ! si vous n’avéz aucune œuvre sur Je chantier, si vous n’avez aûcuhe lutte, aucun combat à soutenir avec les à titres ou avéc vous-mêmes, vous n’ètes pas dèsimitateursde ceux qui y sont en très .dans le royaume de Dieu à travers maintes tribulations, n Le combat est le sigfic distinctif du chrétien. Le chrétien est un soldat do Jésus-Christ: grand ou petit, il est soldat et pas autre chose; Si vous avez triomphé de vos péchés mortels, comme vous paraissez le croire , il est de votre devoir d’attaquer aussi vos péchés véniels. Vous ne pouvez vous dispenser de ce devoir, si vous voulez être un digne soldat de Jésqs- Çhrist. Mais ,.ô âmes simples et aveugles, qui croyez

avoir remporté des victoires !, non , vous ne pouvez eu sûreté de conscience être en .paix avec aucun des ennemis de Jésus-Christ > même les moins pervers ; si • vous tolérez les pécliés véniels, soyez sures que sous leur protection et à leur ombre se glissent des péchés mortels. Les péchés mortels sont le produit des péchés véniels; car quoique ces .■derniers- ne puissent donner la mort par eux-mêmes, .ils, y conduisent presque toujours. Vous pouvez penser que vous avez tué les géants qui avaient pris 'possession > do vos cœurs, que -vous n’avez plus rien à craindre et qu’il. ne vous reste qu’à vous reposer Sous Votre figuier et votre vigne ; mais lés géants sont encore eu vie; ils sortiront de la pousrsiêre, et, avant que vous sachiez où vous êtes, vous serez faits prisonniers et massacrés par les féroces, les puisSahtz etlcs éternels ennemis de Dieu.

La fm eôuronne l’œuvre. Ce -qui réjouissait Notre- Seigricur à sa dernière heure, c’est qu’il avait accompli la mission pour laquelle iî avait été envoyé. « Je vous al glorifié sur la terré-, » dit-il d,ans sa prière, «j’ài achevé l’œuvre dont vôus m’aviez chargé; j’ai fait' connaître votre nom aux hommes que vous m’avez donnés en les séparant du moridq. . » Telle était aussi la consolation de .saint Paul : « J ! ai bien combattu,, j’ai achevé ma course, j’ai gardé la foi ; il ne-mo reste qu’à attendre la couronne de justieequi n&’est réservée, que le Seigneur, ' comme un juge juste, me donnera en ce grand jour. » Hélas! hélas ! que nous verrons les choses sous un autre aspect quand nous serons près da mourir, et que,- des rêvés et des illusions doht notig '

nous berçons ici-bas, nous passerons dans l’éternité! Le monde, fcra-t-ril quelque chose pour -nous alors ?- ' Retirera-t-il notre âme du purgatoire ou de l’enfer, .au ioud duquel il nous aura précipites? Si nous avons été Créés, c’est pour servir Dieu; si nops avons reçfi ses dons, c’est afin de le glorifier', si nous avons uné conscience , c’est afin de lui obéir; si nous . avons l’espérance du ciel, c’est pour que nous ne la perdions jamais de vue; si nous avoqs la lumière, cVst afin de la suivre ; si nous avons la grâce , c’est pour qu’elle nous aide à faire notre salut. Hélas t lïélas ! malheur à ceux , qui meurent sans remplir; leur mission 1 Jfalheur à ceux qui étaient appelés à être .saints et qui ont vécu, dans le péché , à ceux qui étaient appelés à adorer Jésus-Christ et qui ont adoré ce - inonde insensé etincrédule , â ceux qui étaient destinés à combattre, et . qui sont restés les bras croisés, qui étaient appelés à être catholiques et qui .sont demeurés dans. la religion où ils sont nés! Malheur à ceux qui ont eu des dons.el .. des talents et qui u’en ont pas fait usage oû. qui en ont abusé, qui ont eu dés richesses et qui les ont dé- t pensées pour cuxTiuèmes, qui .ont eu de l’esprit et qui l’.ont employé, a défendre le péché) à tournef.la vérité" en. ridicule et à semer, des doutes-sur les choses sacrées, •

• qui ont eu des loisirs et qUi. les ont consacrés aux mauvaises compagnies, à de mauvaises lectures, à de dangereux-amusements! Malheur à ceux dont le seul mérite est de n’avoir pas de méchancetéet d’être .naturellement exempts de blâme, tandis qn-ils ne se îontjatuais efforcés depqrifier leurs cœurs et de vivre en la présence de Dieu!

B - rf »Ë la Vie.

De siècle en siècle, le monde va son traîn ; mais les anges et les saints crient sans cesse : Hélas ! hélas ! malheur! malheur! à mesure qu’ils voient des aines négliger leur vocation f â mesure qu’ils voient des espérances déçues, I’amoiir dcDicu méprisé, et des âmes immortelles perdues! Des générations se succèdent, et quand, du haut de leurs trônes d’or , les anges et les saints regardent sur la terre r ils aperçoivent une multitude d’anges gardiens abattus et désolés, accomplissant leurs augustes fonctions avec angoisse , avec - effroi ou avec désespoir; s’efforçant, mais'en vain, de défendre les âmes des attaques dçSalan , car les âmes qu’ils gardent ne veulent pas être gardées! Le temps s’écoule, l’homme persiste dans son incrédulité; il refuse de croire qu’nn autée ordre de choses doive succéder à celui-ci, etqucce qui est actuellement ne soit, pas l’éternité. La fin couronne l’œuvré; le monde, qui n’est quHju spectacle; huit; les magnifiques palais s’éçroulent; la cité bruyante devient muette ; les navires deTarsis disparaissent. La mort frappe le cœur et' atteint les chairs; le voile se déchire. Ame prête à partir de ce inonde, quel Usage as- tu- fait de tes talents, des occasions de salut , de la lumière répandue autour de toi, dés avertissements qui font', été adressés, des grâces qui t’ont été accordées? O mon Seigneur, ô mon Sauveur, soutenez-moi à celte heure par lcfc hrasjmissants de vos sacrements et par le frais,, parfum de vos consolations. Que le prêtre prononce -les' paroles de l’absolution ; que Phuilç sainte me marque du signe de la croix et me purifie ; que v otre corps sacré devienne

SIXIÈME. COSFÈRENf.K»

nia nourriture ; que votresang précieux soit ma rosée ; que la tendre Marje répande son souffle sur moi ; que mon ange gardien me souhaite la paix, que mes glorieux patrons, et mon bien -aimé père me sourient, afin qil’én eux et par eux je puisse. recevoir le.don de la persévérance, et que je-méqrô, comme je désire vivre, dans votre foi , dans votre Église, dans votre service, dans' votre amour ! v ' , ■ ‘

Une vérité 'que la sainte Église tient snrtout à gravei* dansnos cœurs, C'est que notre salut à tous est un don dé Dieu. U est vrarqùe noils nous rendons dignes dé la vie éternélle par noç bonnes œuvres ; mais si ces œuvres sont jugées dignes -d’une telle récompense,,, ce n’est pas par leur valeur intrjnsèque, c’est parla libre volonté, par la généreuse' promesse de Dieu', et c’ést ...par l’effet de sa sainte grâcd que noris sommés mis en état de les accomplir. Ainsi donc noussotnmesjustifiés par l’effet de sa grâce ; js’eSt par son éffet que nous avons les dispositions nécessaires pour la justification ; c’est par son effet qu’après avoir été justifiés, nous devenons propres à faire' des bonnes œuvres, et c’est encore par l’effet de' sa grâce que nous persévérons dans ces œuvres" Non - seulement nous dépendons ,

tous tant que nous sommes, depuis le premier jusqu'au dernier, de la puissance -de .Dieu; mais nos destinées dépendent de son ben plaisir et.de sa volonté impénétrable, il est l’arbitre souverain de notre existence ; notre avenir est entre ses mains ; sans un acte ' de sa volonté, indépendant de la nôtre, nous n’aurions pas reyu. la grâce d’être introduits dans l’Église catholique ; et sans un acte ultérieur de sa volonté, malgré notre qualité dé membres de l’Eglise, nous ne pourrons cire appelés, à jouir des gloires du royaume des deux. Uno'âmc justifiée peut bien mériter la Vie éternelle, mais aucune ne peut par elle-même se rendre .digne de celte jusljliéation, ui. surtout méritçr de persévérer jusqu’à, la fin. Non-seulement Tétât de grâce •.est la condition et la \ic de tout mérite ; mais c’est la grâce qui nous lait, entrer en état de grâce, c’est elle qui nous, y tait rester. Ainsi, comme ic 4e disais en commcnçput, notre salut à tous tant que nous sommes est un don do Dieu. ....

Tout cela cît partailcmcnt d’accord avec la doctrine du libre arbitre, car la très-sainte' Église nous apprend que nous sommes réellement libres et responsables. Il est Vrai de dire sans aticpn subterfuge dans lcs.paroles que tous, les hommes pourraient, sans exception, ètiè sauvés, en tant que cela regarde lgs /secrets de Dieu. Tous les hommes. nés de l'a race d’Adam pourraient . cci'laine/ncnt se sauver, s’ils le voiilaieip, et pourraient le vouloir, car il est accordé à. chacun d’éux assez de grâces à cet effet. Mais comment se failuldonc que, malgré la liberlé.réclle de la volonté de l’homme, no-

RÇKS^VÉRANCÉ DANS LA GRACE. 153

tre salut dépend Encore du bon plaisir de Dieu? Cela ne nous a pas été révélé. Les théologiens ont proposé .plusieurs solutions à ce problème, qui; prises eu particulier, ont été reçues par quelques-uns et rejetées par d’autres. Mais noüs n’avons pas à nousen occuper ici. Nous ne savons pas-comment il se fait que, l’homme étant le inaitrô de Ses actions, Dieu 'accomplisse aussi sa volonté suprême j. de même que nous ignorons comment Dieu nous a tirés du néant, ou comment il prévoit l’avenir. C’est là une de ces « 'choses cachées., qui appartiennent au Seigneur notre Dieu; » mais , continue l 'écrivain sacré, «celles qui sont révélées sont pour nous et pour nos enfants éternellement ; » or ces vérités révélées sont , d’ui»e part, que notre salut dépend ,de • nous-mêmes, et, de l’autre, qu'il ékvpend de Dieu. Si nous Ji 'étions maîtres de nos actions, ce que nous ferions oit ne ferions pas n’ayant aücunç influence sur uolro salut, noue-rkviendrrous insouciants et négligents; si nous ne dépendions de Dieu ,

' ndus serions présomptueux et arrogants., nous croirions pouvoir nous suffire à nous-mêmes. Je vous ai dit en commençant, mes frères, et je. vous prouverai.

- plus catégoriquement dans lasuile de cette Çonférénce, que vous dépende/ de Dieu ; mais. cela n’empèchc pas que vous rie dépendiez aussi de vous-mêmes; car 'si votre salut ne dépendait pas en grande partie de votre volonté, à quoi servirait-il de volts recommander de ne pas^oublier que vous dépendez de Dieu ? C’est précisément parce que vous avez une si ghmde part dans Poeuvrc de votre su lut, qu’tl est utile, qu’il est essfcn- '

tiel et convenable, de vous entretenir de là part rfue Dieu y prend aussi. \ '

• , Dieu est l’alpha et l’oméga, de commencement et la fin de notre salut aussi bien que de tontes choses. Nous aurions tous vécu, nous. serions tous morts privés de cette connaissance de Dieu qui nous, sauve, sans un don de sa grâ’ce, don précieux que nos actions seraient Impuissantes à nous procurer, quelque irréprochable ' que Mt d’ailleurs notre vie-, mais que, nous tenons de sa grâce..' Et maintenant que nous -Connaissons Dieu , maintenant qu’il a purgé nos cœurs de notre péché , il est évident -que ÿ quand même nous continuerions de Vivre chrétiennement, hopis ne pourejons, sans le secours de sa grâce, acquérir par nous-mêmes la 'force -de persévérer dans là justice et la sainteté. La grâce de Diète commence l'œuvre, et ç’est elle qui la finit:^ Maintenant je vais vous entretenir de la -manière dont Dieu la finit, c’est-à-dire delà nécessité çù nous somancs qu’il la fjnisse; car sans.cela elle ne serait jamais achevée, ou plutôt elle marcherait vers sa destruction; ■ je -vais vous entretenir du don de persévérance dans.la grâce, de son inappréciable valeur,, et de l’auéantissement de notre espérance, en dépitde tous nos mérites, ~ ri là grâce de Diète ne nous venait en aidé’;

Notre-Seigneur fait nlhisron à ce don précieux , ■ quand il prie sou Prie pour Ses disciples avant de lés quitter :« Père saint, cotiservez en votre nom ceux que vous m’avéz donnés;’ je.nc vous prie pas de les; ôter dit monde, mais de les préserver du mal.' - » Saint Paul y, fait allusion quand il déclare aux Philippiens •

« Celui qui $ commencé le bien » en ses disciples,

« ne cessera de le perfectionner jusqu’au jour de Jésus-Christ. » Saint Pierre s’exprime aussi de la même fa(,*on, quand il dit : «Dieu, qui a appolé scsfrères en sa gloire éternelle, les perfectionnera , les confirmera, les consolidera. » Ix; Prophète demande à Dieu , dans ses Psaumes , qu'il veuille bien « perfectionner sa marche daîis ses sentiers, afin que ses pas ne soient' , point ébranlés ; » et le prophète Jé'réulie annoncé au notn do Dieu : « ( Je mettrai ma crainte dans leurs • cœurs, afin qu’ils ne sé retirent pas de moi. » Dans ces passages et un grand nombre d’autres, il est question du don précieux. de la persévérance, et, à présent, je vais vous dire comment et pourquoi ce don est nécessaire. ' - -

La persévérance est nécessaire, non-seulement en matière de religion, mais même dans les choses de ce monde. Par exempte , quelque bien qu'un ouvrier ait faitun ouvragé , il est douteux qu’ri puisse le refaire plusieurs fois de suite sans se tromper ; quekpio habile que soit un teneur de livres, il lui àrrWera dé temps à antre de mal faire ses additions , quoiqu’il soit impossible do prévoir par avanco quand et pourqnoi il fora ces -erreurs.- On peut réciter par cœnr.un certain nombre de vers Sans sc tromper un» seule fois; mais on no pourrait répondre de les réciter aussi correctement douze fois de suite. 11 eu est de même de nos devoirs religieux. 11 se peut que nous sachions nous préserver de chaque péché en particulier, à mesure que la tentatién arrive; mais il ne suit pas de là que-

156 SEPTIÈME CO.VFÉREXCE.

nous puissions nous garder de tons, péchés , quoique cette totalité (tous) se compose de la réunion de péchés particuliers dont nous nous préservons. Qest ce qui explique comment les plus grands saints ont été induits à' commettre des péchés véniels., bien, qu’ils eussent niie grâce suffisante pour se garder de chaque péché véniel pris isolément. C’est un des résultats de là fragilité humaine, et. rien au monde ne pouvait préserver les saints. des fautes de, ce genre, quelque . légères qu’elles soient , rien , excepté une prérogative particulière qui fut accoudée , ainsi que l’Église nous l’apprend , à la bienheureuse Vierge Marie , et apparemment à elle, seule: Les péchés véniels ne nous séparent pas de Dicirç Jè distributeur de toutes les grâces les permet, dans un but utile, pour nous humilier et nous stimuler dans l’accomplissement des œuvres de pénitence. Nous ne sommes point à l’abri du péché véniel, parce qu’il n’est pas absolument nécessaire que nous en sojons-purs. 'll-aptrc part, il est essentiel que nous nous gardions du péché mortel, et cependant nous rencontrons ici lés mêmes, difficultés que nous avons eu à surmonter dans- nos luttes contre .lps- péchés véniels. Ici encore , oh peut prédire, presque à coup sur, qu’un moment viendra , ,p}us tôt ou plus tard ,. où un homme, .même-après avoir eu assez.de grâces pour se garantir de tous les péchés mortels pris un à uft, négligera, trahira cette grâce , à moins qu’il n’ait queL que grâce ultérieyre qui le protège contre lui-même. Ce n’est que par lp. grâce qu’on peut' faire usage de la .grâce; il faut' une. grâce spéciale et .supérieure pour

rester fidèle à la grâce que l’oit possède déjà. Elle est d’une nécessité absolue , car puisqu’un seul péché mortel suffit pour nous séparer de Dieu, on est continuellement en dangec de se perdre quand on ne la possède pas. Ce don additionnel, appelé don de persévérance , consiste en une surveillance active exercée sur nous par lé Seigneur de miséricorde , à l’aide de laquelle il écarte les tentations qu’il sait pouvoir nous être fatales;, il vient à notre sccours/juaiid il nous voit en péril, soit parTefM.de notre négligence nu de toute autre cause , et il règle le cours de notre vie de telle sorte que ' nous puissions mourir quand nous nous trouvons en état de paraître devant hii. -Gommé cette grâce est indispensable pour notre salut, Dieu nous I ordonne; et, s’il la refusait, personne ne pourrait être salivé. Il nous la donne, bien qu’il n’accorde. pas •même aux saints le privilège d’éviter tout |>écbé véniel ; il l’accorde à nos prières par l'effet de sa bonté ; car nous ne saurions la mériter par rien de ce que nous pourrions faire ou dire, •même avec l’appui de sa grâce.

Quelle leçon d'humilité et de vigilance ne houvonsnous pas dans cette doctrine telle que je viens de vous l’exposer ! Quel sujet d'humiliation pour notre orgueil de penser que , malgré tous nos efforts et toute notre lrunne volonté, nous ne pouvons nous 'préserver du péché véniel tant que nous sommes en ce monde ! Quoique les secours que Dieu nous accorde soient,. de fait , suffisants pour nous mettre en état de vivre' sans péché, néanmoins telle est la faiblesse de notre volonté

et de notre attention, que nous retomberions toujours dans le péché, car nous ne ferions jamais tout ce que nouspourrionâpoür ne pas y succomber. Ce qui est non- . seulement hurtîiliaiit, mais elfraVant et terrible, c’est que nous sommes tou joursen danger de commettre le péché mortel aussi bien que nous sommes certains de succomber aux fautes v.éjiiollés. 'La seule raison pour laque-lie- nous n’avons pas la certitude de commettre le péché mortel, c’est que Dieu accorde des dons extraordinaires à ceux qui les lui demandent pour se préserver de ce péché , tandis qu’il n’accorde point de " dons semblables contre des péchés véniels. Malgré la présence de la grâce dans nos âmes, malgré les secours réels: qui nous sont donnés, nous devousdoutes nos espérances do vie éternelle', uôn pas seulement à cette grâce intérieure jd à ees secours., mais à une miséri- . corde siqiplémcntairc (fui nOus pépié g e contre nousmêmes, nous sauve des occasions. du péché, nous fortifie à l’heure du danger , et mêt fih à dos jours au moment lavprable, en les abrégeant peut-être même pour ne pas manquer l’instant où aueun pécfié mortel ne nous sépare de Dieu- iSi ce que nous soin mes, ni ce que . nous faisons, ne peut nous donner la moindre garantie de salut, si celte grâce ne nous est pas accordée, et uous ne pouvons le sa\oir.qu’à la fin > tout ce que nous savons à présent , c’est que Dieu nous a aidés jusqu’ici ;-et nous espécous qu’il nous aidera encore. Mais l'expérience de ce qu’il a l'ait jusqu'à présent n’est pas un gage qu’il fera davantage. iNotrc piété actuelle he. doit pas être regardée comme la conséquence nécessaire

' -PERSÉVKRAJif.É ÏMSfc JbA GRACE. 459

que le don de persévérance nous ait été accordé , car • elle ne nous a peut-être été donnée qu’alin de nous engager ciile nous àrneriCT à prier instamment et continuellement pour obtenir cddon. Il y a des hommesqui, s’ilè étaient tnorts à une certaine é|x>que de leur vie , seraient monts de la mort des Saints , et qui ont succombé en vivant davantage. La prolongation dç leurs jours- ici-bas, les a privés de la vie éterneHôl O pensée terrible ! Ne soyez jamais süfpVis, jamais désolés, mes frères, quand v(Uis vove-Ha mort enlever, au milieu dè-Jéur carrière, lés homfncs bon? et vertueux, zélés et utiles ; c’est , saris doute , une perte cruelle-f mais qui vous dit qu’ils riront pas été délivrés g fade tnaliïiœ, dé la présence du mal, e’est-à-dirc du mal à venir? « 11 a été édict é , comme dit le Sage , de peur que le mal ne changéàt sa raison oit qué l'erreur ne séduisît son cceur. Car ravéuglemênt de là vanité obscurcit cc.qul est bon , et l’meonstance de la Concupis-# cence pervertit l’esprit innocent. 11 fut rertdù parfait en un court èspacede temps, et il remplit- une longue durée de teriips, car son l>îhe était agréable à t)icu ; c’est pourquoi il s’empressa de le tirer hors do l’iniquité. Le peuple voit et ne comprend pas ; il ne prend pas ces choses à cœur : savoir, que ht grâce et la mi’*- . séricorde de Didu, sont dans ses saintè, et-quii son re- ' gard est dans ses «lus. »

La perte d’un homme de bien est bien cruelle ; elle est cruelle pour ses a mis et même pour ceux qui lui sont étrangers. C’est une surprise pour les hOmmès; mais qu’il vaut mieux mourir ainsi que de rester sur

ICO SEPTIÈME CONFÉRENCE.'

la terre pour tomber dans le péché ! Vous. paraissez vous étonner, mes frères., que l’homme de bien dont je parle eût pu pécher. Vous vous/ dites : H avait obtenu tant de, grâces, il avait vécu et; mûri si longtemps dans ce saint état, il avait surmonté. tant de tentations, il avait poussé de si profonde» racines - dans le soi, e étendu ses branches si loin dans'les airs ! Les grâces naissaient chez lui l’une de l’autre; chaque chose a son contraire; l’une rend témoignage à l’excellence de l’antre. Il semblait par lè degré de perfection auquel était arrivée sa sainteté, sainteté qui l’environnait de toutes parts, il semblait, dis-je, être capable de défier les assauts de l’esprit malin et être àl’épneuve de la- tentation. C’est lui qui, plus .que tout autre, aurait pü dire avec la superbe Égljse de l’Apocalypsô : « Jesu is opulente et riche, et je n’ai besoin de rien, » Parce qu’il avait bien commencé, ' il semblait devoir persévérer ; sa vertu lui eût procuré de nouvelles vertus j son mérite lui en eût fëut acquérir de nouveaux* De même qu’une flamme granditet se propage dès qu’elle est allumée et par la raison qu’elle est allumée, ainsi il se promettait d’accroître le nombre de scs trioniphes à mesure qu’il avancerait dans la vie. Il était capable de monter au Ciel par une impulsion inhérente., qui était dans l’origine une force oçeordéç par la grâce-, mais qui, une fois obtenue, avait cessé d’ètre une faveùr de la grâce, et était devenue un droit à lî obtention de grâces plus abondantes, comme par l’action d’une Içi et par l'enchaînement d’une suite de faits oii, la grâce et le mérite agissant alternativement, l’homme méri—

persévérance dans La 'grâce. 161

tait toujours plus, et le Dieu de grâce était obligé de donner davantage pour rester fidèle à sa promesse. Nous pourrions considérer l’homme de bieiisous ce point de vue, et nous croirions avoir déjà entre les mains foutes les données d’une conclusion grande et glorieuse ; nous refuserions de croire, à la possibilité d’un revers ou d’une chute. Mes frères, il y avait autrefois, en Orient, un roi qui était lé prince le plus riche de ces contrées. Un sage de la Grèce vint le voir, et, après lui avoir montré toute sa gloire et toute sa grandeur, le pauvre fils de la vanité mondaine lui demanda s’il n’était pas le plus heureux des hommes. Le sage se borna à lui dire qu’il ne pouvait lui répondre d’une manière satisfaisante avant d’avoir vu sa fin. 11 en est de:mêmc des richesses spirituelles, car le Dieu tout-puissant, malgré ses^grapdes promesses et sa fidélité.scrupnleuse à les tenir, ne s’est pas privé de la puissance d’ouvrir les portes de la vie et de la mort; la fin vient de lui aussi Bien que le commencement. Quandil a une fois accordé sa gràce, il n’apas pour cela purement et simplement remis notre salut entre nos mains. La créature petit mériter beaucoup ; mais , .comme elle ne peut mérller la gràée de sa conversion, elle ne peut non plus mériter le don de la persévérance. Du premier au dernier instant de sa vie, l’homme dépend de celui qui l’a fait. Il ne peut rien lui extorquer; il ne peut tourner ses bontés contre lui. Il a le droit do ne pas s’ertorgueillir ; ikpeut osfer se défier de lui-même ; mais « s’il croit être debout, qu’il prenne garde de tomber. » 11 doit veiller et prier, craindre et trembler, « châtier

\ 02 SKPTIKMË CONFKRRKCK:

son corps, le réduire eh servitude, de peur que, après avoir prêché aux autres , il ne soit lui-même réprouvé." » • *. «. . •• •

11 n’est pas nécessaire de recourir à l’histoire profane pour trouver un exemple applicable au cas qui bous occupe; l’Écriture sainte nohs en offre un mille Ibis plus significatif et plus approprié à notre sujet. Quel Itonnne reçut jamais une plus grande variété de grâccset dé bénédictions extérieures et intérieures que Salomon ? A quel homme furent jamais prodigués comme à lui lès titres et les gloires du Fils éternel , Dieu et homme? Le seul trait de f adorable personne de Jcsus-Clrrist (qu’il ne représènte pas) nq fait que mieux ressortie krspécialité des privilèges qui lui furent accordés. Il ne symbolise pas lès souffrances de-Jésns- Ghrist; il n’était pas. prêtre, et n’était pas, comme David soii père / homme de tulles , de labeur et de sang. L’idée que nous nous. faisons de Salomon exclut tout ce-qüi peut faire pressentir une chute, tout ce qui annonce la perdition. Salomon est; commé un modèle de perfection; il. est le roi de la paix, lé fondateur du Temple, le père d'un peuple heureux, l’héritier d’un empire qui était la merveille des’nations. Salomon est un prince et en. même temps un sage; il naquit daus un palais, et fut cependant instruit dans, les écoles; il était un savant, b 1 toutefois homme du mondé ; il était profondément versé dans la connaissance dit cceitr humain, én même temps qu’il était savant dans cèlle des animaux et des plantes. Il avait la couronne sans avoir la croix-, la paix sans la guerre-, l’expérience sans la

souffrance, et tout cela non : pas à-la manière ordinaire des hommes ou par la providence générale de Dieu , mais il le tenait de scs propres mains, par une désignation particulière et comme parl’etTel d’une inspiration. Il obtint tous ces dons dès sa .première jeunesse, et où trouver dans toute l'Éeriti)rc une Circonstance plus touchante'que la concession de çes dons? Qui oserait, accuser de manquer de crainte» religieuse et de véritable amour celui dont l’aurore avait été si brillante? Quand le Seigneur lui apparat en songe à l’oeèasion ■de son avènement au trône et lui dit : « Demandezmdi ce que Vous voulez (pie je vous donne. » « O Sei* gheur, mon Dieu, répondit-Salomon, vous m’avez fait régner, moi votre serviteur, à .la place de David mon. père; mais’ je ne- suis encore qu’un jeune enfant, qui ne s%is de quelle- manière il doit sg conduire. Et votre serviteurie trouve au milieu de votre peuple, qtfe vous avez choisi-, d’nn peuplé infini qui est innombrable à cause de saïmiltUudc. », Eu conséquence, il né domandq'd’autré don que celui de là sagesse,, afin de bien gouverner son peuple, et il reçut en r écompense d’ime démandrr si sensée, non-seulement la sagèssô qu’il désirait avoir, mais encore d'autres dons qu'il ne demandait pas, et le Seigneur -dit à Salomon : « Parce que vous m’avez fait cette demande, et quo vous n’avez point désiré que je vous donnasse nknn grand nombre d’années' ni de grandes richesses, ni la vje'de vos enrfemis, mais que vt>Us m’avez tlenumdé la sagesse pour discerner ce qui est juste, j’ai déjà fait ce que vous avez désiré, èt je vous ai donné un 'cœur li plein de sagesse

164 'septième conférence.

et d’intelligence, qu’iln’y a jamais eu d’homme avant vous qui vous ait égalé, et qu’il n’v en aura point après vous qui vous égale. »

Admirable inauguration de sa grandeur! Le plus puissant des^nonarques Jtie'.dqit rien à l’iniquité, à fa cruauté, a la violence,. à la trahison, rien a l'art, ùi aux bras dés hommes ; la grandeur et la, sagesse lui sont aocqrdées comme un don qui le fortifiait intérieurement et le' revêtait extérieurement. Que manquait-il à scs bénédictions? Cherchant Dieu dans sa jeunesse, croissant d’année -en année eu sainteté-, fortifiant sa^foi paf la. sagesse, 'et son obéissance par l’expérience, ses aspirations par l’habitude," que ne sera-t-il pas dans l’autre monde, s’il cst-si glorieux dans cçluisci ! C’est un saint, tout fait ; il est dans sa jeunesse ce que d’autres - sont dans leur vieillesse; il est dignes du ciel avant .l'âge où d’autres commencentâ peine à en prendre le chemin. Quetardé.t— il ? (jùat tend-il? pourquoi ralentit-il la cqursede squ char? pourquoi reste-t-il sur la terre, puisqu’il a déjà obtenu sa couronne et qu’il. peut être dès sa jeunesse • admis en la présence de Dieu, qu’il peut être placé soUs .sa garde jusqu’au jour de la Rédemption, non pas parmi la foule deS âmes saintes, mais, comme En oc et Élie , dausune plafce élevée, dans un paradis à part?Hélas ! il reste sur la terre pour nous apprendre qu’on peut pes- ’ séder toutes les grâces sans être sûr de- son salut; pour . nous montrer qu’urte foi vive, une espérance ardente , un amour infini, une sagesse profonde, . une surabondance de mérites, sont des dons inutiles et vains, une pure vanité, un malheur m.ême , si l’on h’y joint un

Di', iti : -j : V(

autre don indispensable : le don de la persévérance ! 11 était dans sa jeunesse ce que sont- rarement les autres hommes dans leur vieillesse. Heureux s’il avait été dans sa vieillesse ce que' sont les plus tièdes serviteurs 1 de Dieu au début de leur carrière religieuse ! - Son illustre père, dont la sainteté avait été acquise au prix de nombreux combats avec Satan, sachant combien il est difficile de persévérer, avait, à l’approche de sa mort, prononcé, en présence de son fils et de son peuple, ces paroles , contenant plutôt une prophétie qu’une prière : « Dieu m’a dif : vous ne battrez pas et ne consacrerez point une maison à mon nom, parce que vous êtes un homme de guerre, et que vous avez répandu le sang... Ce sera Salomon , votre fils, qui me bâtira mie maison avec ses parvis , car je l’ai choisi pour mon fils, et je lui tiendrai lieu dé père, et j’afTennirai sôn règne à jamais, pourvu qu’il pcrscti ère dans l’observance de mes préceptes et de mes jiigéinents, comme il a fait présentement.- Et vous, mon fils Salomon, appliquezrvous à .reconnaître le Dieu de yotre père, qt le servez avec un cœur parlait et une pleine volohté..., car âi vôus L’abandonnez, il vous re- -jettera 'pour jamais. » Et après avoir rassemblé les précieux matériau*^ de ce temple qu’il ne devait pas bâtir, au moment de remettre la couronne à son fils, il s’écrie : « Je sdis ,'mon'Dieu, que vous' Sondez les - ‘"Gceurs et que vous aimez la simplicité. C’est pourquoi je vous ai aussi offert toutes choSes-dans la sim -plicité de mon cœur et avec joie ; et j’ai été ravi de voir aussi tolikcc’ peuple rassemblé en ce lieu vous

offrir de mémo ses .présents. Seigneur , qui êtes le Dieu de nos opères, d’ Abraham, d’Isaac. et d’Israël, conservez éternellement cètte volonté dans leur coeur, cl faites qu’ijs demeurent toujours Ternies dans cette résolution de vous rendre toute la vénération qu’ils vous doivent. Donnez aussi à mon fils Salomon un coeur parfait, afin qu’il gardé vos commandements et vos paroles, qu’il observe vos cérémonies et ac- • remplisse tous vos ordres, qu’il bâtisse votre maison pour laquelle- -j’ai préparé toutes les choses nécessaires, » Tels étaient les sombres pressentiments de Da- vid , qui' craignait peut-être pour sou fils Salomoul’excès même de la prospérité. En effet-, il est dangereux pour un . homme de jouir d'une félicité sans nuages, sous mi ciel sans. orage. Cette histoire nous présente unç bien sevère leçon ' celui qui Symbolisait " > lç Seigneur à venir en toutes choses , excepte dans I» souffrance, devait tomber lé Roi-TVophète, qui notait ni prêtre , ni guerrier, devait faillir ', pour montrer que la pénitence est la mère da. plus sûre de l'amour. » Ceux qui sèment dans les larmes récolteront, dans la joie ; » mais Saiomen , comme les fleurs des champs qui sont si belles et qu’on jette au four., ne conserva pas 'son éclat et se flétrit sur’ sa tige. Celui qui avait été le plus sage des hommes, devint le plus abruti ; celui qui avait été le plus pieux, dgvint le plus . indifférent; celui qui avait été le plus. élevé en gloire, tomba le plus bas; celui qui avait écrit le Cantique des Cantiques , devint’ la proie des pins Iipnteuses passions. « Le r.o L Salomon .aima passionnéipent plusieurs.

femmes étrangères... Il s'attacha à‘ clips avec une passion très-ardente. Il était déjà vieux lorsque les femmes lui corrompirent le cœur pour lui faire suivre des ' dieux étrangers, Astarté, déesse des -Sidoniene, 'et Moloch , l’idole des Ammonites. 11 fit la même chose pour, toutes lès femmes étrangères qui brûlaient de I’cneeiis et sacrifiaient à leurs dieux. » Oh ! quel contraste entre l’apostat à çheveiix gris, chargé d’années et de péchés , se prosternant devant des femmes et des idoles , et ce brillant jeune homme qui , au jour de la dédicace du, temple qu’il avait bâti, s’avançant comme médiateur entre Dieu et son peuple, proclamait d’une manière si simple et st touchante les bontés et la fidélité de Dieu, en le priant d’incliner «-leurs cœurs vers lui , afin qu’ils marchassent dans toutes scs voies et qu'ils gardassent ges préceptes,, ses cérémonies et toutes les ordonnances epiH avait prescrites à leurs pères !» .

U serait à souhaiter- poùr nous, mes frères, que ces avertissements np s’adressassent qu’aux rois ; aux prophètes, aux sages et autres créatures privilégiées; mais ils s’adressent aussi à bons. 11 est! vrai que plus une âme est sainte, plus oHe este élevée dans le royaume des cieux, et plus elle doit regarder attentivement' à ses pieds , dp peur de- se heurter et de tomber; le sentiment de cette importante vérité a été le seul préservatif des saints. S’ils ri’avaiént pas craint de tomber , ils n’auraient point persévéré. C’est pour cela que, • comme saint Paul , ils étaient toujours préoccupés- de leurs péchés et de leur péril; On les prendrait pour lès

plus coupables des pécheurs et pour les plus ioçonstants des pénitents. Tel fut le' bienheureux martyr .Ignace, qui disait'en se rendant aii supplice : « Je commence enfin à être disciple dé Jésus-Christ.. » Tel fuit le grand saini Basile, qui attribuait toutes lescalamités de l’Eglise et de soji pays à.la tolère que ses péchés, excitaient dans le ciel. Tel fut saint Grégoire, qui n’accepta la dignité papale qu’en tremblant, comme si •c'eût été sa mort spirituelle. Tel fut aussi mbn trèscher père soiitt Philippe, qui, ay milieu dès dons qu’il recevait de Dieu, ne pouvait s'empêcher de trembler pour lui-même et soin avenir « Chaque jour, -dit son biographe, il invoquait. Dieu, en tenant le très-saint Sacrement, et disait : Seigneur, défiez-vous de moi aujourd'hui , de peur -que je ne' vous trahisse et que je ne vous fasse, les plàs grand. v torts. » D’autres fois il disait : « La blessure que Notre-Seigneur a reçue dans le côte est bien large ; mais si Dieu ne me gardait,, je Ig rendrais plus làrge fencore. « Dans sa dernière maladie,, il s’écriait «Seigneur, si j’en échappe, je corn-mettrai encore plus de (téohés qu’aupacavant, car j’ai' déjà promis tant de fois de changer de conduite, et je iTai jamais tenu parole, ce qui fait tpye je’désespère de . moi-même. » H répandait .d'abondante? larmes et disait : « Je n!ai jamais fait une bonne ^action. » Quand il voyait des jeunes gens-, il calculait combien d’années ils avaient devant eu* polir faire le bien, et il leur disait : « Oh! que vous .êtes heureux ! » 11 répétait souvent : « J’ai perdii toute espérance de salut. » Et .lorsqu’on s’étonnait d’une pareille assertion, il ajou-

tait : « Mais j’ai confiance en Dieu. » Quand une de ses pénitentes le' traitait de saint, il lui répondait avec colère : l a Sortez de ma présence ; je suis un démon et non un saint. « Quand une autre lui disait « Mon Père, une tentation m'a fait penser que vous n’étes pas tef que le monde vous croit, » il répondait r « Croyez que je suis un homme comme les autre» et rien de plus. » Quel sujet de méditation pour les chrétiens, que la manière dont les saints parlent d'eux-mêmes ! Des milliers d’hommes vivent tranquilles dans le péché mortel et n’ont nul souci du présent, du passé ni de l’avenh'j mais même ceux qui sont assez religieux pour approcher des sacrements, ne songent guère Jt demander le don de la' persévérance. Ils paraissent regarder comme une chose toute sixnplè qu’étant .actuellement dans un état d’esprit Convenable, ils y resteront jusqu’à la fin. Ils ont peut-être rompu avec une vie pécheresse , et - ils sont très-différents de ce qu’ils ont été. Ils éprouvent la cohsolatian du changement", .ils jouissent de la paix ef'dc .la satisfaction d’une conscience pure; mais ils sont tellement enchantés dè cette paix et de cette sâtisfiiction, qu’ils s’y endorment et se croient à l’abri de tout danger. Ils ne se gardait plus des ton talions; ils rte demandent plus le secours de Dieu pour s’en défendre; il-ne leur vient pas dans l’esprit de soupçonner que, de même qu’ils ont passé du péché à ja piété, ils pourraient passer de 'la piété au péché; Ils ne songentrpas assez qu’ils dépendent dé la grâce de Dieu'. Une tentation les presse, une circonstance fâcheuse les atteint, ils sont pris au dépourvu ,

.170 . SEPTIÈME .CONfÉRESCE. ,

ils succombent, et peut-être pour ne se relever jamais ! , . . .... /. • ' . * •. ’ ‘ . ;• .

Quel spectacle présente la vjeT quelle suite non interrompue de mécomptes et dedésappomiemenls ! que dé fleurs flétries avant d’éclore ! que de moissons abattues par la tempête au moment, même où l’on se disposait à les serrer jda.ns la- grange ! que., de repentirs tardifs et imparfaits, arrivés lorsqu’on û’avàit rien de mieux à faire!, que de bonnes, résolutions non suivies d’effet! que d’efforts insuffisants quand la fin de la vie est proche! O mes chers enfants,. que nous éprouvons d’ inquiétude , même quand nous avons le bonheur de vous voir marcher droit et avee- fermeté dans la voie di^ salut ! Quelle sollicitude vous nous inspirez,, quand vous vous felicitez.de la pureté, ,de .votre conscience et de la sincérité de Vos cœurs ! Que opUâ soupironsen. ccmefrciant Dieu pour vous ! combien nousiremblons même en éceütont vos confessions- et en vqus dohnant l’absolution! Et pourquoi ? parce que nous savons combien le don de la persévérance est grand-et élevé. Quandrllazael vint trouver, le prophète Elisée avec ses présents , l’homme de Dieu .se tintdeboqt devant lui , en silence, plongé dans uns méditation profonde et amère, jusqu’à ce qu’enlin le rouge lui monta au front et qu’il répandît des larmes. Il pleura, au grand étonnement d’Hazael., à la vue des horribles massacres que le Soldat qui était devant.lui , et qui ne se doutait de rien , devait exécuter à son. avènement au trône de ‘Syrie. Nous^iious ne sommes pas prophètes comme Elisée, ô cœurs honnêtes et heüreux yüt voûs , vous

PERSgVÈRAKCk UASiÿ LA ÜKACE. 171

n’ètes pas destinés à de hautes dignités et à des tenta-, lions extraordinaires comme llazad. Cependant, que penseriez-vous si l’on vous disait que les anges répandent des larmes aussi abondantes sur vous, au moment même où la voix et les mains du prêtre vous accordent l'absolution? Oh! que d’àuies passent sans danger et sans accident les années qu'elles croient être leurs années critiques , et tombent précisément lorsqu’on les croyait sauvées! Que l’on voit de jeunes gens zélés.de- Vcuir plus tard des hommes négligents; irréprochables de quinze à vingt ans, et, de vingt à trente, devenir esclaves du péché! Combien en voit-on qui persévèrent jusqu'au moment où\ils se marient, et qui ensuite , livrés tout entiers aux soucis et aux plaisirs du monde, abandonnent leurs devoirs religieux, négligent les sacrements et les pratiques pieuses qu’ils avaient observées jusqu’alors! Combien qui vivent chrétiennement tant qu'ils sont marrés, mais qui se relàelientet tombent. dans le péché à la mort do leur femme! Combien (jui perdent- leurs habitudes religieuses en changeant de Heu, .qui deviennent indiljérents et puis impies! Conïbicn qui, ayant çommià un péché grave, eu éprquvcnt-du remords el de la bonté, s’irritent contre eux-mêmes, désespèrent de leur salut, évitent lç confessionnal, et restent; toute leur vie chargés de quelque misérable^ secret ! Combien qui se troublent, se confondent,- perdent courage, se renferment en eux-nremes et ressentent que espèce d’avprsion pour la religion, quand la religion serait tout pour eux! Combien qui ; parvenant à une haute p.o-

sitioii sociale , se laissent aveugler par leur nouvelle condition, « deviennent gras et regimbent , abandonnent Dieu leur maître et se retirent do' Dieu leur Sauveur! » Combien qui deviennent tifedes et presque froids après leur première ferveur ! Combien qui , ayant reçu -beaucoup de grâces , les perdent par trop de confiance en eux -mêmes et par leur audacieuse ardeur!- Combien qui , sous la’direction de Dieu , faisaient rouie directement vêts l’Eglisçr catholique, qui, fout à coup sont frustrés de- leurs espérances, manquent leur but et ploient « cofinue un arc détendu ! » Combien qui , ayant obtenii de Dieu dcs.grâçes imméritées, se laissent influencer par-les suggestions de leurs parents Ou-par los -tentations de l'ambition ou de la fortune, et qui deviennent -sceptiques et incrédules, quand leurs antécédents. donnaient lieu d’espérer qu’ils mouraient en odeur dé sainteté! Combien qili ,' ayant une fois obtenu lavgrâco de leur justification par mi' acte de çoptritiori J ont reculé pour avoir refusé d’avancèr, bien qu’ils présentent ençorè Papparcnee de ce qu’ils étaient autrefois, par suite des habitudes que la - grâce surnaturelle leur avait inc ulquéés ! Quel ccueil que le monde ! que de naufrages s’y accomplis- * sent ! que d’espérances sans fondement ! que de pro-' tUcsses sans réalisation ! que de repentirs sans amendement !/que de fleurs sans- fruit! qùc de mouvements . et de progrès sans persévérance !

0 mes très-chers enfants ! je ne veux pas vous affliger. 11 est de votre devoir, de votre droit, de vous réjouir. je ne" veux pas vous .effrayer plus qu’il né faut

le faire peur votre bien. Quelques-uns d’entre vous en seront trop peinés et s’en toitrmerfteront peut-être plus que de raison. Je ne veux pas voüs affliger, je veux vous rendre prudents^ vous serez secourus , sovez-en sûrs, et vous ne tomberez point, pourvu que vous ayez la crainte de faire une chute. Seulement',- <c soyez sobres, soyez vigilants, » Comnie /lit saint Pierre; gardez-vous d’être .-çoiTtents de ^vous-mêmes-; rappelezvous que le seul moyen de ne-pas rebrousser chemin , c’est de marcher en avant. Redoutez toutes les occasions de péché ; accoutumez- vous'à repousser lès tentations dès la première attaque. Ne parlez jamqis de vous-mêmes avec confiance , ni des autres avec mépris, mi des choses saintes avec légèreté-; surveillez vos yeux -, surveillez vos pensées à leur naissance, surveillez-vous vous-mêmes- quand tous ètes'.sêuls; ne négligez pas vos prières quotidiennes , -surtout demandez incessamment lè don de la persévérance. Allez à là messe aussi souvent qoè vous pouvez ; -visitez le' trèssaint Sacrement ; laites de fréquents notes de for et d’arapur, cl tâchez cfe vivre- en la présence de Dieu i Intéressez Notre-Dame, la irès-3ainte Vierge , au suc- .cès de vos elforts.; priez-la inSianJmprçtde vous aider ; elle peut pins faire pour, vous que tous les saints ensemble. Priez -la par les douleurs qu’elle a souffertes lorsque l’épée cruelle perça son sein ; priez-la pansa propre persévérance, qui était cirez elle un donde ce - même Dieu à qui vous la demandez pour vous-mêmes. Dieu ne vous refusera pas cette, faverjr , si vous la lui demandez par l’intermédiaire de la très-sainte Vierge.

11 vous sera doux', à votre dernière heure, quand la chair et le- coeur s'affaissent sous leurs souffrances „ la fatigue , l’inquiétude , l'épuisement des forces et de d’esprit , il vous sera doux de voir cette sainte patronne venir vous apporter, avec une tendresse plus que ina- . lerneltç, les Consolations et la paix célestes.

Quel bonheur pour vous- si , lorsque le malin esprit Viendra tenter un dernier effort, essayer de vous arracher,, s’il le peut des mains de votre hère ,.quel bonheur, dis -je. Si Jésus, Joseph et Marie sont là pour vous défendre, le. repousser, et recevoir votre âme dans leurs. bras! S’ils sont auprès do vous , tout est auprès de vous;. les anges y seront-, cer los anges sont toujours avec, eux'; les saints y seront aussi, et le ciel tout entier y sera.; le cie) aura’ commencé en vous, et Je Démon n’aura aucun droit .sur Votre âme. Co jour redoutable viendra plus tôt ou plus tarit; peut-être serez-vous-cnlevés-à là (leur de Page, peut-être mourfez-vous chargés d’apnées ;' peut-être moiirrézrvous dans votrfejit, peut-être mourroz-Voïi» en pleih champ ; mais si Mario intercède pour vous, - la mort- vous trouvera vigilants et prêts. Tout aura été" préparé* d’avance pour as T «ni er votre salut ; tous les dangei's seront prévus , tous les obstacles seront écartés , tous les secours arriveront à point. L’heure . fatale sonnera, et, en un clin d’oeil, vous Vous trouverez hofs de tou* les .‘dangers ; vous serez transportés dans ubé nouvelle Situatioiroù 1c pé- • ché n’existe pas, oit- l’on n’ignord pas l'avenir, où règne uuc joie - tranquille , une foi parfaite, nne’sêçiwitéet : un, amour .éteméls'l- -

Jésus , Joseph et Marie , je vous offre- mon àiMfc et mon cœur !

' ' Jésus , Joseph et Marie, secourez-moi dans ma dernière agonie!

Jésus , Joseph et Marie , faites que je rende l’Ame en paix sors .vos yeux !

164 'septième conférence.

et d’intelligencc, qu’il n’y a jamais eu d’homme avant vous qui vous ait égalé, et qu’i} n’y en aura point après vous qui vous égale. » -■ , >

Admirable inauguration de sa grandeur! Le plus puissant desqnonarques qie'.doitrien à l’iniquité, à la cruauté, a la violence, à la trahison, rien à l’arl ni aux bras dés hommes ; la grandeur et la, sagesse lui sont aocordécs comme un don qui le fortifiait intérieurement et le’ revêtait extérieurement. Que manquait-il à scs bénédictions? Cherchant Dieu dans sa jeunesse-, croissant d’anrtéé-cn année en sainteté-, fortifiant sajoi par la. sagesse, 'et son obéissance par l’expérience, ses aspirations par l’habitude, que ne sera-t-il pas dans l'autre monde, s’il est-si glorieux dd’ns celui-ci ! C’est un saint; tout fait ; il est dans sa jeunesse ce que d’autres - sont dans leur vieillesse; il est digne du ciel avant. l’âge où d’autre» eommencenlu peine à en prendre le chemin.Que tardet-il? qu’-attend-it? pourquoi ralentit-il la cqiiFSede son char? pourquoi reStc-t-il sur la terre, puisqu’il adéjâ obtenu sa couronne et qu’il- peut-être dès sa jeunesse • admis en la présence de Dieu, qu’il peut être placé soüs ,sa garde jusqu’au jour de la Rédemption, non pas parmi la foule des 4mes saintes, maïs, connue Eijac et Élie , dans une plate tHevéc, dans un paradis à partTHélas ! il reste sur la terre pour nous apprendre qu’on peut posséder toutes les grâces sans être sûr .de- son salut; pour . nous montrer qu’uûe foi vive, une espérance ardente , un amour infini, une sagesse profonde, une surabondance de mérites, sont des, dons inutiles et vains, une pure vanité, uu malheur même, si l’on h’y joint un

autre don indispensable : le don de la persévérance ! 11 était dans sa jeunesse ce que sont rarement les autres hommes dans leur vieillesse. Heureux s’il avait été dans sa vieillesse ce que' sont les plus tièdes serviteursde Dieu au début de leur carrière religieuse! - Son illustre père, dont da sainteté avait été acquise au prix de nombreux combats avec Satan, sachant combien il est difficile de persévérer, avait, a l’approche de s'a mort, prononcé., en présence -de son fils et de son peuple, ces paroles , contenant plu lot une prophétie qu’une prière : « Dieu m’a dit' : vous ne bâtirez pas et ne consacrerez point une maison à mon nom, parce que vous êtes un homme de guerre, et que vous avez répandit le sang... Ce sera Salomon , votre fils, qui me bâtira une maison avec ses parvis, car je l’ai choisi pour mon lüs, et je lui tiendrai lieu dé père, et -j’affermirai son règne à jamais, .pourvu qu’ilpcrsét'èrc dans l’observance de mes préceptes et de mes’ jugements, comme il a fait présentement. Et vous, mon fils Salomon, appliquezrvoùs à Reconnaître le Dieu de votre père, et le servez avec un cœur parfait et une pleine volofité..., car si- vôus l’abandonnez, il vous rejettera 'pour jamais. » Et après avoir rassemblé les précieux matériau!!" de ce temple qu’il ne devait pas bâtir, au moment de remettre -fa couronne à son fils, il s’écrie : « Je sâis , ’mon'Dicu, que vous- sondez les ''cœurs et que vous aimez la simplicité. C’est pourquoi je vous ai aussi offert toutes eboses-daris la sim -plicité de mon cœur et avec joie ; et j’ai été ravi de voir aussi toüU'cc peuple rassemblé eu ce lieu vous

offrir do mémo ses .prescrits. Seigneur , qui êtes le Dieu de nos -.pères , d’ Abraham, d’Isaac. et d’Israël, conservez éternellement cètte volonté dans leur cœur, et faites qu’ijs dënieurent toujours .fermes dans cette résolution de vous rendre toute la vénération qu’ils vpns doivent. Donnez aussi à mon fils. Salomon un cteur partait, afin qu’il garde vos commandements et vos paroles, qu’il obs'erve vos cérémonies et ac- ■ camplisse tous vos ordres, qu'il bâtisse votre maison pour laquelle- -j’ai préparé toutes les choses nécessaires. » Tels étaient les sombres pressentiments de Da-, vid, qui-' craignait- peut-être pour sou fils Salomou l'excès même de la prospérité. En effet*, il est dangereux pour fin. homme de jouir d’une félicité sansnuages, sous un eiel sans orage. Cette histoire nous présente une bien sevère leçon': celui qui Symbolisait ' lç Seigneur à venir eu toutes choses , excepté dans la • souffrance, devait tomber;' le Roi-Proplfitc, qui n’.était ni prêtre, ni guerrier,, devait faillir, pour montrer que la pénitence est la mère .la .plus sflre de l’âniofir. » Ceux qui sèment dans les larmes récolteront, dana la jbie ; » mais Salomon ,' comme les fleurs des champs qui sont si belles et qu’on jette au four , ne conserva pas 'son éclat et se flétrit sur' sa tige. Celui qui avait été le plus sage dos hommes, devint le plus abruti ; celui qni avait été le plus pieux, dçvint le plus . indifférent; celui qui avait été le plus. élevé en gloire, tomba le plfis bas; celui qui avait écrit le Cantique des "Cantiques , devint' la proie des plus hpnteuses passions. « Le r.oLSaloinon aima passioiméiperit plusieurs

feimii.es étrangères... Il s’attacha à' clips avec une passion très-arcleute. 11 était déjà Vieux lorsque lc,S femmes lui corrompirent le cœur pour lui faire suivre des dieux étrangers, Asturté, déesse des Sidoniens,'èt Moloch , l’idole des Ammonites. 11 fit la même chose pour toutes les femmes étrangères qui brûlaient de Fenceils et sacrifiaient Heurs dieux. » Ob ! quel contraste entre l’apostat à cheveux gris, chargé d’années él de péchés , se prosternant devant des femmes et des idoles , et ce brillant jeune homme' qui , au jour de la dédicace du. temple qu’il avait bâti, s’avançant comme médiateur entre Dieu et son peuple, proclamait d’une manière si simple et si touchante les bontés et la fidélité de Dieu, en le priant d’incliner «-leurs cœurs vers lu», afin qu’ils marchassent dans toutes ses voies et qu’ils gardassent ses préceptes, ses cérémonies et toutes les ordonnances qu’il avait prescrites à leurs pères !» . .

Il serait à souhaite»’ polir nous, mes frères, que ces avertissements ne s’adressassent qu’aux Fois$ aux prophètes, aux sages ut autres créatures privilégiées; mais ifs s’adressent aussi à bons. 11 est! vrai que plus une âme est sainte , plus eHe estcélevée dans le royaume des deux, et plus elle doit regarder attentivement à ses pieds , do peur de se heurter et de tomber; le sentiment de cette importante vérité a été le seul préservatif des saints. S’ils ri’ avaient pas craint do tomber, ils n’auraient point persévéré. G’est pour cela que', • comme saint Paüly ils étaient toujours préoccupés de leurs péchés et de leur pétil. O 11 les prendrait pour lès

plus coupables des pécheurs et pour les plus inconstants des pénitents. Tel fut le' bienheureux martyr .Ignace, qui disait en se rendant an supplice : « Je commence enfin à être disciple de Jésus-Christ* » Tel fut le grand saint Basile, qui attribuait toutes les calamités de l’Eglise et de scji paVs à.la tolère que ses péchés.

. excitaient dans lcoiel. Tel fut saint Grégoire, qui n’accepta la dignité papale qu’en tremblant, comme si e’eùtéte sa mort spirituelle. Tel fut aussi mhn trèscher père sflirtt Philippe, qui, ag milieu dès dons qu’il recevait de Dieu, ne pouvait s'empêcher de trembler pour lui-même etson avenir la Chaque jour, -'dit son biographe, il invoquait Dieu, en tenant le très-saint Sacrement, et disait : Seigneur, défiez-vous deimi aujourd'hui, de peur -que jei ne' vous trahisse et que .je-ne vous fasse, les pins grand v torts. » D’autres fois il disait : « La blessure que Notre-Seigneur a reçue dans le côte est bien large ; mais si Dieu ne me gardait,, je * la rendrais plus large encore. » Dans sa dernière maladie,, il s’écriait:' «-Seigneur, si j’en échappe-, jccoin*mettrai encore' pl us de {>éohés qu’auparavant, car j’aidéjà promis tant déduis de changer de conduite, et je u’ai jamais tenu parole, ce quifartque je'désespère do . moi-même. » H répandait d! abondantes larmes et disait : « Je n’ai jamais fait une bonne ^action. » Quand il voyait des jeunes gens-, il calculait combien d’année* •ils ay aient devant eux pour faire le bien, et il leur disait : «Oh! que vous .êtes heureux! » Il répétait .souvent : -« J’ai perdu toute espérance de salut. » Et .lorsqu’on s’étonnait d’une pareille assertion , il ajo.u-

~ Diqil

tait : « Mais j’ai confiance en Dieu. » Quand une de ses pénitentes le'traitait de saint, il lui répondait avec colère : l « Sortez de ma présence ; je suis un démon et non unsaint. » Quand une autre lui disait : « Mon Père, une tentation m’a fait penser que vous ri’ètes pas tel que le monde vous croit, » il répondait r « Croyez que je suis un homme eomme lés autre» et rien de pins. » Quel sujet de méditation pour les chrétiens, que la manière dont les saints parlent d'eux-mêmes! Des milliers d'hommes vivent tranquilles dans le péché mortel et n'ont nul souci du' présent, du passé ni de l’avenrrj mais même ceux qui sont assez religieux pour approcher fies sacrements, no songent guère à demander le don fie la" persévérance. Ils paraissent regarder comme une chose toute siinplè qu’étant ac^ facilement dans un état d’esprit Convenable, ils y resteront jusqu’à (afin. Ils ont peut-être rompu avec une vie pécheresse, et ils êont très-différents de ce qu’ils ont été.Jls éprouvent la coiisolatinn du changement', .ils jouissent de la paix et 'déjà satisfaction d’une conscience pure; mais ils sont tellement enchantés dè cette paix et de cette satisfaction, qu’ils s ? y endorment et se croient à l’abri de tout danger. Ils. ne se gardent plus des tentations; ils ne demandent plus le secours de Dieu pour s’en défendre ; il -ne leur vient pas dans l’esprit fie soupçonner que , de même qu’ils ont passé du péché à- la piété , ils pourraient passer de 'la piété au péché; Ils ne songentpas assez qu’ils dépendent dfr la grâce de Dieu'. Une tentation les presse, une circonstance fâcheuse les atteint, ils sont pris au dépourvu ,

ils succombent, et peut-être pour ne se relever jamais ! . .. • . ' • • ' ’ ... • ..

Quel spectacle présente la vie 1 quelle suite non interrompue de mccotnptes et de désappointements ! que dé fleurs flétries avant d’éclore ! que de moissons abattîtes par la tempête au moment. même où l’on se disposait à l'es. serrer dans la- grange 4 que. de repentirs tardifs et imparfaits, arrivés lorsqu’on û’avait rien de mieux à faire t que de bonnes- résolutions non suivies d’effet! que d’efforts insuffisants quand la fin de la vio est proche ! O mes cher s enfants,, que nous éprouvons d’inquiétude , même quand nous avons le bonheur do vous, voir marcher droit et avec -fermeté- dans la voie di^salut! Quelle sollicitude vous nous inspirez, quand vous vous felicitez.de la pureté. ,do .votre conscience et de la sincérité de Vos cœurs ! Que aptuf soupirons eu remerciant Dieu pour -vous! ccmbien nous jtpemblons même en cceutant vos confessioris et en vqus donnant l’absolution! Et ..pourquoi ? parce que nous savons combien le don de la persévérance est grand-et élevé. Quand llazael vint trouver.le prophète Elisée avec ses présents , l'homme de.Dieii .se tmtdeboflt devant lui , eu silence y plongé dans ùno médiation profonde et amère, jusqu’à ce qu’enlin le rouge lui monta au front et qu’il répandit des larmes. Il pleura, au grand étonnement d’Hazael^ à la vue des horribles massacres que le soldat qui était de vaut, lui , et qui ne se doutait de rien , devait exécuter à son avènement au trône de •Syrie. Nous, nous ne sommes pas prophètes comme Elisée, ô cœurs honnêtes et hoüreux , et voüs , vous

PKRSKV LU ANCk DA>ÿ LA lillAt.K. 1-71

n’ctes pas destinés à de hautes dignités et à des tenta-, lions extraordinaires comme Iiazad. Cependant, que penseriez-vous si l’on vous disait que les anges répandent des larmes aussi abondantes sur vous, au moment même où la voix ot les mains du prêtre vous accordent l’absolution? Oh! que d’àuies passent sans danger et sans accident les années qu’elles croient être leurs années critiques, et tombent précisément lorsqu’on, les" croyait sauvées!, Que l’on voit de jeunes gens zélés.de- Veuir plus tard des hommes négligents; irréprochables de quinze à vingt ans,, et , de vingt à trente , devenir esclaves du péché! Combien en voit-on qui persévèrept jusqu’au moment oir.ils se marient, et qui ensuite, livrés tout entiers aux soucis et aux plaisirs , du, monde j abandonnent leurs devoirs religieux , négligent les sacrements et’ les pratiques pieuses qu’ils avaient observées jusqu’alors!. Combien qui vivent chrétiennement tant qu'ils sont mariés, mais qui se relâchent et tombent, dans le péché à la mort de, leur femme! Combien qui. perdent- leurs habitudes religieuses en changeant de Heu, .qui deviennent indifférents et puis impies! Combien qui, ayant commis un péché grave, en éprquvcntdu remords et de la honte, s’irritent contre eux-mêmes , désespèrent de leur sa- 1 ut, .évttent-ie confessionnal, et restent; toute leur vie Chargés de quelque m.isérablq secret ! Combien qui sC troublent, se confondent,, perdent courage, se renferment en eux-mêmes et ressentent pue espèce d'aversion pour la religioq, quand la religion serait; tout pour eux! Combien qui ( parvenant à une liante p.o-

sition sociale , se laissent aveugler par leur nouvelle condition, « deviennent gras et regimbent, abandonnent Dieu leur maître et se retirent do' Dieu leur Sauveur! » Combien qui deviennent tiède s et presque froids" après leur première ferveur ! Combien qui , ayant reçu beaucoup de grâces , les perdent par trop de confiance en' eux -mêmes et par leur audacieuse ardeur !• Combien qui , sous la’dîreclion de Dieu , faisaient route directement vêts l’Eglise - catholique, qui, tout à coup sont frustrés de- leurs espérances, manquent leur but et ploient « connue Un arc détendu ! » Combien qui , ayant obtenu de Dieu des.grâçcs imméritées, se laissent influencer par- les suggestions de leurs parents Ou-par les tentations de l’ambition ou de la fortune, et qui deviennent sceptiques et incrédules, quand leurs antécédents donnaient lieu d’espérer qu’ils mouraient en odeur dé sainteté!- Combien qui ,' ayant une fois obtenu la grâce de leur justification par un" acte de coptrition ; ont recule pour avoir refusé d’avancer, bion qu’ils présentent ençor'é l’apparence de ce qu’ils étaient autrefois, par suite des habitudes que la -grâce surnaturelle leur avait inculquées ! Quel écueil que - le mondé ! que de naufrages s’y accomplissent ! que d’espérances sans fondement ! que dé pro--’ messes sans réalisation ! qne de repentirs sans amendement !. que de fleurs sans^ fruit ! qûè de mouvements et dé progrès sans persévérance !

O lires très-chers enfants 1 je ne veux pas yoifs alîligCr. Il est dé votre devoir, de votre droit, de vous réjouir. Je ne' veux pas vous , effrayer plus qu’il nè faut

le faire paur votre bien. Quelques-uns d’entre vous en seront trop peinés et s’en tourmeifteront peut-être plus que de raison. Je ne veux pas voiis affliger, je veux vous, rendre prudents-, vous sprez secourus , soyez-en sues, et vous ne tomberez point, pourvu que vous ayez la crainte dé faite une chute. Seulement', « soyez sobres, soyez vigilants, » comme ,dit saint Pierre; gardez-vous d’être ; contents de -vous-mêmes-; rappelezvous que le seul moyen de nc pas rebrousser chemin , c’est de marcher en avant- Redoutez toutes les occasions de péché ; accoutùmcz-vous'à repousser lès tentations dès la première attaque. No parlez jamqis de vous-mêmes avec confiance , ni de? autres avec mépris, -ni des choses saintes ayec légèreté-; surveillez vos yeux , Surveillez vos pensées à leur naissânee, surveillez-vous vous-mêmes quand vous ètes'-sênls ; ne négligez pas vos prières quotidiennes /.surtout demandez incessamment Jè don de la persévérance. Allez à là messe aussi, souvent què vou9 pouvez ; -visitez le / trèssaint Sacrement; faites de fréquents actes de for et d’amour, cl tâchez de vivre- en la présence de Dieui Intéressez Notre-Dame , la très-3ainte Vierge , au suc- . cès de vos efforts; priez-la instamment de vous aider $ elle pput pins faire pour vous que -tous les saints ensemble. Prie* - la par les douleurs qu’elle a souffertes lorsque l’épéc crüellô perça son sein;, priez-la par sa propre persévérance , qui était chez elle un don de ce * même Dieu à qui vous la demandez pour vous-mêmes. Dieu ne vous refusera pas cette- faveur , si vous la lui demandez par l’intermédiaire de la très-sainte Vierge.

n vous sera doux", à votro dernière heure, quand la chair et le cœur s’affaissent sous leurs souffrances la fatigue , d’inquiétude , l’épuisetrient des forces et de d’esprit , il vous sera doux de voir cette sainte patronne venir vous apporter, avec une tendresse plus que m'alernellç , les Consolations et la paix célestes.

.Quel bonheur, pour vous si , lorsque le malin esprit ■ylendra tenter un dernier effort, essayer de vous arracher,, s’il le peut f des inains de votre -père ,.quel bonheur, dis- je, Si Jésus, Joseph et Marie sont là pour • yous défendre, le. reppugsor, et recevoir votré âme dans leurs bras! S’ils sont auprès do vous , toiit ést auprès de vous pics anges y seront', c«r les anges sont toujours avec eux"; les saints y seront aussi, et le ciel tout entier y sera; le cie) aura’ commencé en vohs, el le Démon n’aura aucun droit ,snr Votre âme. Co jour redoutable viendra plus tôt ou plus tardy peut-être serez-vous-en- Itrvés'à la (leur de l’àge, peut-être mourrez-vous chargés d’années peut-être mourrez-vous dans votrbdit, peut-être piouirez-Vojfis en plein champ; mais si Mario intercède pour vous, la mort- vous' trouvera vigilants et prêts. Tout àtlra été préparé* d’avance pour asp suier votre salut ; fous les dangers seront prévus ,'tous les obstacles se rout écartés , tous les secours arriveront à point. -L’heure fatale sonnera, et', en un clin d’œil, vous. Vous trouverez hors de tons les dahgcrs ; vous serez transportés dans uhé nouvelle Pituatkuroù le péché n’existe pas , oit l’on n’ignoré pas l'avenir, où règne une joie tranquille, une for parfaite, nne^sécmité et un, amour éternels ! - ‘ ■ ‘ ,

Jésus , Joseph et Marie , je vous offre- mon àiUfe el mon cœur !

' ‘ Jésus , Joseph et Marie, sccourcz-inoi dans ma dernière agonie!

Jésus , Joseph et Marie , faîtes que je rende l’âme en paix sohs.vos yeux !

Page 1